«La conviction européenne d’Emmanuel Macron est totale!»

Présidentielle française Soutien indéfectible du candidat d’En Marche!, l’écrivain Erik Orsenna voit en Emmanuel Macron le sauveur de la France, puis de l’Europe.

Erik Orsenna: «Et si la France suit ses mauvais démons, c’est l’Europe qui explose. C’est pour cela que cette présidentielle intéresse l’Europe. La France est au cœur du projet européen.»

Erik Orsenna: «Et si la France suit ses mauvais démons, c’est l’Europe qui explose. C’est pour cela que cette présidentielle intéresse l’Europe. La France est au cœur du projet européen.» Image: Olivier Vogelsang

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Erik Orsenna, 70 ans, écrivain à succès, scientifique, navigateur passionné, membre de l’Académie française. C’est l’intellectuel en chef d’Emmanuel Macron qu’il connaît et conseille depuis dix ans. Il fait partie des soutiens de la première heure du candidat d’En Marche! Dans ses derniers livres, Erik Orsenna a raconté la mondialisation à travers des sujets aussi divers que l’eau, le coton et, dernièrement, les moustiques (Géopolitique du moustique, Fayard). Dans sa maison du XIIIe arrondissement de Paris, entouré de livres, de marionnettes africaines et depuis peu d’un piano, Erik Orsenna explique pourquoi Emmanuel Macron sauvera d’abord la France et ensuite l’Europe.

Quel sentiment prédominait dimanche soir à l’annonce de la victoire d’Emmanuel Macron?

Erik Orsenna: D’abord le soulagement. Parce qu’il y avait quand même deux pires. C’est-à-dire Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ensuite, la responsabilité. Elle est d’autant plus grande lorsque vous examinez la géographie des résultats. Il y a vraiment deux France. Je suis économiste de formation et de plus en plus géographe: et ces deux sentiments se mêlent.

A quoi ressemblent ces deux France?

Il y a la France des métropoles avec des gens éduqués, qui ont une vraie formation, et la France en partie abandonnée des villes moyennes, de la ruralité, de l’est, du sud-est. Quand vous ajoutez les voix de Marine Le Pen aux voix de Jean-Luc Mélenchon, vous avez quasi 45% des votants qui sont contre soit les valeurs d’humanisme – ça, c’est Le Pen – soit les valeurs de la liberté et de la liberté d’entreprendre, c’est Jean-Luc Mélenchon. La responsabilité d’Emmanuel Macron est immense. Car s’il ne réussit pas ce quinquennat, l’extrême droite continuera de progresser.

Jamais les pays voisins ne se sont autant intéressés à la présidentielle. Qu’est-ce que cela dit de la France et de l’Europe?

Ce qui était en jeu, c’est l’Europe. Sur les onze candidats, il y en avait neuf qui, d’une certaine manière, étaient contre l’Europe. Ou alors ils disent qu’ils veulent une autre Europe. Mais ils sont les seuls à vouloir cette Europe-là. Ils ne se rendent pas compte qu’on est 27 et que nous devons tout de même partager les points de vue. Voyez le livre hallucinant de Jean-Luc Mélenchon contre l’Allemagne (ndlr: «Le hareng de Bismarck», en 2015, est un livre à charge contre le poids de l’Allemagne). Je suis profondément, affectueusement et sans naïveté Européen. Vraiment Européen.

Et pourquoi?

Le week-end dernier, j’étais au Chemin des Dames… (ndlr: en 1917, cette bataille près de Reims a fait 300 000 morts) Quand vous êtes au Chemin des Dames, vous n’avez pas le droit de faire ce que l’on fait avec l’Europe. Je souffre à chaque fois que l’on prend l’Europe comme bouc émissaire. Ce qui est en jeu c’est l’éclatement de l’Europe. Ma conviction la plus profonde, qui était celle de François Mitterrand que j’ai accompagné quand j’étais membre du cabinet du ministre des Affaires étrangères Roland Dumas 1989, est que des tensions peuvent ressurgir en Europe. Et cela peut dégénérer très vite.

C’est la conviction de Mitterrand: le nationalisme, c’est la guerre?

C’était sa conviction et c’est la mienne, absolument. Une guerre en Europe est possible. On l’a vu en Yougoslavie. On l’a vu en Slovénie. Donc je suis profondément européen. Primo, pour éviter l’horreur et secundo, parce que c’est évidemment notre espace. En même temps, on peut être très critique vis-à-vis de l’Europe.

Par exemple?

Nous n’avons pas été capables de faire une Europe de l’énergie, d’harmoniser les fiscalités. A un moment donné, il a été envisagé de supprimer Erasmus pour faire des économies alors que ma conviction la plus profonde est qu’aucun jeune Européen ne devrait avoir un diplôme sans avoir passé un an dans un autre pays de la communauté européenne. L’enjeu est donc de réduire les fractures entre les différents Européens.

Est-ce donc cette France diplômée, qui se projette en Europe, qui a voté Emmanuel Macron?

Exactement. Et si la France suit ses mauvais démons, c’est l’Europe qui explose. C’est pour cela que cette présidentielle intéresse l’Europe. La France est au cœur du projet européen. S’il y a une crise en Grèce, c’est triste. Mais cela n’a pas les mêmes répercussions.

L’Europe a-t-elle été sauvée par la «victoire» d’Emmanuel Macron?

La conviction européenne d’Emmanuel Macron est vraiment totale. Le morcellement des nations ne les ferait plus du tout exister dans le monde. Ensemble, on peut exister de nouveau. Ce qui me frappe énormément, c’est le formidable engrenage du gâchis. La France a toutes les capacités pour se réveiller et l’Europe à toutes les capacités pour se déployer. Si je suis avec Emmanuel Macron, c’est parce que j’ai confiance en ce déploiement. Si j’avais un mot à retenir, c’est la confiance.

Justement, est-ce le manque de confiance qui a fait perdre François Fillon?

C’est exactement cela. Emmanuel Macron a gagné par la confiance et François Fillon a perdu parce que les Français n’avaient plus confiance en lui. Autrement, il aurait gagné.

On a l’impression d’être à un moment charnière face aux populismes. L’Europe sera-t-elle sauvée par le couple franco-allemand?

Quand on pense à ce qu’était la CECA (ndlr: Communauté européenne du charbon et de l’acier)... C’était cinq ans après la guerre, et la France et l’Allemagne, puis d’autres pays (ndlr: Italie et Benelux), mettent en commun les ressources du charbon et de l’acier. C’était quand même d’un courage et d’une vision extraordinaire. Pouvez-vous me citer depuis dix ans un vrai projet européen? De manière générale, dans les couples, s’il n’y a pas de projet commun, il se disloque. Dans le particulier, on voit les 50 000 fonctionnaires à Bruxelles qui, sans projet, se réfugient dans la fabrication de normes.

Pour revenir à la campagne en France, nous avons rencontré beaucoup d’électeurs qui se disent désespérés…

Et la plupart des désespérés votent Marine Le Pen. Je n’ai aucun mépris pour ces gens-là. Comment peut-on avoir du mépris pour le désespoir? Il faut les comprendre et aller voir ce qui se passe. Je travaille avec l’Association des maires de France depuis deux ans. François Baroin en est le président: il n’est pas de ma famille politique, mais on s’entend très bien. Quand on voit que Marine Le Pen est majoritaire dans 18 000 communes sur 36 000, on ne peut que les écouter. Ces gens se sentent abandonnés. Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qu’on fait pour vous? Il faut relancer une seule France et l’Europe.

(collaboration: Xavier Alonso)

Créé: 26.04.2017, 08h07

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