Le Brexit dans le brouillard des sondages

Royaume-Uni Les enquêtes donnant l’avantage au maintien ou à la sortie de l'UE jouent au chat et à la souris. Les proeuropéens ont de quoi s’inquiéter


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A deux semaines du vote crucial, les coups de sondes s’accélèrent. Plus un jour ou presque ne passe au Royaume-Uni sans qu’un institut de sondage ne publie son enquête sur l’unique enjeu – outre bien sûr leurs performances à l’Eurofoot – qui anime en ce moment les Britanniques: quitter l’UE ou rester dans l’UE, telle est la question. Mais comment y voir clair dans des enquêtes qui s’enchaînent, mais dont les résultats ne cessent de se contredire?

Lundi, la publication de trois sondages donnant le oui au Brexit ébranlait le marché des changes, la livre sterling perdant 1% de sa valeur face au dollar. L’un d’eux donnait jusqu’à cinq points d’avance aux partisans de la sortie, à 48% contre 43%. Et un sondage des sondages, s’appliquant à faire la moyenne entre la multitude d’enquêtes de ces derniers jours, montrait pour la première fois la tendance globale du oui prendre l’ascendant. Mardi, au contraire, deux autres enquêtes rassuraient, un peu, le camp de ceux qui veulent rester dans l’Union européenne: ce dernier compterait encore un petit point d’avance. Les coups de sonde jouent au chat et à la souris. Et leur lisibilité, avec une part encore importante d’indécis, se révèle compliquée. De quoi ébranler les certitudes de David Cameron, qui jouait son va-tout mardi soir à la télévision, face au leader de l’Ukip, Nigel Farage.

L’emballement du doute

Rigoureux, le Financial Times s’est appliqué à recenser depuis 2010 l’ensemble des sondages portant sur la question; il en comptabilise ainsi près de 250! Ce traçage au long cours donne un aperçu intéressant de l’évolution de l’humeur des Britanniques.

Jusqu’à la fin de 2014, lorsque la perspective d’un scrutin paraissait encore lointaine, les pro-Brexit passaient régulièrement l’épaule. Puis la tendance, appuyée par les arguments de la raison de David Cameron et des milieux économiques, s’est inversée, avec, courant 2015, régulièrement 6 à 12 points d’avance pour les partisans du maintien. Le premier ministre et son camp pouvaient alors raisonnablement penser que la «peur du changement» était leur meilleure alliée. Dans bien d’autres exemples de référendums qui se sont déroulés à travers l’UE, le statu quo l’a d’ailleurs quasi toujours emporté.

Mais dans le cas britannique, on n’est plus sûr de rien, relevait en novembre 2015 déjà Peter Kellner, chroniqueur politique et ex-président de l’institut de sondage Yougov, sentant le vent tourner. La montée de l’incertitude à laquelle on assiste est due à ce qu’il appelle «l’irruption de drames et d’événements» dans la campagne. Selon lui, le pic de la crise migratoire de l’été 2015 a constitué un événement déclencheur d’un emballement du doute face au discours de l’establishment proeuropéen sur les conséquences néfastes d’une sortie de l’UE. Quelque 50% des Britanniques pensent aujourd’hui qu’ils géreront bien mieux le dossier migratoire seuls qu’au sein de l’Union européenne.

Autre «irruption» d’importance: l’engagement de Boris Johnson, ex-maire de Londres et bouillonnant partisan du Brexit, dans la campagne. Un sondage annonçait déjà en octobre 2015 la très grande influence qu’aurait le positionnement de Johnson sur l’électorat conservateur.

Au fur et à mesure du durcissement de la campagne, les pro-Brexit ont repris du terrain.

A qui profite «le risque»?

Selon les sondeurs, l’argument phare de Cameron, celui consistant à marteler que le Royaume-Uni prendrait un risque, économique surtout, en quittant l’UE, n’a ainsi cessé de perdre en importance dans le positionnement des Britanniques. Certes, ils sont encore 55% à considérer ce risque, mais ils le sont de moins en moins comparés aux 64% d’avis dans ce sens encore enregistrés à l’été 2015. Il semble que la «campagne de la peur» de David Cameron, comme l’ont surnommée les tabloïds, s’effiloche.

Le camp du Brexit l’a bien compris, et il se fortifie. Ses leaders, Boris Johnson en tête, s’attachent maintenant à renverser le discours, en évoquant «les risques économiques qu’il y a à rester dans l’UE». Et ça marche, analysait mardi le quotidien The Telegraph. Signe révélateur, selon le journal: désormais, les Britanniques à qui l’on suggère que le Brexit diminuera de 100 livres leur revenu annuel, penchent malgré tout en majorité pour la sortie. Une tendance qui s’est inversée en l’espace de deux mois seulement.

Lundi, les bookmakers constataient eux aussi des bouleversements sur le marché des paris. Plus de 70% des parieurs s’orientaient sur la sortie de l’Union européenne.

Créé: 08.06.2016, 07h51

David Cameron a appelé mardi soir les Britanniques à ne pas choisir "la petite Angleterre de Nigel Farage". Les deux leaders s'exprimaient sans débattre à 16 jours du référendum sur une chaîne privée britannique à propos du maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne. (Image: AFP PHOTO / ITV / REX / SHUTTERSTOCK / MATT FROST)

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