Le coup de poker douanier de Trump face à la Chine

Commerce sino-américainLes négociations Chine/États-Unis échouent, peu après l’entrée en vigueur de nouvelles surtaxes sur les importations chinoises.

Vendredi à Washington, le vice-premier ministre chinois Liu He (à g.) prend congé de Steven Mnuchin, secrétaire du Trésor des États-Unis (centre) et de Robert Lighthizer, représentant américain du Commerce.

Vendredi à Washington, le vice-premier ministre chinois Liu He (à g.) prend congé de Steven Mnuchin, secrétaire du Trésor des États-Unis (centre) et de Robert Lighthizer, représentant américain du Commerce. Image: ERIK S. LESSER/Keystone

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Donald Trump a bombé le torse vendredi sur Twitter pour défendre sa décision d’imposer de nouveaux tarifs douaniers de 25% sur près d’un tiers des importations chinoises et de durcir son bras de fer commercial avec Pékin. Quelques heures avant que les négociateurs américains et chinois ne mettent un terme à un nouveau round de négociations sans avoir trouvé d’accord à Washington, le président des États-Unis a envoyé un message pour rassurer ses concitoyens. Il leur a demandé de «s’asseoir confortablement et de regarder» l’impact qu’aurait sa décision d’imposer une surtaxe sur quelque 200 milliards de dollars d’importations chinoises.

«Les tarifs vont rendre notre pays beaucoup plus fort, non pas plus faible», s’est exclamé Donald Trump avant de critiquer son prédécesseur Barack Obama. «Ce n’est pas l’administration Obama ou l’administration de Sleepy Joe (ndlr: «Joe l’endormi», surnom dont Donald Trump a affublé l’ancien vice-président Joe Biden ) qui ont tout permis à la Chine.»

Dans un autre tweet, Donald Trump a annoncé qu’il se préparait à imposer une surtaxe douanière de 25% sur un volume d’importations chinoises de 325 milliards de dollars qui n’est pas encore soumis aux surtaxes douanières. Cette mesure aurait un impact direct sur les consommateurs américains car elle toucherait notamment l’électroménager et les habits.

Wall Street croit à l’accord

L’administration Trump espère que cette pression maximale sur Pékin permettra de parvenir à l’accord commercial qui paraissait proche il y a une semaine à peine. «Wall Street et les marchés financiers continuent à parier sur le fait qu’il y aura un accord, nuance Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services à New York. Nous ne sommes pas encore dans une situation de guerre tarifaire dramatique. Les marchés ont perdu entre 3 et 4% de leur valeur cette semaine et non pas près de 15% sur l’année comme ce fut le cas en décembre dernier lorsque l’on redoutait une guerre commerciale totale entre la Chine et les États-Unis.»

L’augmentation des tarifs douaniers ne frappe que les produits qui quittent la Chine à partir du moment où ces tarifs entrent en vigueur. Cela donne aux négociateurs une fenêtre de quelques semaines pour parvenir à un accord avant que les nouveaux produits taxés n’atteignent les États-Unis.

Le malaise face à la stratégie commerciale de Donald Trump est néanmoins perceptible dans les milieux économiques et agricoles américains qui sont touchés de plein fouet par les mesures de rétorsion chinoises. La National Retail Federation (NRF), l’association faîtière des commerçants aux États-Unis, a lancé une campagne pour dénoncer l’impact des surtaxes douanières de l’administration Trump sur les PME américaines.

Soja américain impacté

«Les augmentations de taxes douanières et les nouveaux tarifs provoquent une augmentation des coûts pour les entreprises américaines, des prix plus élevés pour les consommateurs américains et des pertes d’emplois pour les travailleurs américains», explique Jonathan Gold, le vice-président de la NRF à Washington.

«La position de Donald Trump est délicate, poursuit Gregori Volokhine. En imposant des tarifs douaniers très importants sur les produits chinois, le président des États-Unis ne punit pas les Chinois, mais les Américains. La Maison-Blanche s’en rend déjà compte avec les produits agricoles. Si la Chine n’achète plus de soja américain, les Américains doivent chercher à le vendre ailleurs. Après cela, ce sont des compagnies comme Apple qui vont être frappées par ces tarifs douaniers et ça finira par se répercuter sur les consommateurs américains.»

Ne pas perdre la face

Le financier d’origine genevoise souligne l’enjeu du bras de fer commercial entre Pékin et Washington: «Personne ne veut perdre la face. Donald Trump veut absolument montrer qu’il a gagné, mais la clé pour la Maison-Blanche est de s’afficher victorieuse sans humilier les Chinois.» Dans l’immédiat, la délégation chinoise devait repartir pour Pékin vendredi soir sans avoir conclu l’accord commercial «épique» que Donald Trump avait promis aux Américains au début du mois dernier.

«Tout le monde à Wall Street est d’accord pour dire qu’il faut une issue positive à ces négociations, conclut Gregori Volokhine. Car un échec des négociations aurait des conséquences bien pires que le statu quo.»

De fait, vendredi la Bourse de New York a fini en hausse, rassurée par un autre tweet où Donald Trump a vanté «les discussions sincères et constructives […] entre les deux pays». Le président a ajouté que les négociations allaient se poursuivre et que les droits de douane pouvaient être aussi bien supprimés que maintenus à l’issue des pourparlers.

Créé: 10.05.2019, 22h54

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