Les sangliers sauvages sèment la zizanie

Hong KongAu cœur de Hong Kong, les sangliers pullulent. Leur nombre a doublé en quelques années. Partisans de la légalisation de la chasse et de mesures plus douces s’affrontent.

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Hong Kong, qui s'apprête à célébrer l'année du cochon, est en proie à une singulière polémique porcine: elle porte sur le sort qu'il convient de réserver à des hordes croissantes de sangliers intrépides.

La région semi-autonome, ancienne colonie britannique revenue en 1997 dans le giron chinois, est connue pour ses immenses gratte-ciel ultra-modernes. Mais de vastes pans de son territoire sont recouverts par la jungle subtropicale, faisant la joie des nombreux cochons sauvages eurasiens.

«Ils sont dangereux pour les passants»

Or, la cohabitation humains-cochons est de plus en plus compliquée. Des sangliers ont été filmés courant sur la route près des voitures, se promenant sur des plages bondées, reniflant le tarmac de l'aéroport international et même tombant à travers le plafond d'un commerce de vêtements pour enfants.

Une nourriture facilement trouvée dans les poubelles, sur les barbecues de plein air disséminés dans les parcs, ou auprès d'humains compatissants, incite les bêtes à s'aventurer toujours plus dans la jungle d'asphalte.

Au grand dam de certains: «Ils sont dangereux pour les passants quand ils dévalent les collines; une menace pour les personnes âgées et les plus faibles; un danger pour la circulation et les randonneurs», dit à l'AFP Chan Chit-kwai, conseiller municipal qui exige des mesures pour limiter leur nombre. «Ce n'est pas aussi simple que ne le pensent les gens qui disent qu'on peut tous vivre en paix...»

D'après les autorités, les signalements de présence et de nuisances ont plus que doublé ces dernières années, de 294 pour toute l'année 2013 à 679 entre janvier et octobre 2018.

Des gens ont été blessés, notamment deux personnes âgées mordues en octobre.

Même pas peur

Le ministère de l'Agriculture, des Pêches et de la Protection de l'environnement envisage désormais d'abattre les sangliers «à haut risque», ceux considérés comme agressifs et ayant déjà attaqué des humains.

«Nous utiliserions des drogues pour euthanasier les cochons sauvages», a déclaré à la presse Cheung Ka Shing, responsable de ce ministère qui a déjà stérilisé 54 sangliers fréquentant avec assiduité les zones urbaines, et qui en a relocalisé 92 autres dans des lieux plus reculés.

D'autres membres de la classe politique proposent des mesures comme l'introduction de prédateurs, la légalisation de la chasse et même la relocalisation des sangliers sur une île inhabitée. Cette dernière idée a été vite retoquée car ses opposants ont fait remarquer que les sangliers savaient nager.

Beaucoup cependant refusent l'idée de faire du mal aux cochons. Près de l'entrée du parc naturel d'Aberdeen, sur l'île de Hong Kong, une famille de trois sangliers dort au soleil à quelques mètres de trois personnes âgées qui jouent aux cartes.

«Je n'ai pas peur. Tant qu'on ne les touche pas ou qu'on ne leur lance pas des choses dessus, tout va bien», dit M. Fung, 73 ans.

«Trop cruel»

«Grâce à eux, le parc d'Aberdeen est une attraction», explique un autre habitué, M. Lai, 70 ans, qui croise souvent des sangliers quand il randonne. «Tant que nous ne les attaquons pas, ils ne nous font rien. C'est trop cruel de les tuer».

Le ministère de l'Agriculture ne dispose pas d'estimations sur le nombre de cochons sauvages à Hong Kong. Mais l'étude des images des caméras installées dans les parcs témoigne d'une augmentation de leur population et d'un étalement sur le territoire. Les spécialistes font valoir que 90% de l'alimentation des sangliers est composée de végétaux et que ces animaux n'ont nul besoin d'être nourris par les humains, qu'ils éviteraient en temps normal.

«Ils ne devraient pas aller voir les gens pour la nourriture, ou pour attaquer», estime Chan Po Lam, chargée de la protection de la faune et des marais au ministère de l'Agriculture.

Dans le parc d'Aberdeen, un panneau enjoint aux visiteurs de ne pas nourrir les porcins. Mais certains n'en ont cure. Lorsque l'AFP s'est rendue sur les lieux, un homme répandait des morceaux de pain au sol, bientôt rejoint par un goret reconnaissant.

Problème d'origine humaine

«Les gens donnent à manger aux animaux sauvages par gentillesse mais cela les encourage à se rendre dans les endroits habités», constate Mme Chan.

Veronique Che, membre du Groupe de protection des sangliers sauvages de Hong Kong, estime que les animaux ne doivent pas être rendus responsables des nuisances: la ville empiète sur leur habitat naturel, et non l'inverse.

«De nombreux problèmes liés aux sangliers sauvages sont en fait créés par l'homme», dit-elle. Tout près du parc d'Aberdeen, les habitants d'une résidence de logements sociaux attendent le bus. Les sangliers ont creusé un passage sous la clôture qui sépare la forêt de la résidence afin de pouvoir fouiller les poubelles.

Une harde fait son apparition à la grande joie d'habitants qui prennent les sangliers en photos. Des enfants surexcités poussent des grognements en croyant les imiter.

«Il doit y avoir de l'harmonie entre les humains et les sangliers. Les humains ne doivent pas traiter les sangliers comme une menace ni comme des animaux de compagnie», se désole Mme Che. (afp/nxp)

Créé: 04.02.2019, 10h37

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