L'autonomie du Cachemire révoquée

IndeUn décret présidentiel abolissant l'autonomie constitutionnelle du Cachemire indien a été passé. Le Pakistan condamne cette décision.

L'annonce a été faite par le ministre de l'Intérieur Amit Shah dans une énorme cacophonie.

L'annonce a été faite par le ministre de l'Intérieur Amit Shah dans une énorme cacophonie. Image: Keystone

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Le gouvernement indien a annoncé lundi la révocation de l'autonomie constitutionnelle du Jammu-et-Cachemire (nord) ainsi que sa dislocation, une décision explosive qui vise à placer sous une tutelle plus directe de New Delhi cette région rebelle revendiquée par le Pakistan.

Les autorités nationalistes hindoues ont passé un décret présidentiel abolissant un statut spécial de l'État du Jammu-et-Cachemire qui était garanti par la Constitution indienne. L'annonce en a été faite au Parlement par le ministre de l'Intérieur Amit Shah, au milieu d'une énorme cacophonie venant des rangs de l'opposition.

Le décret présidentiel «entre en vigueur immédiatement. Il remplace aussitôt» les articles constitutionnels relatifs au Jammu-et-Cachemire, en particulier l'article 370, selon un texte diffusé par le gouvernement.

L'article 370 de la Constitution indienne conférait un statut spécial au Jammu-et-Cachemire et autorisait le gouvernement central de New Delhi à légiférer seulement en matière de défense, affaires étrangères et communications dans la région. Le reste relève de l'assemblée législative locale.

Rétrogradé

Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi a également présenté au Parlement un projet de loi pour diviser le Jammu-et-Cachemire. Le Ladakh, sa partie orientale à majorité bouddhiste, en sera séparé.

Le Jammu-et-Cachemire restant, qui comprendra les plaines à majorité hindoue de Jammu au sud et la vallée de Srinagar à majorité musulmane dans le nord, va perdre le statut d'État fédéré, pour être rétrogradé au statut de «territoire de l'Union». Cela signifie que la région sera sous l'administration directe de New Delhi et n'aura presque plus aucune autonomie.

Décision «illégale»

La révocation de l'autonomie du Cachemire était une vieille promesse de campagne des nationalistes hindous du Premier ministre Narendra Modi, qui a été triomphalement réélu au printemps pour un deuxième mandat.

Les rassemblements étaient interdits et les communications totalement coupées lundi dans la vallée de Srinagar. Seuls les militaires et paramilitaires déployés en nombre pouvaient être dans la rue.

En prévision de possibles troubles, les autorités indiennes avaient déployé ces dix derniers jours plus de 80'000 paramilitaires supplémentaires dans cette zone déjà hautement militarisée.

Risque de troubles

«Aujourd'hui marque le jour le plus noir de la démocratie indienne», a tweeté l'ancienne chef de l'exécutif de Jammu-et-Cachemire Mehbooba Mufti. «La décision unilatérale du gouvernement indien d'abolir l'article 370 est illégale et inconstitutionnelle fera de l'Inde une force d'occupation au Jammu-et-Cachemire», a-t-elle déclaré sur le réseau social, assignée à résidence depuis la nuit dernière.

«Cela aura des conséquences catastrophiques pour le sous-continent. Les intentions du gouvernement de l'Inde sont claires. Ils veulent le territoire du Jammu-et-Cachemire en terrorisant son peuple», a-t-elle poursuivi.

Le Pakistan pas content

Ces mesures sont susceptibles de provoquer un soulèvement sanglant de la vallée à majorité musulmane de Srinagar. Nombre d'habitants de cette région himalayenne sont hostiles à l'Inde et attachés à leur autonomie qui prévalait depuis les débuts de la république fédérale indienne il y a sept décennies.

Islamabad a qualifié lundi d'«illégale» la révocation par l'Inde de l'autonomie constitutionnelle du Cachemire indien, une région en proie à une insurrection séparatiste que le Pakistan revendique.

«Le Pakistan condamne fortement et rejette l'annonce» faite lundi à New Delhi, a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. «Aucune mesure unilatérale du gouvernement indien ne peut modifier ce statut contesté. (...) En tant que partie de ce différend international, le Pakistan fera tout ce qui est en son pouvoir pour contrer les mesures illégales», a-t-il ajouté.

Déjà deux guerres

Le Cachemire, divisé entre Inde et Pakistan, est revendiqué par les deux pays. Cette région montagneuse est à l'origine de deux des trois guerres entre les deux voisins depuis leur partition en 1947, à la fin du joug colonial britannique.

Une insurrection séparatiste fait aussi rage depuis 1989 au Cachemire indien et a coûté la vie à plus de 70'000 personnes, principalement des civils. New Delhi accuse son voisin de soutenir en sous-main les groupes armés à l'oeuvre dans la vallée de Srinagar, ce que le Pakistan a toujours démenti. (ats/nxp)

Créé: 05.08.2019, 11h15

Washington appelle au «respect des droits»

«Nous sommes préoccupés par des informations faisant état de détentions et nous exhortons au respect des droits individuels et au dialogue avec les populations concernées», a déclaré Morgan Ortagus, porte-parole du département d'Etat américain.

«Nous appelons toutes les parties à maintenir la paix et la stabilité le long de la ligne de contrôle», a-t-elle ajouté en référence à la ligne de partage indo-pakistanaise, issue de la première guerre entre les deux pays.

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