La COP21 avance, mais l'objectif des 2° n'y est pas

ClimatDernier round de négociation avant l’ouverture du Sommet pour le climat à Paris dans trois semaines. Un coup politique du G20 est espéré afin de ficeler un accord historique.

FragileLe grand glacier d’Aletsch (VS) a reculé de 800?mètres en trente ans. Les Alpes suisses pourraient perdre 80% de leurs glaciers si aucun changement ne survient.

FragileLe grand glacier d’Aletsch (VS) a reculé de 800?mètres en trente ans. Les Alpes suisses pourraient perdre 80% de leurs glaciers si aucun changement ne survient. Image: Reuters / Denis Balibouse

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«Nous avons franchi avec la «pré-COP» une étape importante, mais la tâche qui reste est considérable!» Laurent Fabius, optimiste, ne cache pas les difficultés qui l’attendent. Le ministre des Affaires étrangères tricolore présidera à Paris, dans trois semaines, la conférence de l’ONU sur le climat.

Il a réuni les ministres de plus de soixante pays pendant trois jours afin de progresser sur les points encore en suspens dans le futur accord final de la COP21 (à Paris, du 30 novembre au 11 décembre). Le but étant d’engager les 196 Etats membres de l’ONU à prendre des mesures afin de maintenir le climat au-dessous de 2°C d’ici à la fin du siècle. Mais le compte n’y est pas! Selon les contributions annoncées – à ce jour 157 pays, soit 90% des émissions de gaz à effet de serre –, le réchauffement prévisible de la planète grimperait à 3 °C.

Dans ce contexte, le mouvement Greenpeace se fâche! «C’était l’une des dernières occasions de prendre des décisions visionnaires et de long terme. Une chance a été gâchée de rendre espoir aux milliards de gens qui craignent les conséquences dramatiques du réchauffement», s’inquiète Martin Kaiser, de Greenpeace. La mire est effectivement encore bien au-dessus des 2 °C escomptés. L’ambassadeur suisse Franz Perrez (lire ci-contre) est, lui aussi, inquiet sur les conséquences.

Par ailleurs, cette semaine, la météo du climat était plus que maussade. La Banque mondiale estime en effet que le changement climatique va impacter encore plus de 100 millions de personnes menacées d’extrême pauvreté. Hier toujours, les concentrations de carbone et le niveau de réchauffement battaient des records historiques. Officiellement, 2015 sera la première année dont la température moyenne est 1 °C plus haute que lors d’une année préindustrielle.

Financement à bout touchant

Reste que les blocages sont désormais connus et que, à l’instar de la Suisse, Etats comme organisations préfèrent voir les avancées et imaginer un accord dynamique et révisable périodiquement. «On sait que nous n’arriverons pas à l’objectif des 2 °C lors de la COP21. Par contre, on peut espérer que la planète se sera dotée d’un mécanisme institutionnel de mesure et de révision à la hausse régulière des efforts climatiques. L’après-COP est tout aussi important que la COP, pour autant qu’on mette en place les bons outils», analyse Matthieu Orphelin, scientifique et porte-voix de la Fondation Nicolas Hulot. Un consensus semble se dégager sur cette question. Notamment depuis que la Chine, après la visite de François Hollande, s’est ralliée à cette méthode.

Autre point important: le financement. La pré-COP a entériné qu’il est à bout touchant. L’objectif financier de 100 milliards de dollars par année à partir de 2020 est une promesse faite en 2009 par les pays du Nord aux pays du Sud pour les aider à lutter contre le changement climatique. Selon l’OCDE, le financement public et privé engagé pour le climat par an (chiffres de 2014) serait de 62 milliards. Les banques de développement ont annoncé consacrer 15 milliards de dollars supplémentaires par an. Plusieurs grands pays industrialisés de l’UE (France, Allemagne et Royaume uni) sont disposés à combler le manque.

La Chine idem à Tuvalu?

Reste deux points litigieux qui inquiètent les spécialistes. Le premier: le prix du carbone. «A l’heure actuelle, seulement 12% des émissions de carbone sont soumises à des taxes. Lui donner un prix est le meilleur moyen de le limiter», glisse Matthieu Orphelin. La Suisse, depuis 2008, fait partie des pays qui ont un tarif pour le CO2. Autre point important, aussi technique que politique, celui de la distinction entre pays industriels et en développement. Plusieurs Etats occidentaux, dont la Suisse, se mobilisent pour un traitement horizontal de tous les pays. Car, comme l’illustre le négociateur suisse Franz Perrez, il y a comme un biais lorsque la Chine ou Singapour sont considérés au même titre que Tuvalu.

Ce sera sans doute l’un des thèmes majeurs du prochain G20. Les pays les plus industrialisés de la planète se réunissent à Ankara, en Turquie, le week-end prochain. «Les pays du G20, ce sont les trois quarts des émissions! S’ils le veulent, ils peuvent marquer le coup. Par exemple, fixer un prix pour le carbone, accélérer la baisse des subventions pour les énergies fossiles ou s’engager à réviser leurs INDC ( ndlr: objectifs de réduction des émissions) dès 2018, sans attendre 2020», espère Matthieu Orphelin, de la Fondation Hulot.

Le fait que le président américain, Barack Obama, le président russe, Vladimir Poutine, et le président chinois, Xi Jinping, à l’instar de plus de 100 chefs d’Etat, sont annoncés présents à Paris pour l’ouverture de la COP21 laisse présager leur motivation et fait espérer leur intention d’entrer dans l’Histoire!

Créé: 11.11.2015, 09h42

«Un réchauffement de 2°C dans le monde serait de 4° C en Suisse»

L’ambassadeur Franz Perrez est le négociateur en chef pour la Suisse à la COP21. Interview.

Le scénario d’un réchauffement de 2°C dans le monde pour la fin du siècle se précise. Quelles seraient les conséquences en Suisse?
Deux degrés dans le monde, cela signifierait environ 4 °C en Suisse. Les conséquences seraient graves. Cela commencerait avec la fonte des glaciers. Et ces derniers sont aussi importants pour la production d’énergie. Le permafrost fondrait: les effets sur la stabilité des terrains seraient évidents. Plus de tempêtes! La végétation serait modifiée. De nouvelles maladies arriveraient en Suisse.

C’est un scénario catastrophe?
La Suisse est un des pays les plus vulnérables. Son écosystème est fragile. Mais, en même temps, notre pays a les capacités pour réagir et mettre en place des réponses à ces nouvelles conditions. Bien que, pour l’économie, ce serait très pesant!

Revenons à la présente COP21. Pourquoi est-ce important, pour la Suisse, de supprimer la distinction établie entre pays industrialisés et en développement?
Cette distinction reflète le passé: le dernier millénaire. Mais pas du tout la réalité d’aujourd’hui. Des pays comme la Chine, Singapour sont soumis aux mêmes exigences que l’Ethiopie ou Tuvalu. Le pays qui a les plus fortes émissions de gaz à effet de serre est un pays en développement: c’est la Chine. Il est important de mettre en place un nouveau système qui engage les pays aussi selon leur responsabilité et leur capacité effective actuelle.

La Suisse insiste sur l’obligation de revoir tous les cinq ans l’engagement de chaque pays. Pourquoi?
Les engagements que les pays sont prêts à soumettre maintenant à Paris ne permettront pas de limiter l’augmentation de la température au-dessous de 2 °C. Pour cette raison, on doit établir un cadre qui force et motive tous les pays à revisiter leurs engagements régulièrement. Et d’en soumettre de nouveaux, plus ambitieux. Avec un tel mécanisme, on prendra le bon chemin pour contenir l’augmentation de la température. Le mécanisme doit être dynamique.

La Suisse est également très opposée à la compensation financière en cas de dommage climatique?
La Suisse s’engage activement pour trouver des moyens pour réduire les pertes et les dommages produits par les changements climatiques. Mais elle n’est pas prête à accepter un régime de responsabilité civile et de compensation automatique qui dirait: les pays riches doivent payer pour les pays pauvres! D’une part, il y a beaucoup de pays en développement qui ont aussi contribué au réchauffement climatique. D’autre part, la causalité entre émissions et dommages n’est pas simple à établir.

La causalité, c’est-à-dire?
Par exemple, quand un ouragan détruit une construction au bord de la mer, qui est responsable? Le dérèglement climatique qui a peut-être augmenté la force de l’ouragan ou les autorités locales qui ont autorisé la construction de cette infrastructure et la destruction des mangroves qui auraient protégé les côtes.

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