La chair à canon de Daech dévoile ses visages

Attentats de BruxellesDeux frères ont servi de kamikazes dans le double attentat de Bruxelles. Tandis que le pays se recueille, la course contre la montre est engagée pour arrêter d’autres suspects.

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«Vive la Belgique»! C’est par ce cri d’union nationale que des milliers de personnes rassemblées place de la Bourse ont mis fin mercredi à une minute de silence, observée sur le coup de midi à Bruxelles. Même recueillement au siège de la Commission européenne. Le couple royal belge, le premier ministre Charles Michel, accompagné de son homologue français Manuel Valls, et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker y affichaient un visage grave, en pensée avec les 31 morts et 270 blessés qu’auront fait ces attentats, selon le dernier bilan officiel.

Alors que la Belgique est plongée dans l’effroi et la douleur, que des familles sans nouvelles de proches se font un sang d’encre (lire ci-dessous), les enquêteurs, eux, s’emploient à reconstituer pièce après pièce le puzzle des attentats. Les visages et les profils des terroristes sortent de l’amas de cendres qu’ils ont laissé derrière eux.

Les frangins «ordinaires»?

Deux frères, Ibrahim et Khalid El Bakraoui, fichés pour des faits de banditisme et recherchés dans le cadre de la lutte antiterroriste, ont été identifiés comme faisant partie des kamikazes. Les images des caméras de vidéosurveillance puis les empreintes digitales ont parlé, a expliqué le procureur belge Frédéric Van Leeuw. Ils se sont fait exploser l’un à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem (Ibrahim, 30 ans), l’autre à la station de métro de Maelbeek (Khalid, 27 ans).

Une fratrie donc, caractéristique qui semble devenir récurrente dans le profil des cellules du djihad. Leur parcours aussi affiche un air de déjà-vu: les deux frères belges ont grandi à Bruxelles dans le quartier populaire et tranquille de Laeken, le voisinage les décrit comme deux jeunes ordinaires sans aucun signe de radicalisation. Leur casier ne dit pas tout à fait la même chose. Des braquages les ont conduits tous deux à faire quelques séjours en prison. C’est peut-être derrière les barreaux qu’ils se sont radicalisés et se sont destinés à devenir la chair à canon du groupe Etat islamique.

Fait embarrassant, le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu’un des kamikazes de l’aéroport avait été arrêté en juin 2015 dans le sud de la Turquie, expulsé vers la Belgique puis remis en liberté par les Belges. Les autorités belges n’avaient pas confirmé ses liens avec les djihadistes «malgré nos mises en garde», a précisé Erdogan. Les autorités turques ont ensuite confirmé qu’il s’agissait d’Ibrahim El Bakraoui.

D’autres questions se posent, car tout indique que les deux frères étaient étroitement liés à Salah Abdeslam, l’homme ayant participé à la logistique des attentats du 13 novembre à Paris et arrêté en fin de semaine dernière à Bruxelles. C’est Khalid El Bakraoui qui avait loué sous une fausse identité l’habitation de Forest. Dans cette commune proche de Bruxelles avait éclaté le 15 mars une fusillade avec la police, événement qui avait ensuite mis les enquêteurs sur la piste de Salah Abdeslam. C’est encore Khalid qui avait loué la planque de Charleroi ayant servi à la préparation des attentats de Paris. Sitôt la traque d’Abdeslam s’est-elle précipitée que le nom et un portrait-robot de Khalid Bakraoui s’épinglaient sur les tableaux des postes de police, et apparaissaient aussi dans les médias belges.

Etrange testament

Se sachant pistés de très près, les frères El Bakraoui ont-ils précipité les attentats de mardi? Parmi les éléments de l’enquête dévoilés mercredi par le procureur belge, un fait intrigue: Ibrahim, le kamikaze de l’aéroport, a laissé dans une poubelle un ordinateur, sur lequel les enquêteurs ont trouvé un testament. L’homme explique «agir dans la précipitation», se sentir «recherché et acculé» et ne pas vouloir «terminer sa vie en prison s’il ne fait rien». Etrange signature, comme laissant entendre que les attentats ont été improvisés, alors qu’on sait le degré de préparation que requièrent de telles opérations. Mais elle laisse aussi poindre un climat de baroud d’honneur, alors que des acteurs de crimes terroristes courent toujours. Inquiétant.

Quatre hommes au moins

On sait aujourd’hui qu’au moins quatre hommes ont participé aux attentats. Les deux frères Bakraoui, donc, tous deux morts. Mercredi soir, des sources policières ont indiqué à l’agence de presse Belga que le deuxième homme qui s’est fait exploser à l’aéroport serait Najim Laachraoui, une information que le Parquet n’avait pas confirmée mercredi soir. Laachraoui est considéré comme un acteur très important dans l’organisation des attentats de Paris et il était jusqu’ici activement recherché par les polices européennes. Son ADN avait été retrouvé sur le matériel explosif ayant servi aux attentats du 13 novembre.

Un quatrième individu, l’homme au «bob» noir filmé à Bruxelles-Zaventem, semble toujours en fuite. C’est lui qui aurait posé une troisième charge à l’aéroport, laquelle a explosé sous le nez des démineurs, «heureusement sans faire de blessés», a précisé mercredi le Parquet belge. Car le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd si la déflagration avait eu lieu plus tôt. L’homme court toujours, à moins qu’il ne soit l’individu que la police belge a arrêté mercredi. Le Parquet ne pipait mot sur cet aspect de l’enquête, confirmant juste une interpellation. Est aussi recherché Mohamed Abrini, un Belgo-Marocain de Molenbeek et ami de Salah Abdeslam, qui avait emmené le commando des attentats du 13 novembre vers Paris à bord d’une Clio noire. Inutile de dire que les enquêteurs sont plus pressés que jamais de retrouver ces hommes acculés.

Créé: 23.03.2016, 20h45

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