«Les colonies israéliennes sont illégales, Trump méprise le droit»

Proche-OrientPour Washington, les implantations en Cisjordanie ne violent pas le droit international. Le commentaire de Marcelo Kohen, professeur à l'IHEID.

Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’IHEID

Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’IHEID Image: LDD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est une gifle pour les Palestiniens et un coup de massue pour le droit international. Washington ne juge plus illégales les colonies israéliennes en Cisjordanie. Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, l’a annoncé lundi devant la presse, soulevant un tollé mondial. «Après avoir examiné soigneusement tous les arguments de ce débat juridique», l’administration Trump a conclu que «l’établissement de colonies de civils israéliens en Cisjordanie n’est pas en soi contraire au droit international», a déclaré le secrétaire d’État.

Mike Pompeo va même plus loin: «Dire que l’établissement de colonies civiles est inconsistant avec le droit international n’a pas fonctionné. Cela n’a pas fait avancer la cause de la paix. […] C’est un problème politique complexe qui ne peut être résolu que par des négociations entre Israéliens et Palestiniens.» Bref, à ses yeux, le droit international ne sert à rien, déplore Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève. Interview.

Êtes-vous choqué par les propos de Mike Pompeo?
Il est aujourd’hui incontestable que les colonies israéliennes en Cisjordanie sont contraires au droit international. Elles sont considérées comme telles par la Cour internationale de justice, par le Conseil de sécurité de l’ONU, par l’Assemblée générale des Nations Unies... C’était aussi la position des États-Unis jusqu’à présent (ndlr: depuis un avis juridique du Département d’État remontant à 1978). D’ailleurs, si Washington bloque régulièrement des résolutions du Conseil de sécurité critiquant Israël, il n’a pas émis son veto à cette qualification des colonies. La déclaration de Mike Pompeo dénote un mépris du droit international. Comme si le droit était optionnel. Il ne reste donc que le droit du plus fort.

Sur les colonies, que dit au juste le droit international?
Israël a pris le contrôle de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est suite à un conflit armé. En droit international, c’est donc un «territoire occupé». La «puissance occupante» n’a pas le droit de transférer sa population dans ce territoire. Par ailleurs, le droit international garantit au peuple palestinien le droit à disposer de lui-même sur son territoire. C’est ce que l’on appelle le droit à l’autodétermination. Si Israël implante des colonies sur certaines parties du territoire occupé, les Palestiniens ne peuvent plus y exercer leur droit à disposer d’eux-mêmes. Pour ces deux raisons, les colonies sont illégales.

De quel «débat juridique» parle Mike Pompeo?
Il n’y a plus de débat juridique pour déterminer si les colonies sont licites ou illicites (ndlr: Israël estime simplement que la Cisjordanie n’est pas un «territoire occupé» pris à un autre État souverain mais un «territoire contesté» dont les frontières internationales ne sont pas arrêtées). Mike Pompeo dit surtout que le droit international ne marche pas. Et pourquoi ne fonctionne-t-il pas? Parce que l’État qui le viole ne veut pas l’appliquer! C’est aussi absurde que de dire qu’il faut écarter la justice parce qu’un voleur refuse de considérer le vol comme un délit!

Washington a reconnu Jérusalem comme capitale ainsi que l’annexion du Golan syrien. Cette nouvelle étape est-elle plus grave?
En effet, c’est un acte plus grave que le transfert en 2017 de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Avant, elle était à Tel-Aviv, Washington ne reconnaissait pas l’annexion par Israël en 1980 de la partie orientale de Jérusalem, coupée du reste de la Cisjordanie (ndlr: les Palestiniens comptaient en faire leur capitale). Puis, en mars 2019, Donald Trump a reconnu l’annexion par Israël du Golan syrien. Mais à présent, les États-Unis dénient toute valeur au droit international. Purement et simplement.

Créé: 19.11.2019, 19h37

Articles en relation

Les troubles à Beyrouth et Bagdad ébranlent Téhéran

Moyen-Orient Face aux États-Unis, à Israël et à l’Arabie saoudite, l’Iran mise d’habitude sur ses «amis» en Irak, Syrie et Liban. Mais le dispositif vacille. Plus...

Après le scrutin de mardi, le casse-tête des alliances

Israël Les tractations douloureuses ont déjà commencé pour tenter de former une coalition. Avec ou sans Netanyahou? Plus...

Isolé, Netanyahou joue sa survie dans les urnes

Israël Les législatives de ce mardi sonnent comme un référendum pour ou contre le premier ministre, cerné par les affaires. Plus...

«Je suis menacée de mort parce que je veux la paix»

Miss Irak Un selfie avec Miss Israël a fait de Sarah Idan une paria dans le monde arabe. Elle a été honorée ce jeudi à Genève. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.