Enquête accablante pour la Birmanie

MondeQuinze hauts gradés sont accusés par Amnesty du nettoyage ethnique contre les Rohingyas.

Des réfugiés Rohingya déplacés depuis l'état de Rakhine au Myanmar marchent à proximité d'Ukhia, à la frontière entre le Bangladesh et Myanmar.

Des réfugiés Rohingya déplacés depuis l'état de Rakhine au Myanmar marchent à proximité d'Ukhia, à la frontière entre le Bangladesh et Myanmar. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Assassinats par milliers, viols collectifs, torture, détentions arbitraires, incendie systématique de centaines de villages… Le rapport d’enquête dévoilé ce mercredi par Amnesty International ne laisse aucun doute: la hiérarchie militaire birmane savait forcément que des crimes contre l’humanité étaient commis contre les Rohingyas de l’État Rakhine. Ou du moins, elle aurait dû le savoir et ne pas tenter, après coup, de couvrir les atrocités perpétrées par les unités d’élite lancées l’an dernier contre cette minorité musulmane.

«Tout détruire»
Sur la base de plus de 400 entretiens et d’une masse de documents, l’ONG conclut à la responsabilité du général Min Aung Hlaing, commandant en chef de l’armée birmane, mais aussi de neuf de ses subordonnés et de trois responsables de la police des frontières, tous accusés d’avoir joué un rôle important dans la supervision de l’opération de nettoyage ethnique qui a contraint plus de 702'000 personnes, soit plus de 80% de la population rohingya du nord de l’État Rakhine, à se réfugier au Bangladesh à partir du 25 août 2017.

«Tout détruire», telle était la consigne, semble-t-il, des bataillons des 33e et 99e divisions d’infanterie légère – deux unités de combat connues pour leurs crimes de guerre, note le rapport. Or, leurs soldats opèrent habituellement sous le contrôle étroit de hauts gradés, rendant compte de leurs déplacements, de leurs interventions et de l’usage de leurs armes. Autant dire que l’état-major ne pouvait pas ignorer des violations commises à une telle échelle. Qui plus est, le général Min Aung Hlaing et d’autres hauts responsables s’y sont rendus en personne avant et pendant les opérations, affirment les enquêteurs d’Amnesty International.

«Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit cesser les jeux politiciens et saisir de toute urgence la Cour pénale internationale de la situation au Myanmar, imposer un embargo complet des armes à destination de ce pays et adopter des sanctions financières ciblées contre les individus haut placés responsables de violations et de crimes graves», conclut Matthew Wells, conseiller principal d’Amnesty International pour les situations de crise.

Suisses en première ligne
Justement, l’Union européenne et le Canada ont annoncé lundi des sanctions visant sept hauts responsables birmans, dont cinq généraux de l’armée et deux hauts gradés de la police de sécurité et de la police des frontières, selon les identités publiées au «Journal officiel de l’UE». Ces sanctions consistent en un gel de leurs avoirs doublé d’une interdiction de séjour. Elles interviennent après l’appel lancé jeudi par la diplomate suisse Christine Schraner Burgener, émissaire de l’ONU pour la Birmanie, afin que les auteurs de violences contre la minorité rohingya rendent des comptes. Ce mardi, Peter Maurer, président du CICR, s’est rendu sur le terrain, dans le nord de l’État Rakhine, auquel peu d’organisations ont accès. Il doit rencontrer ensuite les autorités birmanes, avant d’aller au Bangladesh visiter le méga camp de réfugiés de Cox’s Bazar.

Créé: 26.06.2018, 20h06

Articles en relation

«Le massacre des Rohingyas a été planifié par l’armée»

Birmanie Un rapport de Human Rights Watch publié mardi accuse les militaires birmans de crimes contre l’humanité et exige des sanctions Plus...

Pourquoi Kofi Annan s’est cassé les dents sur la crise des Rohingyas

Birmanie Les efforts de paix sont sciemment ruinés par le leader des rebelles musulmans et par les militaires. Plus...

Les rohingyas martyres entre guérilla et exode

Crise en Asie du Sud-Est Le Conseil de sécurité de l’ONU se penche à huis clos sur la crise qui a déclenché la fuite en masse de la minorité musulmane de Birmanie dans un Bangladesh déjà débordé par les inondations. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.