La Chine entre dans une ère de croissance molle

CroissancePékin redoute un atterrissage économique brutal susceptible d’engendrer récession et populisme.

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Il y a comme un malaise. La Chine ralentit, et pas qu’un peu. La croissance devrait s’approcher de 6% cette année. Le doute gagne dans un environnement marqué par la fragilité de l’économie européenne et les craintes sur la pérennité de la croissance américaine. Le pays n’est-il pas la deuxième puissance économique mondiale? Le temps où le rythme de croissance de Pékin atteignait 10% et plus, boosté par l’industrialisation de son économie, est révolu. «On ne pouvait pas tenir comme cela», relève Fabrizio Quirighetti, responsable des investissements du groupe Syz.

L’inquiétude est palpable en Chine. Là-bas, la crainte d’une flambée du chômage et des troubles sociaux qui pourraient y être associés est réelle. À l’occasion de la session annuelle du parlement chinois, Pékin a annoncé des mesures pour soutenir son économie: TVA réduite pour le secteur manufacturier, la construction et les services; baisse du taux de cotisation retraite des employeurs; plan d’investissements global de près de 87 milliards de dollars dans le domaine du transport ferroviaire, des centrales hydroélectriques et des aéroports; hausse du contingent d’émissions obligataires des administrations locales destinées à financer les projets d’infrastructures; injection de liquidité dans le système bancaire.

Un stimulus jugé modéré

À y regarder de plus près, ces mesures sont perçues positivement par les économistes. «Il s’agit d’un stimulus modéré et traditionnel qui ne remet pas le plan de transition économique chinois à long terme en cause, souligne Stéphanie de Torquat, stratégiste chez Lombard Odier. Tout cela reste en deçà de ce qui avait été décidé lors de la crise 2015.» Une saine stabilisation, en quelque sorte.

La véritable crainte des investisseurs serait un atterrissage en catastrophe de l’économie chinoise. Un choc susceptible d’engendrer récession, chômage et populisme.

En vérité, la nature de la croissance chinoise est en train de changer. Le pays arrive à maturité. Le décollage économique basé sur les exportations tous azimuts est derrière. Résultat, l’usine du monde bascule vers un modèle où le consommateur local doit faire avancer l’économie. «Ce basculement implique un ralentissement structurel qui est d’ailleurs planifié par les autorités chinoises», explique la stratégiste. Alors que Pékin affichait une expansion économique de plus de 7% en 2015, les attentes sont fixées dans une fourchette de 6 à 6,5% cette année. «Un pays génère moins de croissance au travers des services que de l’industrie», précise Fabrizio Quirighetti.

Les motifs d’inquiétude demeurent cependant présents. Au rang des principales préoccupations, la dette. Car l’endettement des acteurs économiques – gouvernement, entreprises et particuliers – s’est envolé ces dernières années. Son poids représente aujourd’hui l’équivalent de 250% du produit intérieur brut (PIB), contre 150% il y a une décennie. Un chiffre supérieur à celui des États-Unis. Nourris par le crédit facile, les projets immobiliers se sont notamment multipliés, faisant craindre le gonflement d’une bulle hypothécaire.

La dette reste maîtrisable

Le ralentissement économique actuel peut-il faire imploser le système bancaire? Ce risque paraît très réduit. «La dette devient un problème lorsqu’il n’y a pas de croissance, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui», indique Fabrizio Quirighetti. Il n’y aurait donc pas de violente secousse à l’horizon. «Le risque de crise financière est limité, car la dette chinoise est détenue par des acteurs domestiques et le pays connaît un système de contrôle des capitaux», ajoute Stéphanie de Torquat. Dans cette phase, le verrouillage du système sert de garantie.

Le conflit commercial avec le président Trump? Là aussi, tout n’est pas sombre. Une guerre commerciale totale avec les États-Unis devrait être évitée. «Je pense qu’un accord partiel et conditionnel sera trouvé prochainement», estime la stratégiste. Confrontés au ralentissement économique, les Chinois ne peuvent se permettre de voir se multiplier les taxes à l’exportation. Quant aux États-Unis, l’agenda électoral avec la présidentielle de 2020 va faire sentir ses effets. «Suite au plongeon des Bourses à fin 2018, Trump s’est rendu compte de l’impact que peut avoir sa politique sur les marchés financiers, auxquels les électeurs américains sont très sensibles», estime Stéphanie de Torquat.

Tout ne va pas pour autant se régler dans l’heure entre les deux superpuissances. Car l’on se trouve sur un terrain miné, celui de la suprématie mondiale en matière de technologie. De jeu de pouvoir, de Google contre Baidu. «Un accord global n’est pas envisageable, tant les divergences sont profondes, les Chinois n’ayant pas respecté les règles du jeu par le passé», confie-t-elle. Dan Coats, le patron des renseignements américains, ne vient-il pas d’affirmer que la Chine avait refait son retard technologique en volant la propriété intellectuelle américaine? À cet égard, le projet de loi chinois prohibant les transferts de technologie imposés aux investisseurs étrangers va dans le bon sens.

Un scénario à la japonaise est envisagé

Le futur chinois aurait des allures de scénario à la japonaise. Cela signifierait une longue période de faible croissance, marquée par des acteurs économiques surendettés ne pouvant plus emprunter. «La Chine va ralentir significativement au cours des dix prochaines années», confirme la stratégiste. Un scénario de croissance molle qui ne manquera pas de replacer le fort endettement chinois au centre des radars. Pas forcément pour le meilleur.

Créé: 15.03.2019, 22h25

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