Wuhan s'attend à 1000 contaminations de plus

ChineLe maire de la ville chinoise au cœur de l'épidémie virale qui a déjà tué 50 personnes avoue que la propagation peut être exponentielle.

L'épidémie de SRAS, qui avait tué près de 650 personnes en Chine au début des années 2000, était partie de la civette, un petit mammifère proche de la martre.
Vidéo: AFP

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Le maire de Wuhan a dit ce dimanche s'attendre à environ un millier de contaminations supplémentaires, sur la base du nombre de patients hospitalisés qui n'ont pas encore été testés.

Ce chiffre, s'il était confirmé, ferait bondir de moitié le nombre de contaminations annoncé dimanche pour l'ensemble du pays (2000 cas dont 56 mortels).

Lors d'une conférence de presse, le maire de Wuhan, Zhou Xianwang, a expliqué que les hôpitaux de la ville du centre de la Chine accueillaient plus de 2200 patients qui n'avaient pas encore pu effectuer un test de dépistage du nouveau coronavirus.

En se fondant sur un taux d'environ 45% de résultats positifs, «il est possible d'ajouter environ 1000 cas de contamination au nombre de patients qui ont déjà été hospitalisés», a-t-il expliqué, selon des propos rapportés par la télévision nationale.

L'agence Chine nouvelle a rapporté samedi que la ville de 11 millions d'habitants, placée de facto en quarantaine, comptait actuellement 4000 lits prévus pour accueillir des malades du coronavirus et aurait 6000 lits supplémentaires avant la fin du mois.

Moins puissant que le SRAS

Des responsables sanitaires ont indiqué que le coronavirus n'était pas aussi puissant que le virus qui avait sévi en 2002-2003, mais qu'il se transmettait plus vite entre humains.

Le nouveau coronavirus, qui a contaminé en Chine près de 2000 personnes et tué plus de 50 patients, «n'est pas aussi puissant» que le virus du SRAS à l'origine d'une épidémie meurtrière en 2002-2003, mais se révèle plus contagieux, ont indiqué dimanche de hauts responsables sanitaires chinois.

Apparue à Wuhan (centre) en décembre, la maladie appartient comme le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) à la famille des coronavirus, se transmettant entre humains et se traduisant notamment par de graves troubles respiratoires. Le SRAS avait provoqué 774 morts dans le monde (dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong).

«Pour autant, à ce que nous voyons à présent, cette maladie n'est pas aussi puissante que le SRAS», a déclaré Gao Fu, responsable du Centre chinois de contrôle et prévention des maladies, lors d'une conférence de presse à Pékin.

Néanmoins, il apparaît que «la capacité de propagation du virus s'est renforcée», a nuancé à ses côtés Ma Xiaowei, patron de la Commission nationale de la Santé. Le nouveau virus a une période d'incubation pouvant aller jusqu'à deux semaines et «la contagion est possible durant la période d'incubation», a-t-il observé, notant que «cela aussi est très différent du SRAS».

«Situation grave»

Les restrictions de circulation s'étendent en Chine dans l'espoir d'enrayer l'épidémie de pneumonie virale. «La situation est «grave», a reconnu samedi soir le président Xi Jinping, avertissant que l'épidémie apparue en décembre à Wuhan, dans le centre du pays, «s'accélère».

La circulation automobile «non essentielle» est interdite depuis minuit dans le centre de la métropole, devenu étrangement silencieuse. Wuhan et sa région sont placées de facto en quarantaine depuis jeudi afin de prévenir une nouvelle propagation de la maladie. Au total, 56 millions de personnes sont coupées du monde.

Le président Xi a appelé les autorités locales à prendre des mesures «plus rigoureuses» pour combattre l'épidémie et à placer tous les malades en «quarantaine centralisée».

Dans la cité transformée en ville fantôme, des haut-parleurs diffusent un message appelant les habitants à se rendre à l'hôpital sans délai s'ils ne se sentent pas bien. «Wuhan n'a pas peur de faire face à l'adversité. N'écoutez pas les rumeurs, ne propagez pas les rumeurs», ordonne le message, alors que certains doutent des bilans fournis par les autorités.

56 morts, 2000 cas

La Chine déplore désormais près de 2000 cas de contamination, dont 56 mortels, selon des chiffres communiqués dimanche. Le bilan de la veille s'élevait à 1300 cas et 41 décès. Un premier décès a été annoncé dans la métropole géante de Shanghai, celui d'un homme de 88 ans.

L'épidémie a atteint l'Europe et l'Australie, malgré le renforcement des mesures prises pour tenter d'enrayer sa propagation. Un cas présumé a été signalé au Canada. Un troisième cas a été confirmé dimanche en Californie, sur un homme ayant voyagé à Wuhan. Il a été placé à l'isolement. Son état de santé est sans gravité. Aucun détail n'a été donné sur la façon dont la personne est arrivée aux États-Unis ni sur son identité.

Les États-Unis ont annoncé dimanche qu'ils organisaient l'évacuation de leur personnel diplomatique et d'autres ressortissants américains bloqués à Wuhan.

D'autres pays sont en communication avec Pékin pour évacuer leurs ressortissants, notamment la France, qui a évoqué l'affrètement d'un autocar. Le groupe automobile français PSA, présent à Wuhan, a précisé que ses salariés expatriés pourraient être emmenés à Changsha, à plus de 300 km au sud.

«Restons à la maison»

Malgré l'ambiance anxiogène et des scènes de chaos dans les hôpitaux de la région de Wuhan, qui déplore à elle seule 53 des 56 décès, certains habitants gardent leur flegme. «Je ne vois pas le besoin d'évacuer», déclare Erica Davis, une enseignante britannique qui vit à Wuhan depuis deux ans. «Restons à la maison et attendons que ça passe».

Les hôpitaux étant débordés, la construction d'un deuxième site devant accueillir plus de mille lits a commencé à Wuhan. Elle doit être achevée... sous quinzaine, selon les médias publics.

En attendant, le pays semble se hérisser petit à petit de barrières intérieures. Plusieurs grandes villes du nord du pays - Pékin, Tianjin, Xian - ont annoncé la suspension des lignes d'autocars longue distance qui les relient au reste du pays. Dans l'est, la province du Shandong (100 millions d'habitants) a fait de même.

Ces mesures risquent de singulièrement compliquer les trajets de la population, en plein chassé-croisé du Nouvel-An chinois, qui se traduit par une succession de sept jours fériés.

Cas d'école, la cité de Shantou (sud) a finalement renoncé à bloquer l'accès des véhicules et des personnes, une décision qu'elle avait prise dans l'espoir de se maintenir à l'abri du virus. La ville de 5,6 millions d'habitants, pourtant distante de plus d'un millier de kilomètres de Wuhan, avait été la première du pays à annoncer une telle mesure.

Animaux sauvages interdits

La Chine multiplie les initiatives pour tenter d'enrayer la progression du coronavirus, désormais présent sur quatre continents. Pékin a annoncé dimanche une interdiction temporaire du commerce d'animaux sauvages, alors que l'épidémie serait partie d'un marché de Wuhan où était vendu ce type d'animaux.

Pékin va par ailleurs suspendre les voyages organisés en Chine et à l'étranger, une décision qui pourrait porter un coup au commerce de villes comme Paris, très prisées des touristes chinois. Une demi-douzaine de pays d'Asie sont désormais touchés.

L'étude des premiers cas tend toutefois à montrer que le taux de mortalité du virus 2019-nCoV est assez faible. Ce taux «est pour l'instant de moins de 5 pour cent», juge le professeur français Yazdan Yazdanpanah, expert auprès de l'OMS et qui a pris en charge des patients en France. Le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), un coronavirus parti lui aussi de Chine en 2002-2003, avait un taux de mortalité de 9,5%.

À Hong Kong, le parc d'attractions Disneyland a annoncé sa fermeture jusqu'à nouvel ordre, une décision prise au lendemain du classement en alerte sanitaire maximale de l'ancienne colonie britannique. Disneyland Shanghai avait déjà pris une décision similaire. (afp/nxp)

Créé: 26.01.2020, 09h39

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