Au bord du canal de Suez, Hollande conforte Sissi

EgypteHôte d’honneur du général al-Sissi, président égyptien, le chef de l’Etat français inaugure le nouveau canal de Suez.

Des délégations du monde entier, dont le président français François Hollande (à droite) et son homologue du Soudan Omar el-Béchir (tout à gauche), se sont rendues au bord du canal de Suez pour saluer «le cadeau de l’Egypte au monde», selon le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (au centre).

Des délégations du monde entier, dont le président français François Hollande (à droite) et son homologue du Soudan Omar el-Béchir (tout à gauche), se sont rendues au bord du canal de Suez pour saluer «le cadeau de l’Egypte au monde», selon le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (au centre). Image: EPA

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François Hollande a reçu, hier en Egypte, un accueil digne d’un pharaon. Le président français est en effet l’hôte d’honneur du général et président Abdel Fattah al-Sissi, qui dirige son pays d’une main d’acier bien trempé. En acceptant d’accomplir sa visite entourée de tant de révérences, le président français conforte le régime militaire instauré par al-Sissi en juillet 2013, après avoir déposé Mohamed Morsi, président démocratiquement élu mais dont la politique guidée par les Frères musulmans s’est révélée catastrophique sur tous les plans. En se rendant au bord du canal de Suez, François Hollande a donc présidé à l’enterrement du printemps égyptien. Mais un enterrement de première classe, tout de même…

Passage obligé

Ce déplacement est placé sous le triple signe de la diplomatie, de la lutte antiterroriste et de l’économie. La France confirme ainsi le retour de l’Egypte sur la scène internationale, alors que la politique islamo-intégriste de Morsi l’en avait écarté. Le Caire a récupéré son rôle de passage obligé pour tout ce qui concerne le conflit israélo-palestinien et les tensions au Proche-Orient.

En matière de lutte antiterroriste, la France est devenue le bras droit des Etats-Unis et mène deux conflits sur ce front au Mali et en Centrafrique. Dès lors, la coordination entre les services de renseignement français et égyptiens doit être constamment peaufinée, d’autant plus que l’Etat islamique est aux portes de l’Egypte, au Sinaï et en Libye.

Des commandes bienvenues

Sur le plan économique, François Hollande se doit de remercier le président égyptien d’avoir signé des contrats – pour une demi-douzaine de milliards d’euros – avec l’industrie militaire française, à savoir 24 avions de combat Rafale pour Dassault, une frégate «multimissions» et une soixantaine de missiles air-sol.

Au moment où la reprise se fait attendre en France, ces commandes égyptiennes tombent à pic. Mais pour la France, il s’agit aussi d’être bien placé lorsque l’économie égyptienne décollera. La présence de Hollande à l’inauguration du nouveau canal de Suez, qui doublera la capacité de l’ancien, se situe également dans ce contexte. Grâce à cet élargissement, l’Egypte espère obtenir 13 milliards d’euros de recettes, par année, dès 2023.

Toutes ces raisons expliquent que désormais Paris ferme les yeux sur la répression féroce engagée par le régime militaire égyptien: 670 condamnations à mort (dont celle de l’ex-président Morsi), 800 manifestants pro-Morsi tués il y a deux ans au Caire, des dizaines de milliers d’opposants en prison et des journalistes pourchassés. Depuis les attaques islamo-terroristes, les pays occidentaux ont donc rétabli le statu quo ante, à savoir le soutien aux dictatures dites «laïques» contre l’islamo-terrorisme. Reste à savoir si, à l’avenir, cette politique ne va pas engranger encore plus de ressentiment contre l’Occident. (24 heures)

Créé: 06.08.2015, 22h08

Des projets pharaoniques critiqués

Ce devait être un second canal de Suez, construit en trois ans. Au final, ce n’est que l’élargissement de la voie maritime de 37?kilomètres et son extension de 35?kilomètres, après un an de travaux.
Des délégations du monde entier, dont François Hollande, sont venues saluer «le cadeau de l’Egypte au monde», selon le président égyptien.

Un cadeau à 8 milliards d’euros! En réduisant le temps d’attente des bateaux et en permettant de doubler le nombre de leurs passages, le gouvernement espère voir ses recettes passer de 5 à 15 milliards de dollars d’ici à 2023. Pourtant, tout comme le projet de nouvelle capitale du président Sissi visant à désengorger
Le Caire, nombre d’experts restent sceptiques sur l’efficacité de ces chantiers pharaoniques. «Le régime mise sur des facteurs incroyablement optimistes, notamment l’accroissement du commerce international, alors que des études internationales démontrent la tendance inverse, critique un économiste. Le régime n’a pas non plus cherché à évaluer la pertinence d’accroître la vitesse des bateaux ni les conséquences environnementales de son projet.»

Beaucoup dénoncent des prévisions irréalistes et l’absence de véritable débat autour de cette politique. «Sissi veut-il marquer l’histoire à travers ses projets ou veut-il améliorer l’économie? Des mesures efficaces de lutte contre la corruption ou l’investissement dans la santé ou l’éducation auraient de bien meilleures conséquences pour les Egyptiens, estime l’économiste Mahmoud Hamza. Demain, de nouveaux milliards seront investis dans un projet de nouvelle capitale très critiqué. Mais avec un régime autoritaire, des opposants en prison et l’absence de parlement, qui peut discuter les projets du président?»

Alors qu’il s’est une nouvelle fois posé en rempart contre le terrorisme pendant son discours, Abdel Fattah al-Sissi, s’il veut attirer à nouveau investisseurs et touristes, a toujours un défi de taille à relever: la sécurité. «Pour un projet populaire, aucun citoyen ne peut s’approcher de quelques kilomètres de l’inauguration!» ironise un opposant sur Twitter. La branche égyptienne de l’Etat islamique a d’ailleurs menacé avant-hier d’exécuter un Croate travaillant pour une entreprise française, rappelant la grande difficulté du régime à réduire sa capacité de nuisance.

«Sans démocratisation, aucun des projets de Sissi n’aboutira, assure un journaliste d’opposition. Il peut vendre du rêve, mais seuls les nations libres peuvent les concrétiser.»
Farid Omeir, Le Caire

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