Quand internet favorise la prostitution occasionnelle

Hong KongLa prostitution touche des Hongkongaises de plus en plus jeunes, bien aidées par les réseaux sociaux pour trouver des clients.

A Hong Kong, la prostitution en elle-même n'est pas illégale, mais le racolage l'est. (Mardi 29 mai 2018)

A Hong Kong, la prostitution en elle-même n'est pas illégale, mais le racolage l'est. (Mardi 29 mai 2018) Image: AFP

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C'est via des hashtags comme #ptgf, pour «part-time girl friend» («petite amie à temps partiel») que ces Hongkongaises trouvent des clients sur des réseaux sociaux, vecteurs redoutables d'une prostitution de plus en plus jeune.

Dans une ville au coût de la vie exorbitant, l'activité d'escort girl est un moyen facile de gagner de l'argent pour des jeunes femmes qui étudient ou travaillent par ailleurs. Avec une efficacité déconcertante, le hashtag permet, sur des sites comme Instagram, à ces «petites amies à temps partiel» et leurs clients d'établir des relations qui basculent ensuite sur des messageries privées pour caler leur rendez-vous.

Interrogée par l'AFP, la police dit avoir sévi contre certains sites ou forums. A Hong Kong, la prostitution en elle-même n'est pas illégale, mais le racolage l'est. Instagram affirme avoir rendu les hashtags #ptgf et #hkptgf inopérants, mais déjà d'autres ont pris le relais, en ajoutant parfois simplement un caractère chinois pour contourner la censure.

Solitude, curiosité, problèmes familiaux ou d'argent... A en croire les ONG spécialisées, les raisons qui poussent ces jeunes femmes vers cette forme moderne de prostitution sont nombreuses. Kiki, une lycéenne de 19 ans qui a accepté de témoigner sous pseudonyme, dit avoir commencé à se prostituer à 17 ans.

«Je m'étais disputée avec ma soeur et je n'étais pas heureuse, je cherchais quelqu'un qui m'écoute», raconte-t-elle à l'AFP. «Les premières fois, cela m'a fait du bien alors j'ai continué à chercher des clients à accompagner.»

Fausse impression de sécurité

Au départ, la perspective de ces rencontres la rendait nerveuse, mais le supplément de revenus a relégué ses doutes au second plan. «Ma famille n'était pas très riche. Je gagnais de l'argent et j'ai économisé», observe-t-elle en expliquant avoir facturé 300 HKD (32 euros) pour un dîner ou des caresses, et jusqu'à 1000 HKD pour des relations sexuelles.

Même si elle a arrêté cette activité au bout d'un an quand elle s'est mise en couple, elle explique aujourd'hui regretter. Et elle exhorte celles qui voudraient se lancer dans la prostitution, même occasionnelle, à y réfléchir à deux fois. «Un futur mari ou petit ami pourraient avoir du mal à l'accepter», avertit-elle. «C'est comme une aiguille qui vous perce le coeur et qui sera toujours là».

A en croire Bowie Lam, de l'association Teen's Key, qui vient en aide aux travailleurs du sexe de moins de 25 ans de Hong Kong, internet peut leur donner une fausse impression de sécurité. Les réseaux sociaux sont même, selon elle, responsables du fait que les «petites amies à temps partiel» soient de plus en plus jeunes.

«Elles croient contrôler les choses, elles pensent pouvoir filtrer ces clients, discuter avec eux, mais internet ne fait que brouiller les frontières», dit-elle. Ces jeunes femmes ne se considèrent pas comme des travailleuses du sexe car elles n'exercent pas dans des chambres sordides ou dans les bars et les clubs du quartier rouge, ajoute-t-elle.

Parfois, elles n'ont pas de relation sexuelle à la première rencontre. Parfois, on les emmène d'abord dîner, visiter un parc d'attraction ou même randonner dans les collines hongkongaises. Mais tôt ou tard, les relations deviennent sexuelles. «Il y a des filles qui ont été traitées avec violence, et même violées, alors qu'elles s'étaient persuadées du fait qu'on ne leur ferait pas de mal», dit Bowie Lam.

Une ombre dans sa vie

Dans une société particulièrement conservatrice, il est de la responsabilité du gouvernement d'adopter une stratégie à long terme pour faire que l'on parle, à la maison ou à l'école, du tabou qu'est le sexe, estime Mme Lam. Elle est convaincue que cela pourrait éviter à certaines jeunes filles de se retrouver dans des situations à risques.

Son association propose diverses aides aux travailleurs du sexe, qu'il s'agisse de tests médicaux, de conseils d'orientation professionnelle, d'aide à la gestion d'un budget. Mais dans une ville aussi chère que l'ex-colonie britannique, la prostitution peut pour certaines être une solution tentante.

Nicole, 24 ans, a commencé à faire commerce de son corps à 18 ans pour payer ses études, trouvant ses clients sur internet. Elle a aujourd'hui un métier, mais continue de se prostituer pour rembourser ses prêts étudiants. La prostitution, dit-elle, est une ombre dans sa vie.

«Je ne crois pas que je sois pure, je me sens très sale. A toutes celles qui voudraient le faire, je tenterais de les dissuader», dit elle. Mais elle refuse qu'on la juge. «Aucune fille ne fait ce métier parce qu'elle en a envie», lâche-t-elle. «Soit elles sont dans le besoin, soit elles ont des problèmes qu'elles n'arrivent pas à régler». (afp/nxp)

Créé: 30.05.2018, 06h47

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