«Les chefs d’Etat se sont engagés. Il est impensable que cela échoue!»

Sommet pour le climatPendant ce sommet pour le climat, Ségolène Royal est sur tous les fronts. Rencontre avec la ministre de l’Ecologie en marge de la COP21 de Paris.

Ségolène Royal: «Dans tous les pays, les lobbies sont forts: il y a toujours une bonne raison de ne rien faire. Mais ce sommet doit nous donner la force de poursuivre les transitions de nos sociétés.»

Ségolène Royal: «Dans tous les pays, les lobbies sont forts: il y a toujours une bonne raison de ne rien faire. Mais ce sommet doit nous donner la force de poursuivre les transitions de nos sociétés.» Image: AFP

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C’est dans les bureaux de la délégation française au Bourget, au cœur même du site de la COP21, que Ségolène Royal reçoit. Durant cette quinzaine, la ministre de l’Ecologie française se démultiplie. L’écologie, c’est son combat, et après avoir claqué la bise à Al Gore, venu la saluer, elle tient à nous le faire savoir. Entretien.

Malgré la stagnation des négociations, on vous sent indéfectiblement positive.

J’essaie de positiver. Cette phase des négociateurs est sans doute nécessaire. Il y a eu dès lundi une impulsion au niveau ministériel.Les points de divergence sont connus: ce sont toujours les mêmes. Ce sera la responsabilité du politique de faire un tri dans ces divergences et de se concentrer sur trois ou quatre grands sujets.

Tablez-vous toujours sur un succès final?

Les chefs d’Etat se sont tellement engagés qu’il est impensable que cela échoue. Mais il faut être attentif à la prise en compte des difficultés des uns et des autres. Car chacun devra ensuite retourner dans son pays et doit pouvoir défendre et concrétiser cet accord.

Beaucoup de belles paroles ont été prononcées. N’y a-t-il pas un risque de déception?

Effectivement, il faut que dans chaque pays cela se traduise par du concret. Moi-même, je réfléchis à l’accélération de l’application de la loi relative à la transition énergétique après la COP21. Dans tous les pays, les lobbies sont forts: il y a toujours une bonne raison de ne rien faire. Mais ce sommet doit nous donner la force de poursuivre les transitions de nos sociétés.

La société civile a-t-elle vraiment sa place à la COP21?

Même signé, que va changer l’accord pour les gens? Bien que cela ait moins de visibilité, il se passe des choses importantes dans la semaine de l’action. Des engagements ont été pris: comme l’alliance pour le solaire, l’idée d’un prix du carbone progresse. Et les grands pays ont annoncé le doublement des investissements sur le renouvelable. On est en train de se mettre d’accord sur des initiatives opérationnelles qui vont concrètement permettre de relever des défis climatiques. C’est peut-être davantage imperceptible, mais il se passe beaucoup plus de choses que lors des précédents sommets.

L’essentiel reste l’accord?

La réussite de la COP21 repose sur trois piliers. Il y a l’accord, il y a le financement. Et ce n’est pas seulement les 100 milliards qui sont importants, mais aussi l’ingénierie de ces 100 milliards. Les pays africains en ont assez des annonces d’argent virtuel. Lors du Sommet africain, on a réfléchi à resserrer le zoom. On en arrive à des choses très concrètes: financer enAfrique 10 000 écoles recouvertesd’un toit photovoltaïque.

Et le 3e pilier?

Le 3e pilier, ce sont les actions qui font levier sur la réduction des gaz à effet de serre. Les journées thématiques témoignent de ce souci: les énergies renouvelables ce lundi. Il y a eu la forêt, l’agriculture, l’eau, l’océan, la résilience, la finance, les transports.

Avez-vous perçu un changement dans l’attitude des Etats-Unis?

Barack Obama a senti la dynamique collective. S’il est venu à Paris,c’est qu’il veut faire avancer les choses. Il nous a même dit qu’undernier sondage montrait que deux tiers des Américains veulent un accord contraignant. Du coup, il a dit: on va y aller! Il a parlé de la nécessité de faire reculer les énergies fossiles. Ce qui, pour un président des Etats-Unis, compte tenu du poids que représente la production de pétrole, est quandmême une très forte évolution.

Le président indien a souligné l’importance des énergies fossiles pour son pays…

Son idée était de rappeler qu’il est difficile de renoncer au pétrole et au charbon alors que 70% de sa population n’a même pas accès à l’électricité. Il y a ainsi deux ou trois évidences qui crèvent les yeux. Comment leur demander de renoncer sans freiner leur développement? Autre grande question: va-t-on réussir à électrifier l’Afrique? Ce sont des enjeux clés depuis dix ans et je suis contente de voir qu’enfin ils émergent.

L’Europe a-t-elle un rôle à jouer plus que d’autres?

L'Europe doit prendre ses responsabilités à cet égard: les Africains sont nos voisins, nos cousins. Et on voit que nous subissons les conséquences de l'inaction avec les migrations climatiques. Il est clair que c'est aussi dans notre intérêt. La progression de déserts et l'assèchement des sources d'eau sont en train de déstructurer les communautés villageoises africaines en provoquant des migrations massives de population vers l'Europe. Les chefs d’Etat africains ne demandent qu'à avoir des sources d'énergies renouvelables mais il ne faut pas que ce soit plus cher. C'est ce que m'ont confié ces derniers jours les chefs d’Etat africains. Et c’est sans évoquer les problèmes des pays producteurs qui devraient arrêter les prospections d'énergies fossiles.

La France voulait se montrer modèle en matière de transition énergétique. L’est-elle?

La France arrive avec la crédibilité de s’être appliqué à elle-même ce qu'on attend comme point de sortie de la COP21. Si on n'avait pas fait approuver cette loi dans notre pays, comment aurions-nous pu nous battre pour un accord mondial? J'ai vraiment insisté pour faire voter la loi avant la COP21. Elle peut inspirer d'autres pays. Les objectifs sont exemplaires. On est une des rares nations qui avons fait voter le prix du carbone pour 2020 et pour 2030, et un article de loi qui oblige les entreprises à intégrer le risque climat et les investissements verts dans leur bilan annuel.

Créé: 08.12.2015, 09h06

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Le nucléaire est une énergie décarbonée...

A propos de la France, vu de l’étranger, on peine à comprendre la position de la France par rapport au nucléaire?

C’est déjà voté dans la loi de transition énergétique. D’abord, le nucléaire est une énergie décarbonée, qui pose d’autres problèmes: les déchets nucléaires et l’importation d’uranium par exemple. La place de nucléaire est trop importante et il fallait absolument diversifier le modèle énergétique. C’est que j’ai fait passer dans la loi. Le nucléaire va baisser de 75% à 50% de la production d’électricité et parallèlement, l’énergie renouvelable doit monter à 40%. La capacité du parc nucléaire est désormais plafonnée à 63,2 gigawatts, soit la puissance actuelle des 58 réacteurs. Cela signifie que quand les nouveaux réacteurs seront mis en service, d’autres devront fermer. Pour la France, c’est une révolution!


L’Allemagne a décidé de tout arrêter. N’est-ce pas la meilleure option même pour la France?


Cela dépend du prix des renouvelables. Le point de vue économique est important pour un pays. Il ne fait pas oublier que nous héritons d’un acquis et que nous n’avons pas à refaire l’histoire. Certaines centrales françaises sont en fin vie et ont été largement amorties, mais et l’énergie n’est pas chère. En France, le consommateur paye moins cher qu’en Allemagne.

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