Les bombes de Daech sont fabriquées avec des composants peu surveillés

ArmementDes transistors fabriqués par STMicroelectronics, une société basée à Plan-les-Ouates (GE), ont été trouvés en Irak. Comment est-ce possible?

A Genève, le siège de la société franco-italienne STMicroelectronics. (Photo d'illustration)

A Genève, le siège de la société franco-italienne STMicroelectronics. (Photo d'illustration)

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STMicroelectronics, une société franco-italienne dont le siège opérationnel est à Genève, fait partie de la cinquantaine d’entreprises de vingt pays dont les composants ont été retrouvés dans les résidus de bombes du groupe Etat islamique (Daech) en Syrie et en Irak. Le rapport publié jeudi par l’organisation Conflict Armament Research (CAR), commandé par l’Union européenne, montre des images de transistors fabriqués par la société établie à Plan-les-Ouates et retrouvés sur des bombes du groupe Etat islamique en Irak entre octobre 2014 et avril 2015. Les transistors sont de petits composants électroniques trouvés à l’intérieur des appareils.

«Des contrefaçons»

Par un communiqué de son service de communication à Paris, STMicroelectronics explique «avoir été récemment informée des conclusions du rapport» et que «sur la base de notre enquête, les pièces sont apparemment des contrefaçons». «Nous ne vendrions évidemment jamais des produits utilisés par Daech ou toute autre organisation similaire», précise le message. Par téléphone, la chargée de communication de la société n’était pas en mesure de préciser quand STMicroelectronics avait pris connaissance du rapport ni sur quelles bases elle s’appuyait pour affirmer qu’il s’agissait de contrefaçons.

Les enquêteurs de CAR ont fait des recherches de juillet 2014 à février 2016 sur le terrain et examiné quelque 700 composants utilisés par Daech pour fabriquer des bombes. L’accès à ces composants a été rendu possible par des milices kurdes. Certains ont aussi été récupérés lors de grandes batailles. Les enquêteurs ont identifié leur provenance et tracé la chaîne de contrôle.

Les rédacteurs du rapport précisent ne pas avoir reçu de réponse de STMicroelectronics. Et que, ce faisant, il n’a pas été possible d’identifier le cheminement exact des transistors. «Il est plausible que STMicroelectronics ne manufacture pas les objets en Suisse ni ne les exporte depuis ce pays», précise le document.

Les usines de STMicroelectronics sont installées en France, en Italie et en Asie. La société, qui emploie 43 200 personnes à travers le monde, ne produit et n’exporte pas de matériel depuis la Suisse.

Composants peu surveillés

Après l’examen de ces 700 composants, CAR conclut que les engins explosifs sont désormais produits à une «échelle quasi industrielle» par le groupe Etat islamique. L’organisation djihadiste utilise des composants autorisés et largement disponibles, comme les engrais chimiques et les téléphones mobiles. Le commerce de ces petits éléments bon marché, dont certains n’ont pas besoin de licence à l’exportation, est bien moins surveillé que les transferts d’armes.

Le pays le plus représenté dans la chaîne de fabrication est la Turquie, avec un total de treize sociétés. L’Inde arrive en seconde position, avec sept sociétés qui ont fabriqué l’essentiel des détonateurs et autres cordons de mise à feu.

Créé: 26.02.2016, 08h10

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