La colère jaune faiblit mais pourrait clignoter encore

FranceLa baisse de mobilisation des «gilets jaunes» marque un répit pour le gouvernement et un tournant pour le mouvement.

Samedi, à Paris comme ailleurs, l’élan a été beaucoup moins suivi que les week-ends précédents.

Samedi, à Paris comme ailleurs, l’élan a été beaucoup moins suivi que les week-ends précédents. Image: EPA/IAN LANGSDON

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quel destin le mouvement des «gilets jaunes» va-t-il connaître? En un mois, cette déferlante de colère populaire a pris de court le pouvoir politique français et l’a fait plier, obtenant d’importantes concessions en plus de sa revendication de base sur la suppression des hausses de taxes carburant.

Un tournant

En termes de mobilisation de l’opinion publique, mais aussi d’efficacité politique, les «gilets jaunes» sont un indéniable succès. Un succès d’autant plus paradoxal que le mouvement apparaissait chaotiquement désorganisé, qu’il refusait tout soutien politique ou syndical et qu’il récusait toute structure hiérarchique. Un succès difficile à reconnaître aussi, car il est loin de satisfaire ceux qui ont mené le combat et qui voudraient le continuer.

De l’avis général, la journée de samedi marque un tournant pour les «gilets jaunes»: 66 000 manifestants dans toute la France – soit environ la moitié de la mobilisation enregistrée une semaine auparavant – des manifestations d’un caractère plus apaisé, sans débordements, le mouvement a connu un net recul et ne représente plus une menace existentielle pour le gouvernement.

«Une étape est derrière nous, certainement, et je pense que c’est l’intérêt de tout le monde qu’il en soit ainsi», se félicitait dimanche le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. «Les ronds-points doivent être libérés», demandait le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. «Il faut revenir à la normale pour pouvoir engager le grand débat que nous voulons», ajoutait le ministre des Relations avec le parlement, Marc Fesneau. De toute évidence, du côté du gouvernement, on essaie de tourner la page en exprimant le message gaullien «Je vous ai compris», et en insistant sur la mise en place rapide des promesses présidentielles.

Tenir les promesses

Il y a là un défi technique et législatif. Le parlement doit régler avant la fin de l’année les questions légales et budgétaires, notamment pour supprimer la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) chez les rentiers gagnant moins de 2000 euros par mois, et surtout pour augmenter de 100 euros le salaire des travailleurs au SMIC sans reporter la charge sur les entreprises. Si cette promesse de 100 euros, censée se réaliser par de complexes abattements des charges sociales, n’est pas tenue, c’est la crédibilité de la parole présidentielle qui sera ruinée. «Il n’y aura pas de carabistouille», promet le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand. De fait, chaque travailleur au SMIC pourra le vérifier très concrètement au mois de janvier.

Autre enjeu pour le gouvernement: organiser la grande concertation de trois mois, dans toutes les régions du pays, autour des questions de l’impôt, de la facture énergétique ou du renforcement de la démocratie. Une concertation qu’Emmanuel Macron avait annoncée ouverte aux «gilets jaunes» et qui devra faire remonter des propositions. Elle aurait dû démarrer le 15 décembre mais elle est encore en gestation.

Face à cela, les «gilets jaunes» vont devoir décider s’ils poursuivent l’occupation des giratoires et s’ils la maintiennent pendant les Fêtes. C’est une décision qui se fera de manière décentralisée, rond-point par rond-point. Et comme toujours avec ce mouvement, il est impossible d’anticiper ce que sera la tendance générale, même si une démobilisation semble aujourd’hui très peu probable.

Né dans la spontanéité, le mouvement s’est exclusivement forgé et nourri de sa propre mobilisation. S’ils quittent les ronds-points, que restera-t-il des «gilets jaunes»? Peut-être rien, peut-être quelques figures qui ont acquis une forme de légitimité et qui pourraient sonner une nouvelle mobilisation, comme Eric Drouet, Priscillia Ludosky, Jacline Mouraud ou Benjamin Cauchy.

Récupération politique

Dernière hypothèse, la récupération politique. Beaucoup d’analystes et de politologues estiment que Marine Le Pen et le Rassemblement national sont les mieux placés pour profiter du mouvement des «gilets jaunes», peut-être déjà lors des élections européennes du mois de mai. Jean-Luc Mélenchon et plusieurs députés des Insoumis ont aussi encouragé le mouvement – surtout à l’occasion des manifestations. En dehors de ces deux partis, qui font de l’expression de la colère populaire un élément clé de leur programme, aucune autre formation ne semble en mesure de relayer la voix des «gilets jaunes», même si Laurent Wauquiez l’a tenté en vain pour les Républicains et si Christiane Taubira formule le rêve que le PS y parvienne…

Créé: 16.12.2018, 22h26

Articles en relation

Du mythe du Peuple trahi au cauchemar de Macron

L'invité Robert Ayrton commente le phénomène «Gilets jaunes». Plus...

Les «gilets jeunes» font eux aussi face à Macron

France Le mouvement de protestation sociale s’étend à la jeunesse. Mardi, des lycéens ont bloqué 450 établissements dans tout le pays. Plus...

Les 15 milliards promis par Macron inquiètent l’Europe

«Gilets jaunes» Suite aux mesures prises par le président, la France sort des critères de déficit budgétaire imposés par Bruxelles. Plus...

Emmanuel Macron confesse ses erreurs et vire social

France Une touche de fermeté, une touche d’humilité, le président Macron entame un virage social en direction des «gilets jaunes». Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 19 septembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...