La Chine transforme ses déchets dangereux en or

Environnement À Tianjin, au nord-est du pays, la multinationale Veolia exploite deux centres qui traitent les rejets industriels toxiques. Reportage.

Cai Ling, responsable du site de traitement de Veolia à Bohai, à 30?kilomètres de Tianjin, une ville chinoise connue pour avoir eu récemment un grave accident chimique.

Cai Ling, responsable du site de traitement de Veolia à Bohai, à 30?kilomètres de Tianjin, une ville chinoise connue pour avoir eu récemment un grave accident chimique. Image: AFP

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Il n’y a pas un bruit et, de façon plus surprenante encore, pas la moindre odeur. Au sol, de gros bidons blancs contenant de l’eau contaminée sont entreposés les uns sur les autres en attendant de passer dans les mains de Veolia. Ici, à Tianjin, ville d’environ 15 millions d’habitants à 120 kilomètres de Pékin, la multinationale française spécialiste de l’environnement exploite deux centres de traitement des déchets dangereux parmi les plus modernes de Chine.

Métier très lucratif

Pour Veolia, qui distribue déjà de l’eau potable à 44 millions de Chinois, le traitement des produits toxiques émis par les industriels de la deuxième économie mondiale est un métier «très lucratif», selon les propres mots d’Antoine Frérot, le PDG du groupe tricolore. L’entreprise détient pour l’instant 8% des parts de marché sur ce secteur, mais l’ambition est de monter à 25% à l’horizon 2020. «Dans les déchets toxiques, la Chine est en train de rattraper son retard. Notre principal concurrent étranger dans ce domaine est un autre groupe français, Suez Environnement. Le reste, ce sont des sociétés chinoises qui dépendent de consortiums municipaux», a affirmé, fin mai lors d’une visite sur place, cet ingénieur polytechnicien de 58 ans, aux commandes du groupe depuis fin 2010. Veolia est en train de construire, ailleurs dans le pays, quatre autres installations similaires, en plus des deux centres existants de Tianjin qui fonctionnent en joint-venture avec des partenaires chinois.

Enorme problème

Eaux de processus de fabrication, résidus d’hydrocarbures ou de peintures, déchets médicaux, solvants, pesticides, piles… Les déchets dangereux sont une problématique énorme pour la Chine. Trente ans de développement industriel à marche forcée font que le géant communiste se retrouve aujourd’hui à devoir gérer tout un tas de résidus indésirables. À Tianjin, ces produits dangereux corrosifs, inflammables ou explosifs sont d’abord collectés, puis incinérés à très haute température, ou bien traités par des procédés physiques, chimiques ou biologiques, certains pouvant se combiner.

Aujourd’hui, les deux centres de Veolia finissent de dépolluer là où, l’été dernier, une série de gigantesques explosions dans un entrepôt chimique de la ville avait fait 165 morts. «Nous sommes intervenus au matin du 14 août. Nous avons transporté d’urgence l’eau chargée en cyanure de sodium. Notre personnel a dû se relayer toutes les vingt minutes, car au-delà, c’était trop dangereux» raconte Cai Ling, la directrice. Près d’un an plus tard, 90% de la dépollution est achevée. «Le gouvernement de Tianjin va bientôt nous payer pour cette prestation. Après, nous traiterons aussi les eaux usées des industriels qui s’installeront ici, tout autour de notre usine», explique de son côté Zhou Xiaohua, de Veolia Chine. La société espère bien trouver de nouveaux clients dans l’industrie pétrochimique, l’automobile, la pharmacie, mais aussi l’agroalimentaire pour s’occuper, notamment… des rejets émis par les brasseries chinoises de bière.

Créé: 20.06.2016, 08h31

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