La contestation à Hongkong affaiblit le président chinois avant le G20

DiplomatieXi Jinping arrive au Japon pour un sommet dominé par son conflit commercial avec Trump.

Le président chinois Xi Jinping à son arrivée jeudi à Osaka, au Japon.

Le président chinois Xi Jinping à son arrivée jeudi à Osaka, au Japon. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En allemand, en japonais, en espagnol, dans la rue, via des encarts dans la presse étrangère, les manifestants de Hongkong ont multiplié ces derniers jours les appels pour que leurs revendications soient portées à l’agenda du G20 qui débute vendredi, au Japon. Mais Pékin a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne permettrait aucune discussion sur la contestation en cours dans sa région semi-autonome et qui a écorné l’image de Xi Jinping.

Les autorités chinoises viennent d’essuyer une rare défaite. Les manifestants de Hongkong sont parvenus à saborder le projet de loi sur l’extradition, du moins pour quelque temps, en obtenant la suspension du projet. «Nous ne savons toujours pas si le gouvernement central a poussé la cheffe de l’Exécutif local, Carie Lam, à aller de l’avant avec ce projet ou si elle l’a fait de sa propre initiative, mais il est clair que le pouvoir central a tout intérêt à ce que les gens attribuent la paternité du projet à Carie Lam», observe Bill Bishop, éditeur de la lettre d’information «Sinocism».

Dommages réels

Quoi qu’il en soit, le rejet massif de l’idée selon laquelle Hongkong puisse à terme être entièrement absorbé par la Chine – le principe «un pays, deux systèmes» expirant en 2047 – laissera des stigmates. «Les dommages causés à Xi et son projet de réunification du parti et de cure de jouvence de la patrie sont réels», poursuit l’analyste politique.

C’est donc avec cette image d’un dirigeant de 1,4 milliard de Chinois incapable de contrôler un territoire de 7,4 millions d’habitants que Xi Jinping aborde le G20 à Osaka, ce qui ne le place pas en position de force alors que Washington empile les droits de douane sur les exportations chinoises et menace de bientôt les surtaxer intégralement.

Avant une reprise probable du dialogue avec Donald Trump, Xi Jinping a multiplié ces derniers jours les déplacements diplomatiques. Peut-être s’agissait-il de faire diversion face aux critiques sur son vaste programme de surveillance et d’enfermement d’Ouïgours dans le Xinjiang? Peut-être voulait-il signifier que l’ambition chinoise dépasse largement le seul cadre économique? Il a en tout cas effectué une visite triomphale en Corée du Nord, et le calendrier n’est pas anodin. Il a ainsi démontré que Pékin est un allié incontournable de Pyongyang au moment où les discussions entre Donald Trump et Kim Jong-un sur le dossier nucléaire semblent dans l’impasse.

Xi Jinping pourrait user de cette influence pour convaincre son homologue américain de réduire la pression commerciale sur la Chine. Mais la partie ne semble pas gagnée. Et l’occupant de la Maison-Blanche sait que Xi Jinping n’est plus aussi puissant qu’il y a un an.

Phase de transition

Le président chinois est tout d’abord affaibli par le ralentissement de la croissance économique. «La Chine est en pleine transition. Elle passe d’une phase extraordinaire, avec une croissance à plus de 10% pendant 30 ans, à une phase normale», résume Sandra Poncet, professeur d’économie à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

L’emploi manufacturier diminue depuis 2014, selon l’agence de recherche Gavera Ergonomiques, à mesure que les prix des usines chinoises deviennent moins attractifs et que la part du secteur industriel dans l’économie recule. «Pour compenser, le gouvernement cherche à soutenir les services comme les banques, les assurances et le marché immobilier. Fin 2018, les indicateurs économiques étaient très mauvais et Xi Jinping a dû changer de braquet pour maintenir l’économie à flot, en tentant de soutenir les entreprises avec des prêts et de générer l’innovation et la maîtrise technologique en Chine même, explique Sandra Poncet. C’est une manière aussi de prévoir un plan B si le conflit commercial avec Washington se poursuit trop longtemps.»

Enfin sur le plan politique, l’homme fort de Chine est la cible de critiques grandissantes au sein du Parti communiste depuis sa décision l’année dernière de modifier la Constitution pour lever la limite de deux mandats, lui permettant d’être potentiellement «empereur à vie».

Rien ne dit toutefois que ces pressions contraindront Xi Jinping à accepter les exigences de Donald Trump. Il se pourrait que les deux dirigeants parviennent à une trêve éphémère, comme celle conclue lors de la rencontre au précédent G20 de Buenos Aires.

Créé: 27.06.2019, 16h19

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Articles en relation

«La Chine ne s’est jamais cachée de ne pas être un État de droit»

Interview Installé à Berlin, Ai Weiwei, le plus célèbre des artistes et dissidents chinois s’est rendu à Londres pour rencontrer Julian Assange. Plus...

«Cette révolte à Hongkong est aussi identitaire et économique»

Chine L’ancienne colonie britannique se soulève contre une loi d’extradition qui menace les libertés. Mais pas seulement. Plus...

Hongkong se déchire sur l’extradition vers la Chine

Asie Malgré la contestation, le gouvernement de Hongkong maintient son projet de loi d’extradition. Plus...

Tian’anmen: 30 après, le front social n’est pas mort

Chine Pékin redoute toujours les mouvements sociaux organisés. Les militants du droit du travail sont la cible du pouvoir. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.