Le gouvernement espère calmer le jeu en banlieue

FranceLe président Hollande a lancé mardi un appel au «respect», après les nombreux incidents suite à l'arrestation violente de Théo.

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A deux mois de l'élection présidentielle, le gouvernement français espère calmer le jeu dans les banlieues, où la colère ne retombe pas, et sur le terrain politique, après le viol présumé d'un jeune noir pendant un contrôle de police.

«On ne peut pas accepter, à cause d'un drame que j'ai moi-même dénoncé, qu'il y ait de la casse», a déclaré mardi le chef de l'Etat, François Hollande, à Aubervilliers, une banlieue défavorisée du nord de Paris. «Je refuserai aussi toutes les provocations», a-t-il ajouté au cours d'un déplacement consacré à l'emploi des jeunes.

Des banlieues autour de Paris sont en proie depuis plusieurs jours à des violences urbaines. Ces incidents suivent l'arrestation le 2 février de Théo, 22 ans, pendant un contrôle d'identité en partie filmé. Ce jeune noir, qui dit avoir été violé par un policier avec une matraque, a dû être opéré et hospitalisé.

Des manifestations de soutien au jeune homme ont aussi lieu dans différentes villes françaises. Un rassemblement est notamment prévu mercredi à Lille, dans le nord de la France.

«Apartheid social»

En 2012, François Hollande avait réalisé de bons scores dans les quartiers défavorisés au moment de son élection. Sa cote de popularité a ensuite chuté et il a renoncé à solliciter un nouveau mandat. Malgré les milliards d'euros investis par l'Etat dans les banlieues, le taux de chômage dans les 1436 quartiers dits «prioritaires» est de 26,7%, contre 10% ailleurs, et 42% des habitants y vivent sous le seuil de pauvreté (fixé à 11.871 euros par an).

Après une décennie de volontarisme politique, les disparités entre les quartiers en difficulté et le reste du territoire sont loin d'être comblées: l'ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls avait ainsi évoqué un «apartheid social».

Depuis plusieurs jours, certaines banlieues défavorisées de Paris connaissent des violences sporadiques, avec des incendies de voitures ou des jets de pierres visant les forces de l'ordre. Au moins 25 personnes ont encore été interpellées dans la nuit de lundi à mardi et elles sont au total 245 à avoir été appréhendées par les forces de l'ordre en France depuis le déclenchement des violences urbaines le 4 février.

Une autre bavure?

L'affaire a connu un nouveau rebondissement mardi avec le témoignage dans la presse d'un de ses amis qui affirme avoir été passé à tabac par l'un des policiers impliqués dans l'interpellation de Théo, une semaine plus tôt. Un nouveau dossier dont la police des polices a été saisie par le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux.

Les rapports sont conflictuels entre jeunes et policiers dans ces quartiers sensibles où vivent de nombreux jeunes issus de l'immigration africaine et maghrébine. Cette question avait déjà été au coeur des émeutes qui avaient enflammé la France en 2005, pendant trois semaines, après la mort de deux adolescents électrocutés dans un transformateur, où ils se cachaient de la police.

Le gouvernement craint désormais une multiplication des incidents dans ces zones déshéritées, jusque-là largement absentes des débats en vue de l'élection présidentielle.

«Vivre ensemble»

«Il faut que la justice passe», a lancé mardi François Hollande, qui avait rendu visite à Théo le 7 février, à l'hôpital. «Il est très important de montrer que nous sommes capables de vivre ensemble dans une société apaisée». Bruno Le Roux, en déplacement dans d'autres villes de banlieue, a jugé que «ceux qui manifestent en cassant ne servent en rien les intérêts qu'ils prétendent mettre en avant».

Le gouvernement est sous le feu des critiques de l'extrême droite, dont la candidate à la présidentielle Marine Le Pen est en tête dans les intentions de vote pour le premier tour du 23 avril. Elle n'a pas condamné les policiers suspendus après le viol présumé.

«Le gouvernement se mure dans un silence qui reflète autant sa lâcheté que son impuissance», a accusé cette dernière, qui a mis en circulation une pétition pour soutenir la police.

Le candidat centriste Emmanuel Macron a de son côté jugé, depuis Alger où il est en déplacement, que la politique à suivre dans les banlieues «ne se règle pas sur des barricades» et a appelé à «un véritable investissement de l'Etat».

Plusieurs artistes français ont signé une tribune à paraître mercredi dans le quotidien de gauche Libération, qui énumèrent des pistes -pas de tutoiement, meilleure formation des jeunes policiers, retour de la police de proximité- pour mettre fin aux violences policières. (ats/nxp)

Créé: 15.02.2017, 04h43

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