«On n’a pas vraiment tiré les leçons de l’embouteillage humanitaire»

Tsunami, 10 ans aprèsA l’ampleur de la catastrophe a correspondu une mobilisation sans précédent. pour le meilleur et pour le pire.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des containers de nourriture pourrissant au soleil, de la viande de porc acheminée en pays musulman, des couvertures chaudes offertes là où il fait 30 degrés… Dans les semaines qui ont suivi la catastrophe, les anecdotes n’ont pas manqué pour illustrer les couacs liés à l’énorme afflux d’aide qui a convergé du monde entier vers les zones sinistrées. On s’en souvient, les ONG internationales s’étaient précipitées sur place, avec la meilleure volonté du monde mais créant sur le terrain un embouteillage humanitaire ingérable, au détriment des secours locaux. Rien qu’à Aceh, 200 ONG internationales s’activaient, alors que les besoins auraient pu être couverts par les organisations locales.

Cet engouement était à la hauteur de l’afflux de promesses de dons, qui atteignaient deux milliards de dollars six jours après le drame et près de onze milliards deux semaines plus tard à la conférence des donateurs organisée à Genève. Du jamais-vu. A l’époque, Médecins sans frontières (MSF) a été l’une des rares ONG à oser dire «stop», dès le début de janvier, à cet élan mondial de générosité, appelant ses donateurs à cesser de verser de l’argent.

Jean-Hervé Bradol, alors président de MSF, s’en souvient: «Plusieurs facteurs ont joué dans ce rush humanitaire: c’était Noël, des Occidentaux étaient concernés par le drame, il y a eu très rapidement un gigantesque afflux de dons. L’aspect positif de cette générosité planétaire, c’est que cela a permis de mobiliser très rapidement des gros moyens logistiques, avec l’engagement d’armées, ce qui était nécessaire face à une telle catastrophe.»

«Les Etats ont profité [de la situation] pour faire les poches aux donateurs»

Mais très vite, la quantité d’humanitaires sur place a viré à l’engorgement. «Nos équipes nous téléphonaient, elles disaient: «On ne sait pas quoi faire.» Les effets pervers de cette mobilisation internationale se sont fait sentir: tout le monde voulait prendre sa part de gâteau de l’extraordinaire manne financière à disposition. Et c’est là qu’on a commencé à voir des choses incroyables, des organisations normalement dévolues à l’urgence annoncer leur intention de faire de la reconstruction, s’incrustant sur le terrain. C’est comme si nous, médecins, avions voulu construire des routes! Tout cela a conduit à une distorsion de l’utilisation des fonds: les Etats en ont profité pour faire les poches aux donateurs.» Ces effets pervers sont bien sûr liés à l’ampleur de la catastrophe, sans précédent. Mais pour Jean-Hervé Bradol, les leçons de la catastrophe n’ont pas vraiment été tirées: «Lors du séisme de 2010 à Haïti, les mêmes erreurs ont été répétées.»

Après la cacophonie des premiers mois, les projets solides de reconstruction ont heureusement pu avancer à un rythme correct. Côté suisse, la Chaîne du Bonheur a fait son bilan il y a quelques jours. A partir des 227 millions de francs récoltés, 183 projets ont été financés au Sri Lanka, en Indonésie, en Inde, en Thaïlande et en Somalie, reconstruisant notamment 23 000 maisons. Selon son étude d’impact, neuf sinistrés sur dix ont retrouvé un niveau de vie au moins aussi bon qu’avant le tsunami.

Créé: 22.12.2014, 11h14

Jean-Hervé Bradol, président de Médecins sans frontières en 2004 (Image: AFP )

Articles en relation

Des immigrés hantés par leurs disparus du tsunami

Catastrophe Dix ans après la vague qui a arraché son nouveau-né de ses bras, Mi Htay reste hantée par le souvenir de ses trois enfants emportés par le tsunami de 2004, comme des centaines d'autres immigrés birmans. Plus...

La Suisse pense aux victimes du tsunami de 2004

Catastrophe Dix ans après le tsunami dévastateur dans l'océan Indien, qui a coûté la vie à plus de 225'000 personnes, diverses commémorations sont prévues le 26 décembre. Plus...

L’aide suisse a redonné un foyer aux sinistrés du tsunami

Asie du sud-est Editorial L’action de la Chaîne du Bonheur après le tsunami a été précieuse pour créer des logements. L’organisation songe à en faire une priorité Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.