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L'avenir de l'avortement discuté à la Cour suprême

La décision des magistrats concernant une loi de Louisiane accusée de restreindre l'accès à l'interruption de grossesse pourrait fragiliser le droit des Américaines à avorter.

Des militants contre l'avortement manifestent ce mercredi devant la Cour suprême à Washington.
Des militants contre l'avortement manifestent ce mercredi devant la Cour suprême à Washington.
Keystone

L'avenir du droit à l'avortement aux Etats-Unis semble dépendre de deux juges de la Cour suprême, qui s'est penchée mercredi pour la première fois depuis son remaniement par Donald Trump sur ce sujet ultra-sensible.

Les neuf sages ont examiné une loi de Louisiane quasi identique à un texte texan que la plus haute juridiction américaine avait invalidé en 2016, le jugeant trop restrictif. «Rien n'a changé depuis qui justifierait une volte-face légale», a déclaré d'emblée Julie Rikelman, qui représente les plaignants, en appelant la Cour à respecter sa jurisprudence.

Sauf que depuis 2016, Donald Trump a nommé deux magistrats à la Cour suprême. Or, pendant sa campagne, il avait conquis la droite religieuse en promettant de choisir uniquement des opposants à l'avortement pour ces postes à vie.

L'un d'eux, Brett Kavanaugh, a remplacé un juge qui s'était rallié il y a quatre ans aux quatre progressistes de la Cour pour bloquer la loi du Texas. Mercredi, il s'est fait plutôt discret, questionnant juste la possibilité que les «faits soient différents d'un Etat à l'autre».

Dans ses conclusions, Me Rikelman s'est adressée directement à lui, ainsi qu'au président de la Cour John Roberts. Ce conservateur, qui avait voté en faveur de la loi texane, est aussi très attaché à l'image de l'institution et à la continuité du droit.

En février 2019, il avait créé la surprise en apportant la voix décisive pour bloquer l'entrée en vigueur de la loi texane, et les défenseurs de l'accès à l'IVG espèrent qu'il fasse à nouveau pencher la décision en leur sens.

Mais il a cette fois semblé préparer le terrain pour une décision différente de 2016. A plusieurs reprises, il a interrogé les parties sur «les différences» entre les deux dossiers, qui «pourraient entraîner des conclusions différentes d'un Etat à l'autre».

«Un fil»

Si la Cour devait annuler la décision de 2016, cela pourrait signifier qu'elle est également prête à revenir sur l'arrêt historique Roe v. Wade de 1973, dans lequel elle avait reconnu le droit de toutes les Américaines à avorter.

Cela «pourrait marquer le début de la fin pour Roe», estime Kelley Robinson, une des responsables de la puissante organisation Planned Parenthood. Pour elle, «l'accès à l'avortement ne tient qu'à un fil» aux Etats-Unis.

Les opposants à l'avortement qui ont multiplié les lois restrictives dans le sud et le centre du pays, plus religieux et conservateur, ne manqueraient pas d'être galvanisés. «Nous avançons avec de l'espoir dans le coeur et de la confiance envers la Cour», a reconnu la présidente de l'organisation United for Life, Catherine Glenn Foster à la veille de l'audience.

Mercredi, chaque camp avait réuni ses troupes devant le temple du droit. Venu de Cincinnati, Dennis McKirahan, 75 ans, faisait résonner les «trompettes de Dieu». «Nous devons arrêter de tuer des bébés», expliquait-il.

A quelques mètres, parmi les défenseurs du droit des femmes à avorter, Liz Borkowki, 42 ans, brandissait un panneau de sa confection barré de la mention «Respectez les décisions prises». «Si la Cour devait changer de pied, je ne vois pas comment on pourrait garder confiance en elle», disait-elle.

Complications «rares»

La Cour devrait rendre sa décision en juin, à quelques mois de la présidentielle du 3 novembre. Donald Trump ne manquera pas de crier victoire si elle devait rogner ce droit.

Dans la procédure en cours, son gouvernement soutient la Louisiane, qui a adopté en 2014 une loi pour obliger des médecins pratiquant des avortements à obtenir une autorisation d'exercer dans un hôpital situé à moins de 50 kilomètres du lieu de l'intervention.

Le texte vise à protéger les femmes en cas de complication et à assurer «la continuité des soins», a plaidé sa représentante Elizabeth Murrill.

Les complications sont «extrêmement rares», a souligné la doyenne de la Cour suprême et championne des droits des femmes Ruth Bader Ginsburg.

Sa consoeur Elena Kagan a relevé la difficulté d'obtenir les autorisations demandées: «Certains hôpitaux ne veulent pas être associés à de médecins qui pratiquent des avortements».

Lors de l'audience, la Louisiane et le gouvernement de Donald Trump ont avancé un autre argument qui pourrait être lourd de conséquences.

Leurs représentants ont plaidé que les médecins avaient des intérêts propres et ne devraient pas être autorisés à agir en justice, que seules les patients devraient le faire. Le juge conservateur Samuel Alito a abondé en leur sens en parlant d'un «confit d'intérêt».

«Je suis très inquiète» sur ce point, avait expliqué avant l'audience la gynécologue Nisha Verma. «Demander à des femmes qui essaient d'obtenir un avortement d'aller en justice est tout simplement fou», avait-elle dit à l'AFP.

(AFP)

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