L’île de Guam, la cible parfaite dans la rhétorique guerrière de Pyongyang

EscaladeSymbole de la présence américaine dans le Pacifique, Guam se retrouve dans le viseur nord-coréen.

L'île de Guam abrite deux bases militaires américaines.

L'île de Guam abrite deux bases militaires américaines. Image: EPA

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Quatre missiles balistiques intercontinentaux seront tirés simultanément. Ils voleront pendant exactement 17 minutes et 45 secondes. Ils parcourront près de 3357 kilomètres en survolant plusieurs préfectures du Japon, Shimane, Hiroshima et Koichi, avant de s’abîmer à environ 30 ou 40 kilomètres de l’île de Guam. Voilà pour le plan d’attaque dévoilé jeudi par le général Rak-Gyom, à la tête des forces balistiques de la Corée du Nord. Ce projet sera soumis pour approbation au dirigeant Kim Jong-un à la mi-août, une semaine avant les prochaines manœuvres conjointes des armées de Washington et de Séoul près de la péninsule coréenne…

En vacances dans son club de luxe du New Jersey, Donald Trump, qui a promis mardi «le feu et la colère» au régime nord-coréen, en a avalé sa balle de golf. Le président américain – accusé par Pyongyang d’avoir perdu la raison – a une nouvelle fois menacé, vendredi, d’employer la force. «Les solutions militaires sont maintenant complètement en place et prêtes à l’emploi si la Corée du Nord se comporte de manière imprudente», a-t-il déclaré sur son compte Twitter. «J’espère que Kim Jong-un trouvera une autre voie!» a-t-il ajouté.

Alors que la guerre des mots s’amplifie, c’est donc l’île de Guam et ses 162 000 habitants qui se retrouvent dans le viseur du royaume ermite en cas d’attaque américaine. Pourquoi cibler cette île reculée du Pacifique, rattachée à Washington en 1950 en tant que territoire non incorporé? Au-delà de ses plages de sable fin et de ses eaux cristallines, Guam est un avant-poste stratégique des forces américaines sur la route de l’Asie.

Habituée à être une cible

Ce petit bout de terre grand comme Ibiza, administré par le pays de l’Oncle Sam, abrite deux bases militaires américaines. La base navale d’Apra Harbor et la base aérienne d’Andersen. Quelque 6000 soldats y sont stationnés, ainsi que quatre sous-marins nucléaires d’attaque, des bombardiers B-52 et des avions de chasse, qui participent régulièrement à des démonstrations de force près des côtes coréennes.

Le missile intercontinental Hwasong-12 brandi par le leader nord-coréen a une portée de 3700 à 6000 kilomètres. Guam, située au cœur des îles Mariannes, n’est qu’à 3370 kilomètres de Pyongyang. Et selon un rapport confidentiel de l’agence américaine de renseignements militaires révélé cette semaine par le Washington Post, le régime communiste aurait réussi à miniaturiser ses têtes nucléaires pour les placer sur les missiles en question.

Le gouverneur de Guam, Eddie Calvo, ne panique pas pour autant. L’île s’est habituée à être une cible depuis que Washington y a installé des bases militaires. Il a toutefois tenu à rassurer la population. «Nous sommes prêts à toute éventualité, plus que toute autre communauté américaine», a-t-il déclaré jeudi. Guam dispose en effet du bouclier antimissile américain Thaad (Terminal High Altitude Area Defense), conçu pour détruire les missiles balistiques de courte et moyenne portée. Ce système a été déployé sur l’île en 2013 en réponse à un nouveau cycle de tensions entre Washington et Pyongyang.

Militaire et touristique

Pour les habitants de Guam, qui naissent Américains, mais avec des droits limités du fait du statut particulier de l’île, la présence de l’armée représente leur principale ressource financière, avec le tourisme. En 2016, plus de 1,5 million de personnes, dont une immense majorité de Japonais et de Sud-Coréens, ont visité l’île. En ciblant Guam, le régime de Kim Jong-un pourrait donc faire d’une pierre deux coups en frappant indirectement ses deux ennemis jurés, alliés des Etats-Unis.

Le risque de conflit est réel, mais «personne dans la région, même pas la Corée du Nord, ne veut une autre guerre», analyse Jean H. Lee, la responsable du bureau coréen de l’Associated Press à Pyongyang, dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian. «Kim Jong-un va en revanche tout faire pour obtenir ce qu’il veut: la reconnaissance par les Etats-Unis de la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire. Ce qui lui donnerait la stature d’un souverain capable de défendre son peuple contre les méchants Américains.»

(24 heures)

Créé: 11.08.2017, 18h54

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