Inquiétude et colère dans Sydney asphyxiée

Incendies en AustralieDepuis septembre, Sydney respire la fumée des feux de forêts alentour. Impuissants, les habitants s’organisent.

Sydney s'efface dans un nuage de fumée.

Sydney s'efface dans un nuage de fumée. Image: Diane Zinsel

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

À Sydney, l’air est opaque et il pleut des cendres. «J’ai mal à la tête et la gorge irritée. Je me lève plusieurs fois par nuit pour boire tellement je me sens desséchée», explique Kira, 31 ans, qui s’est acheté il y a quelques semaines un purificateur d’air. Wouter, un quadragénaire d’origine belge qui vit dans les quartiers est de Sydney avec sa femme et sa fille, a fait de même. Il le met «au max» les jours où la qualité de l’air est vraiment mauvaise. «J’ai normalement un très bon système immunitaire, mais en raison de la fumée j’ai attrapé plusieurs infections virales et mes sinus sont régulièrement bouchés», soupire l’informaticien.

Attablées dans un café, un groupe de copines qui sort d’un cours de fitness regrette que les masques avec filtre intégré ne soient pas disponibles partout. Surtout dans ces conditions, ajoute Wisnari en pointant du doigt un ciel sans couleur, aussi blanc qu’un jour de janvier dans l’hémisphère Nord. Les meilleurs masques sont vendus chez Bunnings, sorte de Hornbach australien, souvent situé en bordure des quartiers d’habitation. Deux d’entre elles ont fait le déplacement, mais à leur arrivée, les rayons étaient vides. Rupture de stock.

«Pas d’autre option»

Dans la rue, les porteurs de masques forment une minorité de cette population de 5,2 millions d’habitants et les sites les plus connus de la ville restent bondés. La fin de l’année est une des périodes les plus touristiques. Rien que les feux d’artifice drainent plus d’un million de spectateurs. Devant le mythique opéra, on sort sa perche à selfies et on prend la pose. Ces touristes ont renoncé à la protection: «de toute façon, on ne reste que quelques jours». D’autres ont choisi de protéger les voies respiratoires de leurs enfants.

Pour les locaux, la question se pose différemment car on «n’a pas vraiment d’autre option et qu’on doit bien aller travailler», détaille Susie, instructrice de zumba et mère de deux garçons. Ce sont les grandes vacances, mais cette année, ils évitent la plage. «Nous privilégions les activités en intérieur et nous n’avons organisé aucune escapade, car nous ne savons pas comment évolueront les feux.» À ses côtés, Noo continue à courir régulièrement. Mais elle contrôle tous les matins la qualité de l’air par une app avant de sortir.

Depuis le début de ces feux de forêts en septembre, 107'000 km² ont été détruits sur la totalité du continent, un peu plus que la superficie de l’Islande. Près de la moitié (environ 49'000 km²) juste en Nouvelle-Galles du Sud. «It should be a big deal. C’est une catastrophe nationale et nous n’avons jamais rien vu de tel», estime Gil, venu rejoindre sa compagne Susie dans ce café du centre.

Quel avenir?

Gil est employé par le gouvernement local dans la construction. Lui et ses collègues ont eu congé deux jours lorsque la fumée était si intense qu’elle affectait leur visibilité. Ils ont aussi reçu des masques mais ceux-ci «n’adhèrent pas bien au visage» et depuis quelques jours ce père de famille a mal à la gorge. Son médecin lui a prescrit de l’oxycodone. «C’est quoi la suite?» se demande-t-il en finissant son café. Assise à côté, Susie renchérit. «C’est seulement le début de la saison des feux, on fait quoi si les zones agricoles partent en fumée? Lorsque le Queensland a eu des problèmes d’inondations, le prix du kilo de bananes a pris l’ascenseur», rappelle-t-elle. Nombreux sont les habitants de petites villes situées proches de zones critiques qui ont déjà partagé des photos de supermarchés aux rayons vides ou de stations d’essence fermées.

Dimanche, la qualité de l’air était encore une fois définie comme «mauvaise». Louise peste en faisant ses courses. Institutrice et maman d’une jeune adulte, cette quinqua originaire de Sydney est particulièrement remontée contre «les mises en garde merdiques et le manque d’informations claires de la part des autorités. Que veut dire «mauvaise» et que risquons-nous vraiment, à long terme, chaque fois que nous respirons?»



Dans la rue, la mobilisation s’organise

Ils sont debout devant le Queen Victoria Building, QVB pour les initiés, un luxueux centre commercial connu pour ses décorations un brin kitsch. Ils tiennent des pancartes et distribuent des tracts aux passants distraits par l’imposante statue de la reine Victoria. Eux, ce sont des citoyens de tous horizons qui se retrouvent sur cette esplanade tous les vendredis et les dimanches matins depuis des semaines. L’événement est chapeauté par le groupe Extinction Rebellion.

«De plus en plus de gens prennent nos flyers, s’arrêtent, discutent des feux, de la fumée, de leur santé», explique le petit groupe formé d’une dizaine de personnes. Leur objectif? Sensibiliser les passants pour que ceux-ci rejoignent les grandes mobilisations qui ciblent la politique du premier ministre Scott Morrison. Vendredi, 30'000 personnes se sont rassemblées à Sydney.

Comme un parfum de petite victoire, dimanche, ScoMo, comme l’appellent ses concitoyens, a annoncé sur la chaîne nationale ABC qu’il était «nécessaire» de lancer une commission d’enquête sur les incendies, a reconnu que sa gestion de la crise aurait pu être meilleure et suggéré que la coalition au pouvoir revoie sa copie en matière climatique. Tout en assurant parallèlement son soutien à la puissante industrie du charbon. Pendant qu’il tenait ces propos, Sydney se perdait une nouvelle fois dans une épaisse fumée.

Créé: 12.01.2020, 18h19

Articles en relation

Un incendie géant enfin contrôlé

Australie Cela faisait plus de dix semaines que l'incendie dans le nord-ouest de Sydney faisait rage. Il a enfin été maîtrisé. Plus...

Feux en Australie: «Il n’y a pas que les koalas qui disparaîtront»

Le Matin Dimanche L'impact des incendies qui ravagent l’Australie sur l’écosystème et la biodiversité est dévastateur. De nombreuses espèces déjà menacées pourraient ne pas s’en remettre. Plus...

L’Australie étouffe mais tient à ses feux d’artifice

Incendies Le pays basculera le premier en 2020 avec fusées et pétards, alors que les incendies menacent à présent des milliers de touristes. Plus...

Le premier ministre australien reste inflexible face à la colère de la population

Monde Pendant que le pays brûle, Scott Morrison aligne les maladresses, sans dévier de son négationnisme face au changement climatique. Plusieurs élus de son parti se distancient. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.