«Pour Taïwan, Hongkong est un laboratoire»

CrisePékin menace d’envoyer l’armée à Hongkong. Comment cette annonce est-elle perçue à Taïwan? Éclairage de Lionel Fatton, expert de l'Asie de l'est

Une manifestation à Hongkong dimanche 7 juillet.

Une manifestation à Hongkong dimanche 7 juillet. Image: Keystone

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Après l’intensification des manifestations à Hongkong, le gouvernement chinois a menacé, mercredi, de faire intervenir l’armée. Le principe «un État, deux systèmes», appliqué par la Chine à Hongkong depuis la rétrocession du territoire en 1997, est ébranlé par les troubles dans l’ancienne colonie britannique. Quelles sont les répercussions de ces troubles à Taïwan, où le gouvernement chinois aimerait mettre en place ce système? L’analyse de Lionel Fatton, professeur assistant en relations internationales à l’Université Webster.

Est-ce que la situation à Hongkong signe la fin du rapprochement entre Taïwan et la Chine?
Non. Le rapprochement continue entre Taïwan et la Chine du point de vue économique. Depuis plusieurs années on assiste à un fort rapprochement avec la signature de nombreux accords qui mènent à une situation proche du libre-échange. Mais la situation à Hongkong risque de ralentir le rapprochement politique.

Concrètement, qu’est-ce qui inquiète la population taïwanaise?
La principale crainte est l’assimilation de l’île par la Chine. En voyant ce qui se passe à Hongkong, les Taïwanais se rendent compte que le concept de «un pays, deux systèmes» ne protège pas de l’absorption. Hongkong est une sorte de laboratoire et leur permet de voir comment cela fonctionne. Parallèlement, on constate aussi que l’identité taïwanaise se renforce. Aujourd’hui, de plus en plus d’habitants se considèrent comme uniquement Taïwanais, alors qu’il y a quelques décennies ils se revendiquaient autant Chinois que Taïwanais.

Nous avons déjà vu à Taïwan plusieurs manifestations de soutien aux manifestants hongkongais. Est-ce que Taïwan pourrait connaître des troubles similaires à Hongkong?
Non, je ne pense pas. Les situations sont très différentes. Mais il y a une forte solidarité entre eux. Tant que Hongkong résiste à l’assimilation chinoise, il reste un tampon entre Taïwan et la Chine.

Le gouvernement chinois menace d’envoyer l’armée à Hongkong. Pourquoi est-ce que Pékin prend le risque de ternir son image et de braquer Taïwan contre sa politique?
Il faut se rappeler que c’est une menace pour dissuader les manifestants, pas une action. La Chine est restée en retrait jusque-là. Avec cette annonce elle rappelle à Hongkong qu’elle peut utiliser la manière forte. Mais elle ne le fera qu’en cas de dernier recours. Les autorités chinoises sont maintenant en train de chercher le juste équilibre entre une réaction trop forte qui braquerait définitivement Hongkong et Taïwan et une réaction pas assez rigide qui risquerait de donner des idées aux Taïwanais et de les pousser à imiter les Hongkongais.

En quoi ce qui se passe à Hongkong peut influencer les élections taïwanaises de 2020?
La crise à Hongkong donne de l’eau au moulin du Parti démocratique, qui est au pouvoir en ce moment à Taïwan. Ce parti indépendantiste s’en servira pour axer sa campagne de réélection sur la politique extérieure, ce qui sera très porteur. Il ne sera donc pas exclu que le parti obtienne un deuxième mandat malgré les nombreux sièges qu’il a perdus lors des élections locales de l’année passée.

Il faut aussi garder à l’esprit qu’en novembre 2020 il y aura l’élection américaine. Celle-ci pourrait être une source de grands dangers dans le détroit, Donald Trump jouant la carte Taïwan pour obtenir des concessions dans les négociations commerciales notamment. Par exemple en affichant un rapprochement diplomatique avec l’île.

Créé: 26.07.2019, 16h51

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