Les Hongkongais luttent contre la reconnaissance faciale

Intelligence artificielleSi la technologie fait désormais partie intégrante de la vie quotidienne en Chine, les Hongkongais freinent des quatre fers.

Des manifestants masqués détruisent un lampadaire «intelligent» dans les rues de Hong Kong.

Des manifestants masqués détruisent un lampadaire «intelligent» dans les rues de Hong Kong. Image: Keystone

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La grand-messe de l’intelligence artificielle s’ouvre à Shanghai, réunissant pour trois jours Tesla, IBM, Microsoft et 300 autres compagnies et dans le même temps Megvii, spécialiste chinois de la reconnaissance, s’apprête à devenir la première entreprise du genre à être cotée à la Bourse de Hong Kong. Mais à contre-courant du reste du pays, une partie des Hongkongais, inquiets pour leur sécurité personnelle, restent réfractaires au déploiement de ces nouveaux outils.

Samedi dernier, rue Sheung Yuet, un lampadaire «intelligent» tombe au sol, sectionné par des manifestants qui exultent. Ils attachent à l’appareil des pancartes disant «non à la surveillance totalitaire» et un groupe, visages dissimulés, le dépèce, et en retire ses composants: du matériel fabriqué en Chine, et pouvant être connecté au réseau de télécommunication chinois, accusent-ils.

Ils avaient ciblé la zone en pleine reconversion de Kwun Tong, l’ex-poumon industriel de Hong Kong situé en face de l’île de Hong Kong, parce qu’il est le «laboratoire d'une ville intelligente» voulu par Hong Kong.

Prisons et aéroport

La région administrative spéciale de Hong Kong, dotée de son propre système juridique et légal, accuse un retard certain par rapport au reste du pays, mais elle affiche ces derniers mois ses prétentions à devenir elle aussi une «smart city». L’intelligence artificielle fait ses premiers pas dans des prisons du territoire semi-autonome et se déploie aussi à l’aéroport international.

Le quartier de Kowloon East sert également d’expérimentation à plus grande échelle avec un réseau énergétique intelligent, des panneaux photovoltaïques ainsi que des lampadaires équipés de capteurs et balises qui peuvent contrôler le trafic, détecter les stationnements illégaux et les places de parking disponibles, surveiller le flux de piétons mais aussi recharger les véhicules électriques. Un système «smart» pourra aussi gérer en temps réel le niveau des poubelles ainsi que les émissions de carbone et la consommation d’énergie.

Quatre cents lampadaires intelligents doivent être déployés dans différents districts de Hong Kong, pour un budget de 272 millions de dollars hongkongais (34 millions de francs), et servir aussi de support pour le déploiement du réseau 5G. Les données collectées sont accessibles au public, au gouvernement mais aussi à plusieurs industriels pour analyse.

Un marché en mains chinoises

Une partie de la population redoute que les données collectées ne soient utilisées à des fins de surveillance au niveau local, voire pire, communiquées aux autorités chinoises. Pour couper court aux rumeurs et allégations, samedi le gouvernement hongkongais s’est empressé d’assurer que les lampadaires «intelligents» sont «seulement utilisés pour recueillir des données sur le trafic routier ou la qualité de l’air», et «n’ont pas de fonction de reconnaissance faciale et ne peuvent pas détecter ni lire les informations des cartes d’identité» électroniques.

«Même si le gouvernement donne des garanties, les gens ne les croiront jamais. Pas de confiance, pas de technologie», martèle le député de l’opposition Charles Mok, contacté par téléphone. «Quand des gens vont en Chine, y sont arrêtés, et que les services d’immigration chinoise se retrouvent en possession d’images de surveillance prises à Hong Kong, personne ne peut plus croire notre gouvernement», accuse-t-il.

Déjà au printemps, alors que la grogne montait contre le projet de loi prévoyant d’autoriser les extraditions vers la Chine – et qui a déclenché le conflit actuel – des voix s’élevaient pour que, y compris avec l’intelligence artificielle, la protection des données personnelles soit garantie, comme elle l’est généralement à Hong Kong qui s’aligne sur les standards internationaux en la matière. Le gouvernement de Hong Kong, a alors assuré que les fonctions de reconnaissance faciale ne seraient pas activées.

Mais la suspicion persiste, d’autant plus que les entreprises chinoises raflent la plupart des contrats: le gouvernement de Hong Kong a choisi par exemple l’assureur et géant chinois de l’intelligence artificielle Ping An pour gérer les nouvelles cartes d’identité électroniques des Hongkongais, qui servent à la fois pour les règlements à l’administration publique mais aussi pour des transactions commerciales, et China Mobile Hong Kong s’est allié avec le Hong Kong Apllied Science and Technology Institute (centre de recherche public) pour développer une «ville intelligente».

Créé: 29.08.2019, 21h34

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