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Haro sur les trafiquants d’animaux

Est-on à un tournant de la lutte contre le trafic d’espèces au bord de l’extinction? Les signaux positifs se multiplient.

Des douaniers thaïs présentent à la presse une cargaison de 148 kilos d’ivoire en provenance du Nigeria, saisie à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok, le 12 janvier dernier.
Des douaniers thaïs présentent à la presse une cargaison de 148 kilos d’ivoire en provenance du Nigeria, saisie à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok, le 12 janvier dernier.
Reuters

Sale temps pour les trafiquants d’animaux exotiques! Ce juteux marché noir devient, décidément, de plus en plus risqué. Pour preuve, l’arrestation en Thaïlande, la semaine dernière, de Boonchai Bach, un Vietnamien de 40 ans, dont la famille dirige l’un des plus grands réseaux asiatiques d’importation illégale d’ivoires d’éléphants, de cornes de rhinocéros ou encore d’os de lion, braconnés dans les grandes réserves d’Afrique. Sans même parler des bêtes déjà présentes en Extrême-Orient: tigres, tortues, serpents, singes, pangolins…

Mais cette arrestation jugée «historique» n’est pas l’unique sujet d’inquiétude pour les marchands d’espèces protégées. En effet, depuis le début de l’année, le commerce d’ivoire n’est plus légal en Chine. Or, ce pays est le plus grand marché d’ivoire du monde. Les consommateurs chinois, sortant en masse de la pauvreté, apprécient les «remèdes» à base de cornes ou d’os d’animaux protégés, prescrits en médecine traditionnelle pour «soigner» diverses maladies (dont le cancer!) ou encore pour ses prétendues qualités aphrodisiaques.

Certes, «l’interdiction en Chine ne met fin, par définition, qu’à la vente «légale» d’ivoire, c’est-à-dire une petite partie du marché, nuance le Dr Richard Thomas de l’organisation TRAFFIC, réseau international d’experts sur le commerce illégal d’animaux, mis sur pied conjointement par le WWF et par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), tous deux basés à Gland. «Le braconnage en Afrique alimente avant tout le trafic «illégal», bien plus important. On peut naturellement s’attendre à ce que nombre de consommateurs chinois, influencés par l’interdiction, renoncent à acheter de l’ivoire. Mais il va falloir faire beaucoup plus pour les en informer.»

Braconniers traqués

Troisième déconvenue pour les trafiquants: la sale besogne des braconniers devient de plus en plus compliquée en Afrique. Même si le nombre d’éléphants tués reste beaucoup trop élevé et que le risque d’extinction demeure réel, le nombre de cas signalés est en baisse constante depuis 2011, selon les chiffres présentés fin novembre au Comité permanent de la CITES, la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction, dont le secrétariat est à Genève. Quant au nombre de rhinocéros tués en Afrique du Sud, il est en très légère baisse (mais il est possible que les braconniers se déplacent simplement vers d’autres pays).

John Scanlon, le secrétaire général de la CITES, note aussi que les saisies d’ivoire illégal sont en augmentation, résultat de «l’intensification des efforts (…) des douanes et de la police et d’un secteur des transports plus vigilant». Ainsi, la semaine passée, le Gabon a annoncé le démantèlement de l’un des principaux réseaux de trafic d’ivoire, signale de son côté Richard Thomas.

Autre hypothèse avancée par John Scanlon: l’augmentation des saisies pourrait être liée à un phénomène de «vente-panique» par des trafiquants redoutant un effondrement des prix avec l’entrée en vigueur imminente d’interdictions dans plusieurs pays, qui réduiraient à terme la demande. «Le cours de l’ivoire aurait déjà baissé de 50% ces dernières années, selon les observations de plusieurs ONG», ajoute-t-il.

Frapper à la tête

Faut-il en conclure que nous sommes à un tournant de la lutte contre le trafic d’animaux menacés d’extinction? «C’est seulement quand nous aurons la confirmation que les taux de braconnage ont bel et bien chuté que nous pourrons conclure qu’une percée a été faite», nuance Richard Thomas. «On n’y est pas encore. Cela dit, la volonté politique (ndlr: d’affronter le problème) n’a jamais été aussi forte. Il y a eu, ces dernières années, deux résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU exhortant les gouvernements» à s’en prendre à ces réseaux criminels.

Quant à l’arrestation de Boonchai Bach, le «Corleone» du trafic d’animaux menacés, quelle importance donner à la chute de cet homme soupçonné d’avoir fait passer depuis une décennie des milliers de tonnes d’ivoires d’éléphants et de cornes de rhinocéros d’Afrique en Asie? Sans se prononcer sur ce cas précis, le collaborateur de TRAFFIC relève l’urgence de s’attaquer à la tête des réseaux criminels pour réellement les désorganiser, voire les démanteler. «Il est relativement simple de traquer les braconniers, les passeurs et occasionnellement les distributeurs, mais tous ceux-là sont rapidement remplacés. Pour avoir un effet significatif sur le trafic, il faut pouvoir arrêter ceux qui l’orchestrent.»

Marché très lucratif

Le trafic d’animaux menacés rapporterait environ 23 milliards de dollars par an, selon une évaluation du PNUE, le Programme des Nations Unies pour l’environnement. L’équivalent de deux fois le PIB de pays comme la Tanzanie ou le Kenya. C’est le quatrième plus lucratif des marchés noirs, après le trafic de drogue, puis ceux des êtres humains et des armes. L’Afrique centrale a perdu les trois quarts de ses éléphants depuis 2002. Les rhinocéros sont vingt fois moins nombreux qu’il y a quarante ans. Et pour cause: 1 kg de corne peut valoir 100 000 dollars au marché noir.

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