Boris Johnson, apôtre du Brexit, s’apprête à gouverner

Royaume-UniCharismatique et gaffeur, le favori de l’élection au sein du Parti conservateur devrait devenir premier ministre mardi prochain.

Boris Johnson.

Boris Johnson. Image: Keystone

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Boris Johnson le sait: à moins d’une phénoménale surprise, les adhérents du Parti conservateur feront de lui mardi leur nouveau chef. Et, par conséquent, le premier ministre du Royaume-Uni. La semaine dernière, à l’occasion du dernier débat l’opposant à l’actuel ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, l’ancien maire de Londres était survolté.

Relativement calme lors des précédentes éditions, «BoJo» – son surnom – a fait son grand retour. Il a retrouvé son énergie et son débit de parole frénétique. Des virgules, des points d’exclamation, jamais de pauses. Des plaisanteries, de l’optimisme démesuré et des mimiques inimaginables. Le tout agrémenté par une gestuelle exubérante, le poing serré ou les bras écartés, rythmé par de légers bonds sur place. Pour le plaisir de la majorité de l’audience.

«L’homme qui a cru»

«Il est l’homme qui a toujours cru en le Brexit», assure Anjana Patel, conseillère municipale d’Harrow, dans la banlieue nord-ouest de Londres. «Contrairement à Jeremy Hunt ou à la première ministre Theresa May, il n’existe aucun doute sur sa motivation pour concrétiser le Brexit, ce qui est capital vu l’impasse actuelle.» Ne craint-elle pas une sortie de l’Union européenne sans accord avec les Vingt-Sept? «Peu importe tant que le Brexit a lieu.» Un message identique à celui de sa fille, l’ancienne ministre Priti Patel, soutien fidèle de Boris Johnson.

Susan Wright, la soixantaine passée, voit également d’un bon œil son arrivée au pouvoir. Elle se souvient que lors de ses deux mandats de maire de Londres, «il a su déléguer et bien s’entourer, contrairement à Theresa May, qui n’avait pas confiance en quiconque et a tout décidé seule. Cette différence sera importante pour négocier avec les Européens puis pour gouverner.»

La position de Boris Johnson sur le Brexit n’est pourtant pas jugée déterminante par la plupart des adhérents du parti. «Même s’il assure que le Brexit aura lieu au plus tard le 31 octobre, contrairement à son adversaire, les deux candidats veulent concrétiser le Brexit et sont prêts à sortir de l’UE sans accord», rappelle en effet Mike Smith, un quinquagénaire un peu emprunté.

La motivation première et générale est bien résumée par Samuel Morgan, un étudiant en thèse de sciences politiques: il a voté en sa faveur car «Boris Johnson est le mieux placé pour remporter une élection générale face au Labour». «Idéologiquement, c’est un politicien de centre droit, dont le message peut plaire à une très large frange de la société. Il peut donc unifier le pays.» Un argument répété par tous ses supporters et mis en avant par les hésitants.

Le coup du hareng!

À regarder ce soir-là Boris Johnson, le plus charismatique des politiciens britanniques et à côté duquel Jeremy Hunt faisait figure d’élève sage, il est aisé de comprendre les raisons de cette attraction. Sur l’estrade de cette grande salle, l’ancien maire de Londres brandit un hareng fumé sous plastique et hurle son indignation contre la législation européenne qui oblige son pêcheur situé dans l’île de Man à le transporter recouvert d’un coussin de glace. Les spectateurs sont hilares.

Une anecdote à l’image de «BoJo». Bien au-delà de ce que son auteur ne l’espérait: non seulement l’île de Man ne fait pas partie du marché unique et n’est donc pas concernée par les règlements européens, mais la législation dont se plaignait l’ancien maire de Londres a été imposée par le Parlement de Westminster, pas par celui de Bruxelles. Un coup à côté en termes de vérité et de sérieux, un coup en plein mille en termes de popularité.

«Boris est un menteur, un charlatan, complètement indigne de confiance, qui peut avoir une opinion aujourd’hui et l’inverse dans six mois si cela l’arrange», murmure Christine, retraitée. Preuve de l’étrange ambiance dans le parti, aucun des critiques de Boris Johnson n’a accepté de donner son nom de famille. On n’étrille pas le futur leader et premier ministre ouvertement.

Cette Londonienne a donc «voté contre Boris», pas pour Jeremy Hunt. Elle estime que «les élus le soutiennent pour garder leur emploi car ils se disent qu’il leur trouvera un poste de ministre ou leur permettra de remporter une élection. Ils ne prennent pas en considération l’intérêt du pays mais le leur.»

Engouement limité

Signe que Christine n’était pas aussi isolée qu’elle l’imaginait, les applaudissements se sont révélés timides à la sortie de scène de Boris Johnson. Malgré le score sans doute écrasant de sa victoire mardi, l’engouement en sa faveur demeure limité. Trop d’incertitude. De ce côté-là, rien n’a changé depuis le résultat du référendum, il y a déjà plus de trois ans.

Créé: 21.07.2019, 18h00

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Le brûlant dossier iranien sur la table

Le Royaume-Uni est plus que jamais directement impliqué dans le conflit entre les États-Unis et l’Iran. Vendredi, la marine iranienne a arraisonné un pétrolier sous pavillon britannique dans le détroit d’Ormuz, qui sépare l’Iran et Oman. Le ministre des Affaires étrangères britannique et candidat au poste de premier ministre Jeremy Hunt a condamné cette action «totalement inacceptable». Il assure que le Stena Impero a été saisi «en claire infraction de la loi internationale» dans les eaux d’Oman.

De leur côté, les autorités iraniennes ont fait savoir que «la règle d’action réciproque est une loi internationale bien connue». La raison: il y a deux semaines, la marine britannique avait arraisonné le pétrolier iranien Grace 1 aux abords de Gibraltar, où il reste maintenu. Londres avait justifié son action par le fait que le pétrolier était en route vers la Syrie, ce qui enfreindrait les sanctions européennes contre la Syrie. Cette justification s’avère étonnante: l’Iran n’est pas membre de l’Union européenne et l’UE n’impose pas l’application de ses sanctions aux pays tiers. Tout laisse à penser que Londres a agi sur demande de Washington, ce qui a poussé Téhéran à qualifier cet arraisonnement «de pur et simple acte de piratage».

Alors que le nom du nouveau premier ministre britannique sera connu mardi, il devra empoigner cette crise au plus vite. Selon le quotidien «The Guardian», Jeremy Hunt a maintenu son adversaire Boris Johnson au courant de l’avancée des discussions entre les gouvernements iranien et britannique. L’occasion de préparer le mieux possible le probable prochain locataire du 10 Downing Street mais aussi de se positionner comme indispensable à son poste avant la formation du prochain gouvernement. Tous deux devront déterminer le nouveau rôle du Royaume-Uni dans ce conflit: il ne pourra plus désormais être le médiateur, aux côtés des autres capitales européennes, entre les États-Unis et l’Iran. T. B.

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