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Dans cette brousse, la vie, c’est aujourd’hui

Au nord-ouest de Madagascar, autour de l’ONG vaudoise EcoFormation, il y a 22'000 âmes et l’espoir de réduire la pauvreté en rétablissant la biodiversité.

Jacob, 70 ans, c'est l'homme incontournable d'EcoFormation. Un feu de brousse à l'horizon? Il fonce sur sa mobylette préférant être seul que mettre en danger d'autres gens. C'est aussi ce sage qui a longtemps sillonné l'île en coordinateur national pour le WWF et que les plus jeunes écoutent. C'est lui encore qui a la responsabilité du site lorsque Philippe Dubois est en Suisse. «J'ai sauté sur l'occasion de ce travail, c'est une manne bienvenue qui est tombée du ciel. Je vois ma famille, j'ai mes champs, le seul problème, c'est que je suis loin de ma femme restée en ville.»
Jacob, 70 ans, c'est l'homme incontournable d'EcoFormation. Un feu de brousse à l'horizon? Il fonce sur sa mobylette préférant être seul que mettre en danger d'autres gens. C'est aussi ce sage qui a longtemps sillonné l'île en coordinateur national pour le WWF et que les plus jeunes écoutent. C'est lui encore qui a la responsabilité du site lorsque Philippe Dubois est en Suisse. «J'ai sauté sur l'occasion de ce travail, c'est une manne bienvenue qui est tombée du ciel. Je vois ma famille, j'ai mes champs, le seul problème, c'est que je suis loin de ma femme restée en ville.»
SÉBASTIEN FÉVAL
À 24 ans et ses études d'ingénieur terminées, Hoby assume l'exploitation du site. À la clé? L'opportunité de poursuivre ses études en Suisse grâce aux portes ouvertes par l'ONG vaudoise. Dans l'intervalle, la jeune femme apprend à gérer un monde d'hommes. «Je n'aime pas me fâcher mais parfois, il le faut.»
À 24 ans et ses études d'ingénieur terminées, Hoby assume l'exploitation du site. À la clé? L'opportunité de poursuivre ses études en Suisse grâce aux portes ouvertes par l'ONG vaudoise. Dans l'intervalle, la jeune femme apprend à gérer un monde d'hommes. «Je n'aime pas me fâcher mais parfois, il le faut.»
SÉBASTIEN FÉVAL
Presque toutes faites de terre, les maisons des villages doivent être reconstruites tous les 7 ans.
Presque toutes faites de terre, les maisons des villages doivent être reconstruites tous les 7 ans.
SÉBASTIEN FÉVAL
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La vie, son espérance plafonnant autour de 65 ans, son avenir dans un environnement de 121'000 hectares reboisés… elle est au cœur du projet d’EcoFormation. Et plus encore depuis qu’un hôpital de brousse financé par la commune de Montreux a rejoint les infrastructures créées à Bekoratsaka par l’ONG vaudoise. Pourtant, la mort s’y invite. Insoutenable pour des regards extérieurs, affligés par le décès d’un bébé qu’une «matrone» n’a pas vu venir, elle porte l’empreinte de la fatalité dans la famille, soulagée que le chirurgien Dieudonné ait pu sauver la jeune maman.

Mais cette mort rôde aussi dans la nature, dévastatrice, avec une couverture forestière de l’île de Madagascar qui a passé de 87% à 8% en à peine cinquante ans. L’exploitation massive d’espèces endémiques ajoutée aux feux boutés par l’homme en a eu raison, que ce dernier cherche à dissimuler sa fuite après un vol de zébu, à favoriser la repousse d’herbes de pâture ou encore à cultiver du riz. Ancestrale, la pratique de culture sur brûlis est tenace avec, pour la contrer, la formation, devenue une arme aussi capitale que la reforestation.

Alors, en ce jour de juin, la courbe de la solennité est inversement proportionnelle au jour qui tombe: alignés devant Philippe Dubois (lire son portrait ici), l’un des fondateurs de l’ONG, huit jeunes des villages environnants attendent leur certificat de pépiniériste et scellent, dans le même temps, leur chance de prendre leur avenir en main. Les écouter, c’est vérifier que la leçon a bien été apprise. Tous évoquent leur prise de conscience face à l’environnement, tous disent aussi vouloir aider ou créer une micro-entreprise où EcoFormation pourra venir se fournir en plants.

Le début d’une relance économique? Le souffle de l’autonomie? Dans les villages – où la venue de deux vasahas (étrangers) attire à chaque fois autant d’habitants que de sourires – ils sont beaucoup à travailler dans le sillage de l’ONG. La fierté est perceptible comme la peur que tout s’arrête! L’un d’eux risque même ouvertement la question, visiblement inquiet, mais quand on la retourne, dans ce pays où 75% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, aucun ne fait de pari sur l’avenir. Le leur. Et encore moins ceux des jeunes générations. La seule valeur mesurable étant celle du présent, ce temps qui passe à trier le riz, à l’apprêter ou à profiter des ressources du puits, témoin d’un va-et-vient incessant. C’est vers lui que vient l’aîné du village, aussi frêle que la branche qui lui sert de bâton. Plus de 100 ans, 110 ans, nous annonce-t-on! Un âge canonique qui sera «négocié» à la baisse dans un éclat de rire général. De cette même allégresse qui nous guide derrière le responsable du recensement vers les pépinières, puis direction le cimetière. Pile au moment où le soleil choisit de rejoindre la ligne d’horizon. Les cornes de zébu distinguant les sépultures les plus importantes se détachent, l’image est photogénique, mais ce sont les mots d’un sage qui restent: «Où va Madagascar? Je ne sais pas. Je ne sais pas la suite. Par contre, c’est de la paix dont a vraiment besoin le pays.»

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