«La Chine devra se mettre au diapason des pays industrialisés»

Sommet pour le climatLa Suisse participe à la première réunion ministérielle à Paris pour la préparation de COP21 sur le climat. Interview de l’ambassadeur Franz Perrez.

Le chef de la délégation suisse, l’ambassadeur Franz Perrez. (Archives)

Le chef de la délégation suisse, l’ambassadeur Franz Perrez. (Archives) Image: Keystone

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La réduction des gaz à effets de serre est devenue une ardente nécessité. Conclure un traité de réduction de leurs émissions pour limiter la hausse du réchauffement climatique à moins de 2° centigrade par rapport à l'ère pré-industrielle, tel est le but de COP21, la conférence qui se tiendra à Paris en décembre. Actuellement, se déroule la première réunion préparatoire, au niveau ministériel, de cette conférence qui réunit 45 pays dans la capitale française. Nous avons interviewé le chef de la délégation suisse, l’ambassadeur Franz Perrez.

Comment s’est déroulée l’ouverture, lundi, de cette réunion ?

Après une première série d’interventions, nous sommes vite entrés dans le vif du sujet, ce qui est de bon augure. Deux groupes ont été constitués. L’un discute des ambitions à donner à la politique climatique mondiale; l’autre aborde le délicat problème des différenciations entre pays. Faut-il poursuivre le système actuel qui est contraignant pour les seuls pays industrialisés et qui traite tous les pays en développement de la même manière? Faut-il consentir à une certaine souplesse vis-à-vis des pays les plus pauvres quant au respect des normes contre le réchauffement climatique? Faut-il mettre tout le monde sur pied d’égalité ? La délégation suisse a participé lundi au premier groupe et, mardi, au second.

Les pays en développement soulignent que nos pays industrialisés ont émis des gaz à effet de serre depuis longtemps pour parvenir à leur actuelle prospérité. Il faut donc laisser les pays en développement atteindre ce niveau sans les contraindre par des normes anti-réchauffement trop strictes. Cet état d’esprit a-t-il changé ?

Tout d’abord, une politique ambitieuse de changement climatique ne contredit pas les objectifs de développement: aujourd’hui, un pays ne peut pas réaliser un développement durable avec la technologie du XIXème siècle. Ensuite, les objectifs de la politique climatique ne peuvent être réalisés que si tous les pays, et surtout les grands émetteurs de CO2, s’engagent. La COP21 a ainsi pour ambition de changer complètement de paradigme. Jusqu’à maintenant, seuls les pays industrialisés avaient des obligations dans la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Désormais, il faut mettre des grands pays en développement sur le même pied que les autres pays industrialisés. La Chine, le Brésil, l’Afrique de Sud, la Corée, le Mexique sont des émetteurs très importants de gaz à effet de serre. Plusieurs d’entre eux ont aujourd’hui atteint un remarquable niveau d’industrialisation. Cela dit, la Suisse reste favorable à ce que l’on fasse preuve de plus de souplesse, en matière de mesures de réduction des gaz à effet de serre, à l’endroit des pays vraiment pauvres.

Quelle est la position de la Chine et des Etats-Unis, les deux plus gros pollueurs de la planète, quant à d’éventuelles restrictions?

Les deux sont convaincus de la nécessité d’adopter des mesures fermes contre le réchauffement climatique. Les Etats-Unis veulent parvenir à un régime qui engage tous les grands émetteurs de la même manière. Quant à la Chine, elle ne partage pas encore cette position, même si elle a beaucoup évolué. Pékin souhaite toujours pouvoir appliquer des normes moins sévères que les autres pays industriels. Mais la Chine est devenu le plus important émetteur de gaz à effet de serre du monde. A notre avis, ce grand pays devrait se mettre au diapason des Etats industrialisés et accepter les mêmes règles.

Comment contraindre les Etats récalcitrants à adopter ce futur traité climatique ? En usant de sanctions comme le fait l’Organisation mondiale du commerce ?

Non. Les règles commerciales et les accords sur l’environnement ne suivent pas la même logique. Si un pays ne remplit pas ses obligations dans le système de l’OMC, on peut supposer qu’il le fait pour ses intérêts, mais si un pays peine à remplir ses obligations dans le cadre d’un accord sur l’environnement, il s’agit principalement d’un problème de capacité. Nombre d’accords internationaux ne prévoient pas de sanctions comme celles de l’OMC – la Convention de Bâle sur les déchets, par exemple – et elles sont exécutées. La volonté de ne pas perdre la face peut parfois plus pousser les Etats à remplir leurs obligations que la crainte de sanctions. Il paraît plus efficace de convaincre les Etats récalcitrants à partager une volonté politique commune. Et puis, les habitants d’un pays qui réduit ses émissions de CO2 sont les premiers à bénéficier des effets positifs de cette mesure. Il ne faut pas négliger le poids des opinions publiques.

Comme les autres pays, la Suisse a fait part de ses propositions dans le contexte de COP21, à savoir une réduction de 50%, d’ici 2030, de ses gaz à effet de serre (en prenant pour base la situation de 1990). Les organisations de défense de l’environnement reprochent au Conseil fédéral d’être flou quant aux mesures à prendre parvenir à cet objectif…

Je constate que cette proposition a été critiquée par les défenseurs de l’environnement qui lui reprochent sa timidité, mais aussi par les milieux de l’économie qui estiment qu’elle va beaucoup trop loin. Je pense donc que nous avons pris la bonne mesure, entre ces deux points de vue ! Sur le plan international, la proposition a été reçue de façon très positive.

Créé: 21.07.2015, 17h26

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