Birmanie et Venezuela dans le viseur de l'ONU

Le Conseil des droits de l'homme s'est penché jeudi sur le sort des Rohingyas, en Birmanie, et sur le Venezuela.

Une vue du Palais des Nations, à Genève. (Photo d'illustration)

Une vue du Palais des Nations, à Genève. (Photo d'illustration) Image: Keystone

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L'ONU resserre l'étau sur la Birmanie après les conclusions d'intention génocidaire contre les Rohingyas. Le Conseil des droits de l'homme a voté jeudi à Genève un mécanisme indépendant de préservation des preuves. Il a aussi renforcé la surveillance du Venezuela.

Il y a quelques semaines, la Mission indépendante d'établissement des faits sur la Birmanie avait recommandé dans son rapport final des poursuites pour génocide contre le chef de l'armée et cinq autres hauts responsables militaires. Dont un était venu en visite officielle en Suisse en 2017.

Allégations de déportation

Comme celui qui avait été lancé sur la Syrie par l'Assemblée générale de l'ONU en 2017, le prochain mécanisme sur la Birmanie devra rassembler et préserver des preuves des crimes les plus graves contre les Rohingyas. Il devra aussi préparer des dossiers pour des procès devant des tribunaux nationaux ou internationaux.

La Cour pénale internationale (CPI) a entamé la semaine dernière un examen préliminaire sur les allégations de déportation de la minorité musulmane. En un an, plus de 700'000 Rohingyas ont fui l'Etat birman de Rakhine vers le Bangladesh.

Aung San Suu Kyi ciblée

La Cour va notamment pouvoir porter ses efforts sur les meurtres présumés, les violences sexuelles, les disparitions forcées et d'autres abus. Le prochain mécanisme indépendant voté jeudi est appelé à collaborer avec elle.

«Le monde s'est enfin rassemblé pour reconnaître les atrocités» perpétrées contre les Rohingyas, s'est félicité devant la presse l'ambassadeur pakistanais à l'ONU à Genève Farukh Amil. Au terme de discussions, «pas faciles» selon lui, entre les différents pays, une seule résolution a pu être présentée par l'UE et les pays musulmans. Elle a été soutenue par plus de 100 pays et approuvée par 35 Etats, dont la Suisse, sur 47 au Conseil.

Un message envoyé notamment à la cheffe du gouvernement birman, la Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi. M. Amil a souhaité qu'elle «accepte enfin la réalité de ce qui se passe». Mais la Birmanie avait dénoncé avant le vote un «mauvais précédent» pour l'enceinte onusienne, accusée d'une approche unilatérale. Tout comme elle a toujours ciblé la Mission d'établissement des faits.

En attendant que le nouveau mécanisme soit opérationnel, celle-ci poursuivra son mandat. Aussi bien M. Amil que l'ambassadeur européen Walter Stevens ont souhaité une mise en oeuvre «le plus rapidement possible».

Pékin menaçant

Durant la discussion au Conseil des droits de l'homme, la Chine, qui s'est opposée à la résolution, a mis en garde contre de possibles conséquences sur le rapatriement des réfugiés. De leur côté, les deux ambassadeurs se sont contentés de dire qu'ils allaient continuer à dialoguer avec Pékin et d'autres acteurs pour mettre un terme aux «souffrances» des Rohingyas.

Autre situation qui préoccupe l'ONU, le Conseil a demandé à la haut-commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, de lui rendre un rapport d'ici à juin prochain sur les abus au Venezuela. Le prédécesseur de la Chilienne, Zeid Raad al-Hussein, avait déjà dénoncé à plusieurs reprises de possibles crimes contre l'humanité et demandé en vain une Commission d'enquête internationale.

Mais les rapports du Haut-Commissariat avaient toujours été rejetés par le Venezuela parce qu'ils n'avaient pas été mandatés par le Conseil des droits de l'homme. Désormais, cet Etat ne pourra se retrancher derrière cette explication.

Autres pays

«Nous n'avons jamais vu d'initiative aussi hostile à l'égard de mon pays», a dit l'ambassadeur vénézuélien qui a ciblé à nouveau les Etats-Unis et Israël. La résolution de jeudi, approuvée par la Suisse, a été votée alors que les tensions entre l'ONU et le Venezuela avaient semblé s'atténuer récemment. Mme Bachelet avait rencontré il y a moins de trois semaines le ministre vénézuélien des Affaires étrangères qui s'était engagé à collaborer.

Les exécutions extrajudiciaires au Venezuela ont fait plusieurs centaines de victimes ces dernières années. Au moins 125 avaient été tuées en quelques mois dans la répression des manifestations contre la crise politique et économique qui a fait plus de 1,6 million de réfugiés.

Vendredi, le Conseil devra notamment se prononcer sur une déclaration des droits des agriculteurs. Il devra surtout décider du renouvellement ou non du mandat du groupe d'experts sur les violations au Yémen de la Commission d'enquête sur le Burundi. (ats/nxp)

Créé: 27.09.2018, 18h37

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