Bayrou dénonce la contagion de «l’agressivité et l’intolérance» de Sarkozy

FranceSoutien d’Alain Juppé, le président du MoDem critique la primaire de la droite et du centre. Il n’a pas renoncé à se présenter. Interview.

François Bayrou: «Dans une élection primaire de sympathisants, l’avantage donné au plus dur, au plus agressif du camp, est considérable.» L’actuel maire de Pau, âgé de 64 ans, renvoie dos à dos Nicolas Sarkozy, le diviseur de la République, et François Hollande, le décevant.

François Bayrou: «Dans une élection primaire de sympathisants, l’avantage donné au plus dur, au plus agressif du camp, est considérable.» L’actuel maire de Pau, âgé de 64 ans, renvoie dos à dos Nicolas Sarkozy, le diviseur de la République, et François Hollande, le décevant. Image: Marie-Pierre Dieterlé

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François Bayrou concourra à la présidentielle de 2017 si Alain Juppé perd la primaire à droite. La position du président du Mouvement Démocrate (MoDem) est limpide. Encore une fois, l’ex-ministre de l’Education nationale et maire de Pau se dresse contre Nicolas Sarkozy. Ce dernier l’accuse d’avoir provoqué sa défaite en 2012. Fort de deux campagnes présidentielles réussies (18,6% en 2007 et 9,2% en 2012), et aujourd’hui crédité de près de 12% d’intention de vote, le patron du MoDem à 64 ans veut encore peser sur le débat. Tenace, François Bayrou est un faiseur de roi qui n’a pas renoncé à devenir roi. Interview.

Est-ce que vous êtes un «Républicain», François Bayrou?

Ce que je n’aime pas dans cette séquence c’est que le mot républicain est un mot de rassemblement. Il va devenir, hélas, un mot de division. J’aurais préféré qu’il n’en soit pas ainsi. Nicolas Sarkozy a fait ce choix, on voit bien pourquoi!

Selon vous, la captation de ce mot traduit une intention politique?

L’intention politique est de se débarrasser du sigle UMP.

Et pourquoi?

En raison des affaires multiples qui le frappent.

Vous pensez les Français à ce point amnésiques?

Moi, je ne le crois pas. Mais d’autres peuvent le croire (sourire).

Le déroulé du congrès fondateur des Républicains vous a-t-il conforté dans votre méfiance envers Nicolas Sarkozy ?

Ce qui a frappé beaucoup de Français, c’est à quel point l’agressivité et l’intolérance sont contagieuses. Les mots inutilement blessants ou méprisants utilisés à la tribune, même contre des adversaires politiques, se transforment en attitudes intolérantes dans la salle. Les images parlaient d’elles-mêmes. Je suis persuadé que les Français n’attendent pas cela. Ils attendent au contraire de la hauteur de vues et une capacité de rassemblement, au service d’une vision de l’avenir. Vous voyez, on en est bien loin.

Serez-vous candidat à une primaire ouverte de la droite et du centre?

Ce n’est pas mon intention. L’idée même de cette primaire est pour moi problématique. Une primaire suppose qu’on se définit dans un des deux camps. Et toute ma vie, j’ai essayé de dire que ce n’est pas en coupant le pays en deux camps qu’on sert l’avenir du pays. Qu’il faut dépasser les camps. Ça, c’est l’argument de fond. Et il y a une deuxième raison: dans une élection primaire de sympathisants, l’avantage donné au plus dur, au plus agressif du camp, est considérable.

Vous vous laissez aussi toutes les portes ouvertes pour vous présenter à la présidentielle 2017?

J’ai dit les choses plus simplement: s’il y a dans le courant principal de l’opposition une candidature qui rassemble, je suis prêt à l’aider. Par exemple: Alain Juppé. Avec lui, il n’y aura pas de difficulté à trouver un accord. Mais si jamais ce n’était pas le cas, je serai libre.

Un dernier sondage vous crédite, sans même être déclaré, d’un bon très résultat au 1er tour de la présidentielle de 2017 dans le scénario d’une candidature de Nicolas Sarkozy. Tentant?

Mon socle est mesuré à 12%. C’est important. Et c’est assez près de François Hollande, le président sortant, qui est lui crédité de 17%. Mais on n’en est pas là. Le scénario que je souhaite est celui d’une approche politique nouvelle qu’on puisse constituer avec un candidat rassembleur.

Ce candidat rassembleur peut-il être socialiste, s’appeler François Hollande?

Franchement, je ne crois pas que François Hollande soit en situation d’être réélu aujourd’hui. Les erreurs qui ont été faites sont d’importance.

Avez-vous regretté votre soutien à François Hollande lors de la présidentielle 2012?

Je ne regrette pas les décisions que je prends en toute conscience.

Quelles ont été les erreurs de François Hollande?

Il a une vision trop politicienne et a manqué de vision historique à la hauteur des moments que nous vivions. Il a voulu laisser la vie politique française dans la guerre des deux partis PS et UMP. Ensuite, du point de vue économique et social, il n’a pas porté de nouveauté importante. Il n’a pas donné à la situation française l’équilibre qu’elle exigeait en lui proposant une vision rassembleuse et en permettant la naissance de majorités d’idées réformistes.

Le pacte de responsabilité est pourtant un ensemble de réformes intéressantes?

C’est pour la plupart des décisions des usines à gaz. Des mécanismes tellement compliqués que personne ne les comprend. Le choc de simplification, on en parle depuis deux ans, mais il n’y en a eu aucun. J’aurais beaucoup aimé qu’il avance mais il ne s’est rien passé.

Néanmoins, le PS se recentre. Manuel Valls vous fait des appels de phare…

Le Parti socialiste n’est pas pour la France une force de renouvellement, c’est une force de régression. Je suis dans l’opposition comme je l’avais dit dès le premier jour: «si François Hollande est prêt à des remises en cause, je le soutiendrai. S’il reste à ces attitudes du passé, je serai un opposant vigoureux.» C’est ce que je fais.

Vous qualifieriez comment la présidence de M. Hollande?

Décevante.

Ne risquez-vous pas de faire le jeu du FN en affaiblissant les candidats (de la gauche comme de la droite)?

La seule question que l’on doit se poser est de savoir si les Français vont trouver un bulletin de vote qui corresponde à leur conviction profonde. Avec seulement des bulletins Hollande, Le Pen et Sarkozy, des millions de Français n’auraient pas de bulletin qui potentiellement les représente. Je suis persuadé que si c’était Alain Juppé, ou quelqu’un de ce profil, ils trouveraient ce choix. Car, à ce moment-là, on pourrait faire des ententes, des alliances. Alain Juppé a une attitude de rassemblement du pays et de ces sensibilités différentes. Et pas de création perpétuelle d’agressivité.

La France ne devrait-elle pas introduire la proportionnelle intégrale?

En tout cas, il faut un principe proportionnel. Qu’est-ce qui peut justifier qu’un grand courant comportant plusieurs millions de Français soit interdit de représentation. Qui peut le justifier? A l’élection présidentielle de 2007, j’ai fait près de 20%. A celle de 2012, Marine Le Pen a fait à peu près le même score. A la sortie, pour les deux, deux députés sur près de 600. Est-ce raisonnable? Est-ce compréhensible? Non. La proportionnelle a deux avantages majeurs: elle permet des majorités d’idées et elle sert de garde-fou contre les dérives extrémistes.

Créé: 01.06.2015, 12h10

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«Les problèmes de la France sont en France!»

En Espagne, comme en Grèce, la vague Syriza et Podemos ont balayé le bipartisme. Ont-ils réussi ce que vous tentez depuis des années en France?

François Bayrou: «La réussite, on la voit à la fin du match. Pour l’instant, nous n’y sommes pas. Il y a dans beaucoup de pays européens une remise en cause du bipartisme, de l’alternance obligatoire entre deux partis qui, en réalité, ont des pratiques assez proches. Ce qu’on voit en Espagne, c’est cette aspiration au pluralisme. Qui est le vrai nom de la démocratie. Car une démocratie qui n’a que deux partis est une démocratie bancale. Il y a aussi dans les opinions publiques des pays en crise L’expression d’un doute sur l’Union européenne telle qu’elle est organisée.»


Pour la France, vous proposiez une 3e voie comme remise en cause du bipartisme. Est-elle désormais accaparée par le FN?


François Bayrou: «Le pluralisme ne s’arrête pas au chiffre trois. Le fond des choses est que les politiques réformistes ont beaucoup de mal à être soutenues en France. Parce que le clivage droite contre gauche est un clivage artificiel et destructeur. Destructeur parce que le socle de soutien à une politique de réforme est coupé en deux, une moitié dans un camp, une moitié dans l’autre, et chacune des deux moitiés minoritaires dans son camp. Pour moi, c’est cela l’essentiel! Le FN porte une part de contestation du système politique. Elle serait à considérer si les solutions proposées par le FN étaient viables, or ce sont des solutions mortelles.»


La Suisse fonctionne avec des coalitions. En France, la plupart des politiciens soulignent la nécessité de réformes: pourquoi n’y arrive-t-elle pas?

François Bayrou: «C’est rendu impossible par des institutions et une vie politique qui sont absolument contre-productives. J’ai très souvent défendu en France l’originalité de la Suisse et le caractère positif de sa vie publique. Vous avez des institutions, une vie politique et une tradition qui rendent les coalitions possibles sur des projets. Ce que l’on appelle en France des majorités d’idées. Pour l’instant, chez nous, c’est impossible. Mais cela changera: parce que, aujourd’hui, nous sommes dans une impasse.»

Pour imposer une politique réformiste ne faudra-t-il pas un souffle nouveau. Mais le personnel politique français – vous inclus – n’est-il pas là depuis trop longtemps?

François Bayrou: «Il y a des gens extrêmement novateurs dont l’état civil ne rend pas compte de cette nouveauté. Winston Churchill n’était pas tout à fait juvénile. Et de Gaulle non plus. C’était pourtant deux novateurs majeurs. La vie politique en France est une vie dans laquelle l’expérience compte. Et s’il y a des gens nouveaux qui sont bons, ils s’imposeront, et ce sera tant mieux. Encore faut-il qu’ils soient bons…»

En quoi votre vision est différente de ce qui s’est fait ces dernières décennies?

François Bayrou: «J’ai été l’un des premiers responsables politiques français à pointer du doigt la question du déficit et de la dette. Pendant des années, j’ai été le seul à me battre contre une série d’affaires qui aujourd’hui défrayent la chronique. Depuis la privatisation des autoroutes jusqu’à l’affaire Tapie en passant par l’ensemble des dérives de comportement sur le financement des partis politiques.»

C’est le diagnostic et les remèdes?
François Bayrou: «En un: la libération de la créativité. Le pays est paralysé dans une gangue de règlements qui empêchent les gens de vivre. Deuxièmement: la simplification. J’ai montré à la télévision la différence entre le droit du travail français et le suisse. L’un, qui tient en quelques dizaines de pages, est lisible, l’autre, deux mille pages, ne l’est pas. Troisièmement, une stabilité en matière fiscale et juridique est une nécessité absolue. Quatrièmement, le premier grand chapitre d’action publique à reconstruire est l’éducation nationale.»

En quoi est-ce original?
François Bayrou: «Parce que je dis que la plupart des problèmes de la France ne viennent pas de l’extérieur, de l’Europe ou de l’Allemagne. Pas plus que de la mondialisation. Les problèmes de la France viennent de notre incapacité à donner leur pleine force aux qualités qui sont les nôtres. C’est chez nous que les erreurs ont été commises, et pas ailleurs. C’est nous qui nous sommes tiré des balles dans les jambes. C’est chez nous qu’il faut chercher les reconstructions nécessaires. Cette vision ne ressemble pas à celle des autres.»

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