Le choix difficile pour la succession de Juncker

Union européenne Après un dîner à Bruxelles, les dirigeants européens restent divisés autour de la succession du patron de l'UE.

Après Juncker, qui prendra la tête de l'exécutif européen ?
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Les dirigeants européens, en particulier le tandem Macron-Merkel, ont affiché leurs divisions mardi autour de la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, ce qui augure d'une négociation laborieuse sur la désignation des nouveaux patrons de l'UE.

Difficulté supplémentaire: les chefs d'Etat et de gouvernement devront en outre trouver un compromis sur ce poste clé avec le nouveau Parlement issu des élections et qui entend imposer comme futur président de l'exécutif européen un candidat désigné par les partis avant ce scrutin.

«Personne n'est intéressé par un conflit inter-institutionnel», a prévenu le président du Conseil européen Donald Tusk à l'issue d'un sommet extraordinaire mardi soir à Bruxelles, convoqué pour tirer les leçons des élections.

Pourtant, la lutte de pouvoir semble bien ouverte. Le premier bras de fer porte sur la présidence de la Commission européenne. Celui qui sera élu devra obtenir le soutien des 28 et la majorité absolue au Parlement européen, soit 376 voix. Les traités prévoient que les chefs d'Etat et de gouvernement proposent un candidat sur lequel le Parlement se prononce, et doivent pour cela «tenir compte» du résultat des élections.

Comme l'a résumé la chancelière allemande Angela Merkel: «Nous soutenons notre candidat: Manfred Weber, d'autres soutiennent le leur, c'est clair». Chef de file du Parti populaire européen (PPE, centre droit), première force politique au sein du Parlement et famille politique de Mme Merkel, M. Tusk ou encore M. Juncker, le Bavarois Manfred Weber revendique le poste.

«Pas d'automaticité»

Mais côté français, le président Emmanuel Macron, dont la liste Renaissance va venir gonfler les rangs des centristes libéraux dans l'hémicycle, a rejeté toute «automaticité» pour la candidature des chefs de file, ou «Spitzenkandidaten» selon le jargon bruxellois, un message relayé par Donald Tusk.

Pour Emmanuel Macron, la France, «affranchie de la prison des Spitzenkandidat» aura pour rôle «de construire un rassemblement dynamique, crédible et qui correspond au projet».

Outre M. Weber, les prétendants des deux autres principaux groupes sont le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans et la libérale danoise Margrethe Vestager. Le président français compte sur les soutiens des huit chefs d'Etat ou de gouvernement de la famille libérale et cherche l'appui des cinq dirigeants socialistes.

Mais ces derniers ont aussi défendu leurs familles politiques. Une source gouvernementale espagnole, appuyant la candidature de M. Timmermans devant des journalistes, a assuré que «même Macron se montre ouvert à la possibilité que Timmermans devienne président».

Le dîner fut court, le mot d'ordre étant de ne pas discuter sur les noms, mais pas question de se disperser: aucun collaborateur n'était autorisé dans la salle de réunion, et les dirigeants ont dû couper leurs téléphones, selon des sources concordantes.

Non seulement les 28 devront trouver un compromis entre eux, mais le Parlement, fort d'une solide participation aux élections, entend bien imposer le principe du «Spitzenkandidat», comme en 2014. Une épreuve de force supplémentaire.

Soutenu par une déclaration commune des présidents des groupes politiques, le président de l'hémicycle, l'Italien Antonio Tajani, est venu mettre les choses au clair devant les 28, invité en ouverture de leur dîner. «On veut plus de démocratie au sein de l'Union européenne... Nous apportons la réponse», a asséné M. Tajani lors d'un point presse.

Six négociateurs

Cette ligne, soutenue par les familles PPE, socialistes et Verts, n'a toutefois pas été adoubée par le groupe libéral, au sein duquel siègeront les eurodéputés de la liste Renaissance d'Emmanuel Macron.

Un accord entre les deux instances devra être trouvé avant le sommet des 20 et 21 juin, lors duquel le nom du candidat sera révélé. Il fera partie d'un «paquet» savamment équilibré de répartition des grandes responsabilités européennes selon des critères géographiques, démographiques, de sensibilité politique et de parité femme/homme.

Outre le président de l'exécutif européen, il faudra d'ici la fin de l'année renouveler les postes de président du Conseil européen, de chef de la diplomatie de l'UE et de président de la Banque centrale européenne. Le Parlement élira également un nouveau chef début juillet.

Le cas du président de la BCE est un peu à part, a toutefois précisé Donald Tusk, car l'institution se doit être indépendante politiquement. Il a confié que son «ambition personnelle» était d'avoir deux femmes nommées à ces postes. «Ca va être très difficile avec le Parlement», a confié à l'AFP un haut responsable européen. Côté dirigeants européens, une équipe de six négociateurs (deux par famille politique) a été nommée pour faciliter les discussions. (ats/nxp)

Créé: 28.05.2019, 15h27

Le Brexit, un «vaccin contre la propagande anti-européenne» (Tusk)

Le Brexit a été «un vaccin contre la propagande et la désinformation anti-européenne» pour les élections européennes du 23 au 26 mai, a affirmé mardi à Bruxelles le président du conseil européen Donald Tusk. «Lorsque les Européens voient ce que le Brexit signifie dans la pratique, ils en tirent des conclusions», a soutenu M. Tusk à l'issue d'un sommet européen extraordinaire consacré aux nominations des nouveaux présidents des institutions européennes. «La grande majorité des électeurs a voté pour une Union européenne plus efficace, plus forte et plus unie et a rejeté ceux qui veulent l'affaiblir. C'est un signal puissant», a-t-il souligné.

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