«Tous les clans vont instrumentaliser l'attentat de Bangkok»

TerrorismeQui cherche à déstabiliser la Thaïlande? La junte au pouvoir pointe l’opposition très implantée au nord-est du pays. Prudence, disent les experts.

Image: REUTERS/Kerek Wongsa

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La photo d’un homme vêtu d’un T-shirt jaune, portant un sac à dos, qu’il n’a plus sur d’autres séquences prises par les caméras de vidéosurveillance après l’attentat, constituait hier la pièce officielle No 1 dans l’enquête que mène la police thaïlandaise pour retrouver l’auteur - ou les auteurs - de l’attentat qui, lundi, a tué 20?personnes et en a blessé 120 autres, selon le dernier bilan.

Le chef de la junte et premier ministre Prayut Chan-0-Cha a laissé entendre que les Chemises rouges, ce mouvement populaire proche de l’ex-clan au pouvoir de Thaksin Shinawatra aujourd’hui en exil, constituaient la piste privilégiée. Il a annoncé notamment que des messages Facebook mettant en garde contre un danger imminent à Bangkok avant l’explosion attiraient l’attention des enquêteurs. Ces messages proviennent d’un «groupe antijunte», basé dans le nord-est de la Thaïlande. «Nous sommes à leur recherche, maintenant certains d’entre eux sont en Issan», a dit le premier ministre, en faisant référence à cette région du nord-est du pays où se concentre l’activisme des Chemises rouges.

Mais dans un pays politiquement très divisé, les pistes officielles sont aussi sujettes à questions. «Il est impossible à ce stade de privilégier l’une ou l’autre piste, et les déclarations de la junte, pointant si rapidement les Chemises rouges, doivent être analysées avec prudence. Les différents clans politiques vont être tentés d’instrumentaliser cet attentat. L’enquête pourrait être très longue», relève la politologue Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée à l’Institut français des relations internationales à Paris, et spécialiste de l’Asie du Sud-Est.

Une chose est certaine, ces derniers mois, les tensions politiques se sont beaucoup accentuées dans le pays, souligne l’experte. «Depuis le début du mois d’août, les Chemises rouges ont vu la répression à leur encontre se renforcer. L’Assemblée nationale, nommée par la junte, a interdit d’activités politiques des députés qui avaient été élus démocratiquement dans la précédente assemblée. Même le conseil du roi, qui a jusqu’ici soutenu la junte, commence à prendre ses distances avec sa manière de gérer le pays. Les Thaïlandais, qui avaient majoritairement salué le coup d’Etat de l’armée pour mettre fin aux tensions et aux violences, commencent à être très critiques, tout cela sur fond de crise économique».

La junte n’est pas arrivée non plus à nouer le dialogue avec les insurgés musulmans du sud du pays, où les tensions ont déjà fait plus de 6400 morts depuis 2004. Un conflit circonscrit à la région. Mais il n’y a pas de raison de penser non plus que la Thaïlande puisse échapper à l’internationalisation du combat islamiste. «Ces derniers mois, les autorités thaïlandaises ont pris plusieurs dispositions à l’encontre de différentes communautés musulmanes extérieures au pays. Elles ont récemment renvoyé des Ouïgours en Chine, et puis il y a eu toute l’affaire des Rohingyas birmans, cette minorité très réprimée par Rangoon et que la Thaïlande, qui a repoussé des bateaux de réfugiés, méprise à peu près autant», note Sophie Boisseau du Rocher.

«Ce qui est étrange, c’est que cette attaque ne rappelle aucun mode opérationnel connu, ni celui des insurgés musulmans du Sud, ni celui des groupes antimilitaires», confie pour sa part à l’Agence France Presse Zachary Abuza, expert indépendant du terrorisme du Sud-Est asiatique. A ce stade, toutes les hypothèses restent donc permises.

Créé: 18.08.2015, 17h46

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