À Taïwan, la candidate anti-Pékin favorite du scrutin

MondeLa présidente taïwanaise vise un deuxième mandat samedi, portée par une vague hostile aux visées hégémoniques de la Chine.

Tsai Ing-wen, la présidente taïwanaise, vise un deuxième mandat.

Tsai Ing-wen, la présidente taïwanaise, vise un deuxième mandat.

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«À quelques centaines de kilomètres, d’innombrables jeunes sont interpellés, emprisonnés, maltraités et disparaissent […] Depuis le début, le principe «un pays, deux systèmes» est une dictature.» Ces mots, en voix off d’un clip de campagne dévoilé cette semaine par Tsai Ing-wen, font référence à la situation chaotique qui règne à Hong Kong, où un mouvement démocratique conteste l’influence de la Chine communiste. En lice pour remporter un second mandat à la tête de la République de Chine (nom officiel de Taïwan), Tsai, qui a multiplié les messages de soutien envers Hong Kong et de méfiance contre Pékin, a vu sa cote de popularité remonter en flèche à mesure que les affrontements entre protestataires et forces de l’ordre s’intensifiaient dans l’ancienne colonie britannique.

Car en novembre 2018, la femme politique de 63 ans est au plus bas, suite à la défaite de son parti aux élections locales, forcée de démissionner de la tête du Parti démocrate progressiste. Beaucoup prédisaient alors qu’elle deviendrait la première présidente à échouer à sa réélection depuis 1996. Mais pour Stéphane Corcuff, ce ne sont pas tant les événements hongkongais qui ont dopé la campagne de Tsai Ing-wen que la rhétorique du président chinois, Xi Jinping. «On a l’impression qu’elle surfe sur la vague, mais Taïwan, en termes de démocratie souveraine, a une vocation naturelle à soutenir les Hongkongais. Taïwan est la démocratie la plus visée par l’émergence de ce nouveau modèle alternatif politique chinois», précise le chercheur à Sciences Po Lyon et au Centre d’étude français sur la Chine contemporaine à Taipei.

«Un pays, deux systèmes»

En janvier 2019, à l’occasion de la célébration des 40 ans du dégel des relations entre les deux Chines, Xi rappelait que «la Chine devait être réunifiée» et qu’un recours à la force ne serait «pas à exclure», tout en invitant l’île à accepter le principe «un pays, deux systèmes» qui régit déjà les deux régions administratives spéciales chinoises, Hong Kong et Macao. Le discours provoque alors une levée de boucliers du gouvernement taïwanais. La semaine dernière, lors de ses vœux présidentiels, Tsai a réaffirmé son indépendance face à Pékin, arguant que «démocratie et autoritarisme ne pouvaient coexister dans le même pays».

Son adversaire principal, Han Kuo-yu, candidat du Kuomintang, a brouillé son image en rencontrant des dirigeants chinois chargés des relations avec Hong Kong, avant de, lui aussi, critiquer la formule politique de Pékin, un brin trop tard. «Ce principe est inacceptable pour les Taïwanais car cela leur enlèverait leur souveraineté», note Stéphane Corcuff. Car depuis 1949 et la défaite des nationalistes chinois qui se sont réfugiés dans l’ancienne Formose, Taïwan dispose de son propre gouvernement et de ses propres institutions indépendantes de la Chine communiste.

Campagne d’isolation

Depuis l’élection de Tsai Ing-wen en 2016, Pékin a coupé les relations diplomatiques avec le territoire qu’il revendique et mène une large campagne d’isolation. Durant le mandat de la première femme présidente de Taïwan, sept pays ont tourné le dos à l’île pour engager des relations diplomatiques avec la Chine continentale. Ils ne sont désormais plus que quinze pays au monde, dont le Vatican, à officiellement reconnaître la République de Chine, alors que Taïwan n’a plus droit de cité dans les instances internationales. «Cette campagne d’isolation risque de s’accentuer avec la réélection de Tsai», avance Stéphane Corcuff.

Pékin a également complexifié la délivrance de visas pour les touristes continentaux vers Taïwan, sans que cela n’affecte le secteur touristique de l’île, qui a enregistré plus de 11millions de visiteurs l’an dernier, un chiffre en hausse de 7% par rapport à 2014. Surtout, Tsai peut s’appuyer sur un bilan positif avec la baisse du taux de chômage et la hausse du salaire minimum. Enfin, Taïwan profite aussi de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis et voit nombre d’entreprises taïwanaises, effrayées par les sanctions américaines, rapatrier leur siège sur son territoire. En 2020, la croissance taïwanaise devrait s’établir à 2,7%, contre 0,8% en 2015, à la veille de l’arrivée de Tsai au pouvoir.

Créé: 10.01.2020, 19h47

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