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Carlos Ghosn dénonce un complot sans apporter de preuves

Une vidéo de l’ex patron de Renault-Nissan enregistrée avant son arrestation a été diffusée mardi.

L'enregistrement de l'ancien capitaine d'industrie a été diffusé au club des correspondants étrangers mardi à Tokyo.
L'enregistrement de l'ancien capitaine d'industrie a été diffusé au club des correspondants étrangers mardi à Tokyo.
Keystone

«Une histoire de conspiration, de complot, de trahison»: ainsi Carlos Ghosn a-t-il résumé, mardi, l’incroyable affaire qui porte son nom depuis son arrestation, le 19 novembre dernier à Tokyo, à bord d’un jet privé de Nissan. À nouveau incarcéré depuis la fin de la semaine dernière, l’ancien président de Renault-Nissan-Mitsubishi s’est exprimé pendant sept minutes devant le club des correspondants étrangers au Japon, par le truchement d’une vidéo enregistrée quelques heures avant son arrestation.

Si le procureur de Tokyo et Nissan craignent des révélations de Carlos Ghosn, elles ne figuraient pas dans ladite vidéo. Du temps de sa splendeur, l’ancien tout-puissant président était réputé pour ses discours qui enflammaient le public. Cette fameuse vidéo, précédée d’une interview à TF1-LCI et d’un tweet annonçant une conférence de presse le 11 avril, au cours de laquelle aurait éclaté «la vérité», était très attendue. Ce d’autant plus que ses défenseurs, dont son épouse, Carole Ghosn, expliquaient que cette nouvelle interpellation, jeudi à l’aube, avait sans doute pour raison la volonté de le faire taire. «Il voulait parler, c’est certainement la raison de son arrestation», avait martelé en France François Zimeray, l’un de ses avocats.

Mais cette fois encore, Carlos Ghosn s’est borné à réitérer ses protestations d’innocence et son «amour» pour le Japon et pour Nissan. Il est apparu physiquement marqué, les traits tirés, fragile. Il n’a répondu à aucune des accusations soulevées contre lui par la justice japonaise sur signalement et avec la coopération de Nissan, puis par la justice française sur signalement de Renault. Il ne s’est pas exprimé sur les frasques décrites dans la presse.

Aucun nom cité

Pire: il avait prévu de dévoiler les noms des félons au sein de Nissan qu’il accuse d’un complot contre lui en vue de prévenir la fusion prochaine des trois groupes qui constituent l’alliance; mais ses avocats ont expliqué avant la diffusion de la vidéo avoir retiré leurs noms par crainte de suites judiciaires. «Le procureur a la main à ce moment de la procédure. Nous contre-attaquerons au moment du procès», a promis son avocat principal, Junichiro Hironaka, laissant forcément sur leur faim ceux qui attendaient enfin des explications de sa part.

Cette nouvelle initiative de Carlos Ghosn ne lui donne donc aucun répit. Arrêté à nouveau jeudi sur des soupçons de détournements de fonds de Nissan totalisant 5 millions de dollars, il doit demeurer en garde à vue au moins jusqu’au 14 avril avant une probable extension de dix jours supplémentaires, voire davantage si le juge l’estime nécessaire. Ou si le procureur dispose d’autres charges.

Son épouse, Carole, en France depuis samedi matin, pourrait être de retour dans les prochains jours à Tokyo. Dans l’incapacité de voir son mari, dont les contacts avec l’extérieur sont limités à l’ambassadeur de France et à son avocat, et dans l’anticipation d’un probable interrogatoire par les procureurs, elle avait choisi de quitter le Japon. Pendant ce temps, les avocats japonais de Carlos Ghosn ferraillent. Ils dénoncent toujours une procédure inique, dans laquelle ils n’ont pas reçu l’intégralité du dossier de l’accusation, où leur client est incarcéré alors que les preuves ne risquent pas d’être détruites et les témoins subornés selon eux.

Cette réincarcération maintient en tout cas dans la lumière le système carcéral japonais. Le Ministère de la justice avait prévu une visite pédagogique de la prison dans laquelle croupit Carlos Ghosn, le 16 avril, pour tenter d’éteindre les critiques internationales qui le ciblent. Elle a été ajournée mardi «pour des raisons de sécurité».

Carlos Ghosn, après trente petits jours à l’air libre, attend dans le silence de sa cellule. Il n’a pas le droit de se lever, de s’allonger, de s’asseoir comme il souhaite, de parler, de dévisager les autres détenus. Son procès, initialement envisagé pour septembre, risque de débuter beaucoup plus tard.

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