Les «chocolats du devoir», fardeau de la Saint-Valentin pour les Japonaises

JaponEn terre nippone, les femmes doivent gâter leurs collègues masculins le 14 février. Et obligatoirement avec des «giri choco».

Au Japon, le chocolat est cher. Comptez en moyenne 30 francs pour six carrés d’un maître chocolatier. Une jolie somme pour celles qui veulent respecter la tradition.

Au Japon, le chocolat est cher. Comptez en moyenne 30 francs pour six carrés d’un maître chocolatier. Une jolie somme pour celles qui veulent respecter la tradition. Image: Yoshikazu Tsuno/AFP

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Les «giri choco» sont le casse-tête annuel des Japonaises. Ces «chocolats du devoir» sont offerts par obligation sociale aux collègues de travail masculins et aux patrons. Imaginez que vous travailliez dans une grande entreprise où les employés sont, comme souvent au Japon, majoritairement des hommes. Puis comptez combien de boîtes de chocolats il vous faudra acheter pour ne vexer personne… L’addition peut très vite grimper!

Tomoko travaille dans un grand magasin. Cette année encore, elle a dépensé plus de 8000 yens (70 francs) en chocolats du devoir. «Je vis cela comme un fardeau financier et psychologique, car j’ai toujours peur de commettre un impair. Mais il faut bien faire un choix. Alors en tout, j’offre des chocolats à dix personnes. J’offre une boîte de chocolats individuelle à mes supérieurs, et pour mes collègues, les femmes de l’entreprise se cotisent afin d’acheter des boîtes qu’ils devront se partager.» Cette pratique permet de faire des économies, car, au Japon, le chocolat est bien plus cher qu’en Suisse. Comptez en moyenne 30 francs pour six carrés d’un maître chocolatier suisse.

Mais pour la Saint-Valentin et les fameux «giri choco», l’industrie du chocolat a pensé à tout. En tête de gondole des supermarchés ou sur des stands éphémères dans les halls de gare, des boîtes spéciales Saint-Valentin contenant quelques chocolats bas de gamme pour seulement 500 yens (environ 5 francs), se vendent comme des petits pains. L’association nippone du chocolat et du cacao évalue la dépense annuelle en chocolats pour la Saint-Valentin à 470 millions de francs.

Un fabricant belge s’en mêle

Cette tradition contraignante a été la cible la semaine dernière d’une campagne publicitaire. La marque de chocolat belge Godiva, très populaire au Japon où elle possède plus de 200 enseignes, a publié dans le quotidien économique Nihon Keizaki Shimbun un pamphlet contre les «giri choco». Elle interpelle directement les hommes japonais: «Messieurs, si vous êtes le patron de votre entreprise, dites aux femmes travaillant dans votre bureau: ne vous forcez pas à donner à qui que ce soit des giri choco.»

Contactée, Godiva se défend de vouloir mettre fin à une tradition. «Nous souhaitons juste que l’achat de chocolats reste un plaisir. S’il est forcé, alors il serait préférable d’y mettre un terme. Mais si cela vous rend heureux d’acheter des giri choco, alors pourquoi ne pas continuer?» explique Mai Umeda, en charge de la communication de Godiva au Japon.

Changer les mentalités

Cette campagne, qui a beaucoup fait parler dans les médias japonais, peut-elle vraiment remettre en cause une pratique très populaire dans un pays qui prône l’harmonie? Pas si sûr. Car paradoxalement, beaucoup de Japonaises apprécient cette pratique. «Pour moi, les giri choco sont un moyen d’exprimer ma gratitude auprès de mes chefs et de mes collègues masculins pour leur soutien et leur aide au quotidien», raconte Kaori, employée d’un fabricant de produits chimiques. Son amie Ayumi, professeure, est du même avis. «Je m’entends très bien avec mes collègues et donc cela me paraît naturel de les remercier à cette occasion.»

Et les hommes dans tout ça? «Je ne verrais aucun inconvénient à l’arrêt de cette tradition, confie Shu, chef d’équipe dans une société spécialisée dans les nouvelles technologies. Je ne reçois pas de boîte individuelle, je partage avec les autres membres de mon équipe et c’est déjà bien suffisant. Mais il faut savoir que cette tradition se perpétue depuis le collège et aussi au lycée, alors cela risque d’être difficile de changer les mentalités du jour au lendemain.» (24 heures)

Créé: 13.02.2018, 17h57

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