En Inde, le populisme version Modi séduit

ÉlectionsAlors que les législatives débutent jeudi, le premier ministre Narendra Modi nourrit un culte de la personnalité.

Un partisan de Narendra Modi porte un masque à son effigie lors d'un meeting à Hyderabad le 1er avril.

Un partisan de Narendra Modi porte un masque à son effigie lors d'un meeting à Hyderabad le 1er avril. Image: Keystone

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Il est partout. Sur les t-shirts. Sur les pancartes. Les haut-parleurs crachent son nom. Dans la foule qui se masse sur l’esplanade de Parade Ground, dans la ville de Dehradun, des gens portent un masque arborant son visage. Lui, c’est Narendra Modi, le premier ministre sortant, chef de la droite fondamentaliste hindoue (BJP, «Parti du peuple indien»).

Le scrutin législatif démarre ce jeudi. Mais depuis le 28 mars, Narendra Modi sature l’espace médiatique à coups de deux, voire trois meetings par jour. Parmi ceux qui attendent le discours du premier ministre en cet après-midi d’avril à Dehradun, beaucoup partagent la même motivation: voir Modi, entendre Modi, rencontrer Modi. «Si je suis venu, c’est parce que le premier ministre va venir. Je voterai d’abord pour lui, pas vraiment pour le BJP», confie Praveen Singh, un enseignant âgé de 30 ans.

«Pouvoirs surhumains»

L’événement est révélateur du pivot qu’est Narendra Modi pour la campagne électorale de la droite hindoue et de la façon dont le dirigeant alimente un culte de la personnalité. «Il a poussé le narcissisme à un point obsessionnel. Il change de vêtements plusieurs fois par jour, met un point d’honneur à se vêtir dans le ton des régions qu’il visite. En ce sens, il se déguise», relève Christophe Jaffrelot, professeur à Sciences Po, auteur de «L’Inde de Modi: national-populisme et démocratie ethnique». Et l’universitaire d’ajouter: «Il se dote de pouvoirs surhumains. Il fait dire qu’il peut mémoriser des centaines de milliers de noms. Quand il était chef de l’État du Gujarat dans les années 2000, il disait qu’il pouvait avaler du poison.» Le slogan du BJP insiste sur cette omnipotence: «Si Modi est là, c’est possible.»

Un biopic à sa gloire sortira même au cinéma bientôt. La bande-annonce projette un homme humble, ayant l’amour de sa patrie chevillée au corps. Il pleure car il est sensible à la souffrance d’un peuple qu’il comprend puisqu’il a travaillé comme vendeur de thé quand il était enfant.

On touche là au thème central du populisme de Modi: il incarne le peuple. Cette rhétorique, certains électeurs y croient, persuadés que Modi a pris l’argent des riches pour le donner aux pauvres. Ils pointent sa décision d’annuler sans préavis 86% du papier-monnaie en 2016 afin de remplacer les anciens billets par de nouvelles devises. À l’époque, Modi disait vouloir «briser l’étau de l’argent noir». «Les pauvres n’ont pas de billet. Mais les riches en ont beaucoup. Avec cette mesure, Modi les a forcés à déposer leurs économies à la banque. Puis, il nous a redistribué cet argent», assure Kanta, une mère de famille au visage rieur.

Antithèse des élites

En ce sens, Modi s’affiche comme l’antithèse des élites représentées par Rahul Gandhi, le président du parti du Congrès, héritier de la dynastie Gandhi qui compte trois anciens premiers ministres. Lorsque Modi arrive sur la scène de Parade Ground, il attaque son adversaire d’entrée de jeu. «La corruption a besoin du Congrès, le Congrès a besoin de la corruption», martèle-t-il d’une voix forte, pesant sur chaque mot. Lui, au contraire, se pose en chowkidar, le vigile intègre qui veille à ce que les affaires de corruption impliquant le Congrès ne restent pas impunies. «Votre gardien a fait extrader de Dubaï ceux qui avaient trempé dans l’arnaque des hélicoptères», affirme-t-il, une allusion à un scandale de pots-de-vin dans un contrat pour l’achat d’hélicoptères durant la mandature du Congrès en 2010.

Le scrutin n’est pas encore gagné pour les fondamentalistes hindous. En mars, trois sondages sur cinq prédisaient que le BJP et ses alliés échoueraient à obtenir une majorité et qu’ils devraient composer avec l’opposition pour former un gouvernement.

Signes d’essoufflement

D’ailleurs, le culte donne des signes d’essoufflement. À mesure que Modi déroule son discours à Dehradun, beaucoup dans l’auditoire n’affichent ni ferveur ni enthousiasme. Très vite, des grappes de spectateurs quittent l’esplanade dans un flot continu. Quelques salves d’applaudissements résonnent avec mollesse.

Signe d’une possible nervosité dans les rangs du BJP, la police, qui contrôle les participants avant de les laisser entrer sur Parade Ground, a reçu la consigne formelle d’interdire tout sac et vêtement de couleur noir. «Le noir symbolise l’opposition. Ceux qui s’opposent à Narendra Modi ne sont pas autorisés à entrer», ordonne une policière.

Créé: 11.04.2019, 07h13

Un scrutin hors normes

C’est la plus grande élection jamais organisée dans l’histoire. Du 11 avril au 19 mai, 900 millions d’Indiens seront appelés aux urnes pour choisir les 543 députés de la Chambre basse du parlement fédéral. La commission électorale a réparti le scrutin en sept phases. La plupart des États voteront l’un après l’autre tandis que certains le feront en plusieurs fois. L’élection n’a qu’un seul tour. Les résultats seront publiés le 23 mai.

Le BJP, la droite fondamentaliste hindoue du premier ministre sortant Narendra Modi, est légèrement en tête dans les sondages. La première force d’opposition est le Parti du Congrès de Rahul Gandhi, héritier de la dynastie Gandhi. Mais le Congrès n’est crédité que de 165 sièges tout au plus dans les enquêtes d’opinion. Les arbitres seront donc les partis régionaux qui concentrent leur base électorale dans un seul État. Le BJP est notamment attentif à l’Uttar Pradesh, la région la plus peuplée du pays, qui envoie le plus gros contingent d’élus à la Chambre avec 80 députés. Le parti de Modi y affrontera l’alliance du Samajwadi Party et du BSP, deux formations de basses castes. E.D.

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