«Arrêtons de faire le jeu de la propagande terroriste!»

Médias et attentats Des médias français décident de ne plus publier de photo ou de nom des auteurs d’attentats. Pour ne pas être complices. Polémique.

La multiplication d’articles et d’émissions après chaque attentat sert-elle la stratégie de haine des groupes radicaux? Le débat fait rage en France.

La multiplication d’articles et d’émissions après chaque attentat sert-elle la stratégie de haine des groupes radicaux? Le débat fait rage en France. Image: Keystone

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Les médias font-ils le jeu des terroristes? La multiplication d’articles et d’émissions après chaque attentat sert-elle la stratégie de haine des groupes radicaux et les aide-t-elle à recruter de futurs tueurs? Le débat fait rage en France depuis l’attentat de Nice. La polémique lancée par des politiques et des intellectuels a rebondi cette semaine avec la décision de plusieurs médias de ne plus publier les noms ou les photos des auteurs d’attaques. Pour ne pas leur offrir une «glorification posthume» qui peut faire fantasmer des jeunes en rupture.

Ainsi, Le Monde a annoncé mercredi ne plus publier de photos des tueurs, à l’heure où circulent les portraits des deux assaillants de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray. BFMTV, chaîne d’information en continu, a fait de même… pour ne pas «véhiculer l’image du jeune beau gosse souriant (…) alors qu’il vient d’égorger quelqu’un», note le directeur de la rédaction, Hervé Béroud. La radio Europe 1, elle, ne citera plus le nom des auteurs d’attentats. Quant au journal La Croix, il ne publiera plus ni photo ni nom de famille. RFI et France 24 renoncent aux clichés et seront «extrêmement parcimonieuses dans l’utilisation des noms».

Incitation médiatique

Une proposition de loi pour interdire la diffusion des photos et de l’identité des terroristes sur Internet et dans les médias a été déposée ce jeudi par les députés Marine Brenier, du parti Les Républicains (LR), et Meyer Habib, de l’Union des démocrates et indépendants (UDI). Pour sa part, la secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes, Juliette Méadel, a annoncé qu’elle fera des propositions d’ici à septembre pour que médias et GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) «se mettent d’accord autour d’une éthique». Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), autorité française de régulation, planche sur un code de bonne conduite. Une pétition «Pour l’anonymat des terroristes dans les médias», lancée sur le site change.org, a réuni plus de 110 000 soutiens en huit jours.

Michael Jetter, professeur à Perth après avoir été en poste à Medellín puis à Bonn, affirme carrément que chaque article publié suite à un attentat dans un pays donné augmente considérablement le risque de nouvelles attaques terroristes, si l’on en croit son étude statistique menée sur plus de 60 000 attentats perpétrés entre 1970 et 2012 et la couverture qu’en a fait le New York Times. Selon lui, les modes opératoires évoluent en fonction de leur «succès» dans les médias. Sans appeler à la censure, il note que le terrorisme se nourrit de sensationnalisme. Il s’est dit catastrophé par les gros titres récemment en Allemagne, y voyant une incitation à «toute personne qui cherche à attirer l’attention».

Réseaux sociaux de la haine

Tout le monde n’est pas convaincu. Pour Alexis Brezet, directeur des rédactions du Figaro, il faut publier les noms par «devoir d’information». Et surtout ne pas «prendre le risque de s’aliéner ceux qui croient au grand complot des médias». A Libération, le directeur adjoint Johan Hufnagel estime qu’on peut publier des photos sans pour autant glorifier. TF1 et France Télévisions plaident pour une étude au cas par cas plutôt que pour une autocensure systématique. Quant aux hebdomadaires Paris Match et L’Obs, ils n’ont pas hésité à montrer le tueur de Nice en maillot de bain ou dansant la salsa.

Dubitatif, le journaliste David Thomson, auteur du livre Les Français djihadistes , recueil de témoignages chocs, a expliqué à Libération que «le processus d’héroïsation» se fait en réalité depuis des années au sein de la «djihadosphère», ces sites Web et réseaux sociaux qui comptent déjà «de nombreux héros que le grand public ne connaît pas». Pour Wassim Nasr, de France 24, on se focalise un peu trop sur le profil psychologique des tueurs, alors qu’ils «commettent avant tout des actes politiques au nom d’une organisation, l’Etat islamique».

Le juge antiterroriste David Benichou appelle justement à censurer les réseaux sociaux. «Est-ce qu’on tolérerait, par exemple à la sortie du métro en France, que l’on ait la revue de Daech? Non, on ne l’accepterait pas. On l’accepte sur Internet», s’énerve-t-il dans les colonnes de Marianne. «Je suis surpris (de voir que) Facebook est capable dans la minute d’effacer un compte qui met en ligne une paire de seins, mais qu’on nous dit que c’est beaucoup plus compliqué lorsqu’il s’agit d’apologie du terrorisme!»

Créé: 28.07.2016, 21h17

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