Combattante mutilée, Kurdes indignés

SyrieUne vidéo montrant le corps en mauvais état d'une jeune femme de 23 ans a provoqué un véritable tollé dans la communauté kurde.

Barîn Kobanê a été atrocement mutilée par des rebelles syriens.

Barîn Kobanê a été atrocement mutilée par des rebelles syriens. Image: AFP

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Les Kurdes de Syrie ont accusé les rebelles alliés aux forces turques, qui les combattent depuis deux semaines, d'avoir mutilé puis filmé le corps d'une combattante tuée durant des affrontements près de la frontière dans le nord de l'enclave d'Afrine.

La Turquie a lancé le 20 janvier une offensive contre la région syrienne d'Afrine pour chasser de sa frontière la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), une organisation classée «terroriste» par Ankara mais alliée de Washington dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).

La vidéo d'un corps de femme ensanglanté et atrocement mutilé, ayant subi les sévices de rebelles alliés aux forces turques, a provoqué vendredi la colère dans la communauté kurde et a été dénoncé par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Selon les forces kurdes, il s'agit du corps de Barîn Kobanê, nom de guerre de cette jeune femme de 23 ans. Elle avait participé aux combats contre l'EI, notamment dans la région de Kobané, dans le nord de la Syrie.

Les Unités de protection de la femme (YPJ), force exclusivement féminine à laquelle était rattachée la victime, ont rapporté la mort de Barîn Kobanê et de trois autres combattantes «après une résistance héroïque», selon un communiqué. Dénonçant «l'étendue de la barbarie et de la haine» des assaillants, le communiqué dit que les corps des quatre femmes ont été mutilés.

Plusieurs militants kurdes ont partagé sur les réseaux sociaux un portrait de Barîn Kobanê tout sourire en uniforme militaire, accompagné d'une autre photo de son cadavre. Sur la vidéo, on peut voir une dizaine de rebelles, certains armés, autour du cadavre ensanglanté et atrocement mutilé d'une femme allongée au sol.

«Barîn n'a pas capitulé. Elle s'est battue jusqu'à la mort», souligne Amad Kandal, une responsable au sein des YPJ. «Ce type de comportement ne fera que renforcer notre détermination à résister jusqu'à la victoire», ajoute-t-elle. Ces agissements «nous rappellent l'EI et ses exactions à Kobané», poursuit la jeune femme en uniforme militaire, qui s'engage à venger la mort de sa compagne d'armes.

«Barbarie sans égal»

La vidéo a été envoyée à l'OSDH par «un combattant des groupes rebelles syriens participant avec les forces turques» à l'offensive, a précisé à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. Elle aurait été tournée mardi, après que le corps de la combattante a été retrouvé par les rebelles, selon l'OSDH. «C'est d'une barbarie sans égal», déplore M. Abdel Rahmane.

Les forces kurdes ont dénoncé des supplices infligés par «les terroristes alliés de l'Etat turc ennemi». «Imaginez la barbarie de ces envahisseurs avec les cadavres de nos filles. Comment se comporteraient-ils s'ils prenaient le contrôle de quartiers?», s'emporte sur son compte Facebook Mustefa Bali, un responsable des médias des Forces démocratiques syriennes (FDS, dont font partie les YPG).

Soutenues par Washington, les FDS ont joué un rôle incontournable dans la lutte contre les djihadistes de l'EI. Dans un communiqué, la Coalition nationale syrienne (CNS), principale formation de l'opposition en exil, a condamné «des actes criminels» et réclamé «l'ouverture d'une enquête immédiate» pour punir les responsables.

82 roquettes tirées

Sur le terrain, l'offensive de l'armée turque, qui entre samedi dans sa troisième semaine, s'est intensifiée ces derniers jours avec des raids aériens et de violents combats frontaliers qui provoquent des milliers de déplacés.

Deux personnes ont été tuées et seize autres blessées vendredi dans la chute de roquettes en provenance du nord de la Syrie sur la ville de Reyhanli, selon le gouvernorat de la province.

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a précisé vendredi, lors d'un discours télévisé, que 82 roquettes avaient été tirées sur les villes frontalières turques depuis le début de l'offensive. En comptant les victimes de vendredi, sept personnes ont perdu la vie dans ces attaques en Turquie.

Les autorités turques ont par ailleurs interpellé vendredi treize personnes accusées d'avoir soutenu sur les réseaux sociaux un texte opposé à l'opération militaire menée en Syrie, portant à plus de 300 le nombre d'arrestations pour «propagande terroriste».

Dès le début de l'opération, M. Erdogan a appelé à l'unité nationale et assuré que ceux qui manifesteraient contre l'offensive paieraient un «prix très élevé». Une manifestation contre l'opération turque à Afrine est prévue samedi après-midi à Paris à l'appel d'organisations kurdes et de partis de gauche. (ats/nxp)

Créé: 02.02.2018, 17h22

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