«Je ne crois pas au plafond de verre pour Marine Le Pen»

FrancePour l’ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé est l’homme qu’il faut à la France. Mais il craint Marine Le Pen et ne sous-estime pas la capacité de Nicolas Sarkozy à retourner la situation

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Premier ministre (2002-2005 ) sous Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin (67 ans) reste une personnalité incontournable au centre de l’échiquier politique français. Le sénateur de la Vienne a un œil sur sa droite comme sur sa gauche et joue souvent l’homme de consensus. Un profil atypique dans la culture de confrontation tricolore. Il était l’invité de l’Association de la presse étrangère où nous l’avons rencontré. Analyses d'un insider...

A propos de Nicolas Sarkozy? Jean-Pierre Raffarin : «Nicolas Sarkozy a une confiance en lui incroyable. Il est de ceux qui croient pouvoir changer le monde. Cette force exceptionnelle fait de lui un candidat à la primaire en dépit des sondages. Sa présence médiatique très forte, à la suite de la sortie de son livre, n’ont pas fissuré le mur du rejet qu’il suscite. Néanmoins, il a cette force exceptionnelle qui le rend capable de retourner les situations les plus compromises. Par ailleurs, je ne crois pas qu’il souffre à l’excès des affaires. Au contraire, cette position de victime est de nature à le galvaniser.»

A propos d'Alain Juppé?. Jean-Pierre Raffarin : «Alain n’a pas changé sur ses convictions par rapport à l’époque où il était à Matignon (ndlr : 1995-1997, premier ministre sous Chirac). Par contre, son expérience n’est plus la même. Il a pris des coups, s’est relevé et surtout Alain Juppé a la carte Bordeaux. Comme Maire de Bordeaux, Alain Juppé a métamorphosé sa ville qu’il a modernisé, qu'il a remis dans le coup. Il a démontré une vision de long terme et reconstruit avec des choix d’avant-garde. La Cité du vin qui va ouvrir prochainement en est une brillante illustration. Plus que des promesses, les gens veulent des actes. »

Et que dit-il de François Hollande? Jean-Pierre Raffarin: «François Hollande ne peut pas demander à la droite de résoudre les problèmes de la gauche. Hollande doit sortir de l’obsession de 2017 pour s’occuper de 2016. La situation est grave. Sur la déchéance de nationalité, il a transformé un élan majeur en une manœuvre médiocre pour son objectif 2017. Ce quinquennat sera marqué comme celui de l’impuissance du chef de l’état.»

A propos de Marine Le Pen? Jean-Pierre Raffarin: «Nous devons être très prudents avec la montée du FN. Je ne crois pas à la thèse du plafond de verre avec Marine Le Pen. Si nous ne parvenons pas à convaincre les Français de la puissance de la politique – c’est-à-dire la capacité à faire des choses - nous ouvrons la route au FN. J’insiste, Marine Le Pen peut gagner. Il y a quelques années, quand les Français descendaient dans la rue pour protester contre la politique de gauche, la droite se frottait les mains. Et inversement. Lors d’une mobilisation comme celle actuelle contre la loi Travail, le principal gagnant de la grogne est le FN. Le mécontentement associe indistinctement la gauche et la droite au pouvoir.»

A propos des primaires LR? Jean-Pierre Raffarin : «En fait, il y a deux marques. Sarkozy et l’anti-Sarkozysme. Et chez les anti-Sarkozystes, c’est Alain Juppé qui rafle les suffrages car c’est le plus solide. C’est ce que demandent les Français. Il y a chez lui courage et éthique de la responsabilité démontrés durant son parcours. Notamment en assumant lui seul une condamnation, alors qu’il y avait des responsabilités partagées, et la souffrance inhérente à ce genre d’affaire avec une sobriété qui l’honore. Après un quinquennat de désillusion, je pense que l’élection de 2017 ne sera pas celle du marketing, pas celle du rêve. Mais celle de la solidité.»

Le renouveau de la classe politique? Jean-Pierre Raffarin: «Pour retrouver de la crédibilité, nous devons changer les personnes et revoir pas mal de choses. J’entends que, sondage après sondage, s’exprime une envie de rajeunissement, de têtes nouvelles comme celle de Bruno Le Maire chez nous. Toutefois ce ne sera un enjeu pour la présidentielle 2017. Dans une situation sociale et économique dégradée, les gens vont chercher la solidité davantage que la fraîcheur. Il n’empêche que, dès les premières semaines, l’alternance (ndlr : le président élu) ne devra pas oublier ce besoin et s’atteler à des réformes comme la diminution du nombre de parlementaires et maintenir le non-cumul de mandats.»

Créé: 05.04.2016, 10h10

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