Bachelet, carte maîtresse de la Genève internationale

Genève Une personnalité prestigieuse prend la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme… en pleine tourmente.

Tour à tour médecin, ministre puis présidente de son pays, Michelle Bachelet – qui fut torturée sous Pinochet – a le profil idéal pour reprendre la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

Tour à tour médecin, ministre puis présidente de son pays, Michelle Bachelet – qui fut torturée sous Pinochet – a le profil idéal pour reprendre la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Image: REUTERS

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«Bonne nouvelle pour le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et pour la Genève internationale!» L’ancien ambassadeur suisse François Nordmann, qui fut à la tête de la Mission helvétique de 2000 à 2002, ne cache pas son soulagement. Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a nommé, ce mercredi, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet à la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Confirmée ce vendredi par l’Assemblée générale, elle prendra son poste en septembre.


A lire l'édito: Coup habile du patron de l’ONU


«On craignait de voir un pâle ministre ou un fonctionnaire sans relief succéder au prince jordanien (ndlr: le très offensif Zeid Ra’ad al-Hussein). C’est au contraire une personnalité prestigieuse, qui parle d’égal à égal avec les chefs d’État et de gouvernement. Elle connaît les rouages de l’ONU et pourrait remobiliser le personnel sans embarrasser le secrétaire général…»

L’allusion est limpide. L’actuel haut-commissaire a certes fait le bonheur des médias et des ONG en jugeant «dangereux» le président Donald Trump, «raciste» le premier ministre hongrois Viktor Orbán ou encore en réclamant «une évaluation psychiatrique» du président philippin Rodrigo Duterte, mais il a braqué les leaders politiques qu’il était censé convaincre de respecter les droits de l’homme. «C’est le secrétaire général qui est responsable de la politique de l’ONU, le haut-commissaire n’est pas là pour jouer un rôle politique. Il ne lui appartient pas de s’attaquer aux gouvernements, mais de mettre le doigt sur les violations des droits de l’homme», explique François Nordmann. «Michelle Bachelet peut réinjecter confiance et dynamisme au sein du Conseil des droits de l’homme et de son secrétariat, démoralisés par le récent retrait des États-Unis.»

Victime de torture

«Michelle Bachelet aura l’un des emplois les plus difficiles au monde, à un moment où les droits de l’homme subissent une attaque généralisée», estime de son côté Kenneth Roth, le directeur de l’ONG étasunienne Human Rights Watch. «Les gens dans le monde entier comptent sur elle pour se faire leur championne, ouvertement et énergiquement, en particulier lorsque les abuseurs sont puissants.» Et il ajoute: «En tant que victime elle-même, elle amène à ce rôle une perspective unique sur l’importance d’une défense vigoureuse des droits humains.»

En effet, née en 1951 à Santiago du Chili, la jeune activiste socialiste Michelle Bachelet effectuait des études de médecine en janvier 1975 quand elle fut arrêtée, détenue et torturée pendant des semaines par la police politique du dictateur Augusto Pinochet. Sa mère Ángela Jeria subit le même sort. Quant à son père, le général des Forces aériennes Alberto Bachelet, il était mort quelques mois plus tôt en prison pour être resté fidèle au président Salvador Allende, renversé lors du putsch militaire de 1973.

Socialiste et diplomate

Ironie de l’Histoire, la même Michelle Bachelet, en l’an 2000, entre au gouvernement du socialiste Ricardo Lagos en tant que ministre de la Santé, puis se voit confier la Défense deux ans plus tard. En 2006, elle accède à la présidence de l’État pour quatre ans. Elle rempilera en 2014 pour un second mandat, au cours duquel elle mènera des réformes progressistes, dont l’adoption du mariage homosexuel et la dépénalisation de l’avortement.

Entre ces deux mandats présidentiels, elle fut nommée en 2010 secrétaire générale adjointe de l’ONU et devint la toute première directrice exécutive de l’agence ONU Femmes, chargée de promouvoir l’égalité des genres.

Bref, la prochaine haut-commissaire aux droits de l’homme semble avoir à la fois la légitimité, l’autorité et la diplomatie nécessaires pour défendre, auprès des puissants, la cause des plus faibles… et sauver d’un effondrement total, à Genève, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Pourra-t-elle relever le défi? Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU à New York, a appelé Michelle Bachelet à «éviter les erreurs du passé», rappelant notamment que Washington s’est retiré de ce Conseil des droits de l’homme qui a été incapable de condamner les violations commises à Cuba et au Venezuela par des régimes de gauche. La socialiste chilienne est également attendue sur la question du Nicaragua, où l’ancien guérillero Daniel Ortega a maté dans le sang la révolte populaire…

Voilà qui n’inquiète pas François Nordmann: «Michelle Bachelet a gouverné le Chili sans extrémisme. Tout comme António Guterres, autrefois, le Portugal.» (24 heures)

Créé: 10.08.2018, 07h04

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