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La Catalogne suspendue au retour de Puigdemont

L'ex-président catalan cherche à obtenir son investiture tout en évitant la justice. Pas si simple.

Carles Puigdemont n’a pas précisé ses intentions.
Carles Puigdemont n’a pas précisé ses intentions.
REUTERS/ERIC VIDAL

Le suspense Puigdemont continue. Deux semaines après les élections régionales, la Catalogne reste suspendue à la décision de l’ex-président de la région, Carles Puigdemont. Va-t-il revenir de son exil belge? Compte-t-il se présenter à une investiture? Avec quel projet et dans quelles conditions, alors qu’il se trouve sous mandat d’arrêt de la justice espagnole? Tout continue d’être flou. Les Catalans, «peuple démocratiquement mature», ont «gagné le droit de constituer une république d’hommes et de femmes libres», a-t-il déclaré lors de la présentation de ses vœux de fin d’année, diffusés depuis Bruxelles, où il s’est replié au lendemain de la déclaration d’indépendance du 27 octobre dernier.

Il n’en dit pas plus sur ses intentions politiques. Il dispose encore d’un peu de répit. La séance inaugurale du nouveau Parlement de Barcelone est fixée au 17 janvier prochain et les candidats à la présidence de la Generalitat (l’Exécutif catalan) auront ensuite dix jours avant de se soumettre à un vote de confiance de l’assemblée régionale. D’ici là, les spéculations vont bon train. Le président déchu a pour lui un atout certain. Avec 34 élus, sa liste a été la plus votée au sein du bloc indépendantiste qui a réussi à maintenir sa majorité absolue, obtenant 70 députés au total sur les 135 que compte l’hémicycle (même si les partisans de la sécession n’ont eu au total que 47,5% des voix).

Mais cette avance en sièges fait-elle automatiquement de Carles Puigdemont le meilleur candidat à la présidence de la région? Rien n’est moins sûr. À lui de voir comment asseoir une majorité, alors que huit des élus indépendantistes sont dans une situation incertaine, avec cinq fuyards (dont lui-même) en Belgique et trois autres en prison préventive. Parmi ces derniers se trouve Oriol Junqueras, l’ex-vice-président régional et chef de file des indépendantistes de gauche ERC, qui doit passer devant le juge d’instruction ce jeudi 4 janvier et espère obtenir sa mise en liberté provisoire, ce qui lui permettrait de briguer lui aussi, le cas échéant, la présidence.

À Bruxelles, l’équipe du président déchu est plongée dans des calculs stratégiques. Et étudie la possibilité d’une modification express du règlement du parlement pour faciliter une «présidence à distance». Cette perspective est techniquement difficile, estime la juriste Argelia Queralt, professeure de droit constitutionnel à l’Université de Barcelone. «Si la loi permet à chaque élu de prendre possession de son siège de député à distance, elle exige ensuite la présence dans l’hémicycle pour participer aux votes et à la vie parlementaire», explique-t-elle. «Les élus placés en détention préventive pourraient obtenir une autorisation judiciaire pour aller voter lors du débat d’investiture, mais ils ne pourraient pas ensuite assister aux débats et séances ordinaires.» Et elle insiste: «Si Carles Puigdemont veut participer au débat d’investiture, il n’a qu’une solution: revenir en Espagne.» Au risque d’être interpellé au passage des Pyrénées.

Derrière les questions juridiques, la querelle politique se joue à fleurets mouchetés au sein du camp indépendantiste. Les tergiversations de Carles Puigdemont agacent certains: durant la campagne, il s’était engagé à revenir en Catalogne s’il gagnait et il doit passer à l’acte coûte que coûte. «Nous ne pouvons pas avoir un président par Skype», a déjà averti Gabriel Rufian, le porte-parole de la formation indépendantiste de gauche ERC. Il est de ceux qui n’oublient pas que si le président déchu peut parler librement depuis Bruxelles, c’est parce qu’il avait filé au lendemain de la déclaration d’indépendance, juste avant d’être inculpé pour sédition et rébellion, laissant en plan son ex-vice-président Oriol Junqueras qui a été placé sous les verrous pour parer tout risque de fuite. Et sous les apparences d’unité du camp sécessionniste, certains ont bien envie de régler les comptes.

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