Dahlan au cœur de toutes les intrigues

Proche et Moyen-OrientLe conseiller en sécurité dont le nom était apparu en marge de l’affaire Maudet se voit associé au meurtre de Jamal Khashoggi.

Mohammed Dahlan a opposé un démenti formel aux accusations portées contre lui.

Mohammed Dahlan a opposé un démenti formel aux accusations portées contre lui. Image: Reuters

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Il y a quelques semaines, le nom de Mohammed Dahlan, 57 ans, conseiller en sécurité du prince héritier des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed al-Nahyan (MBZ), avait été associé, de façon assez lointaine, à l’affaire Maudet . Aujourd’hui, on lui prête un rôle dans l’assassinat de Jamal Khashoggi. Un journal turc affirme même qu’on lui a demandé de porter le chapeau.


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Ancien chef de la sécurité de Yasser Arafat, ex-homme fort du Fatah, successeur possible de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne, Mohammed Dahlan est au centre de toutes les intrigues qui agitent le Proche et Moyen-Orient. En Suisse, on a découvert dernièrement qu’il était aussi une vieille connaissance d’Eric Stauffer, l’ancien patron du MCG, et du président du Monténégro Milo Djukanovic, qui se proposaient de jouer les intermédiaires pour organiser le déplacement de Pierre Maudet à Abu Dhabi et une rencontre avec MBZ. Le magistrat avait finalement renoncé à cette offre de service, préférant passer par ses amis libanais.

Manœuvres en coulisse

Aujourd’hui, Ankara et Doha manœuvrent en coulisse pour relier Mohammed Dahlan à l’assassinat de Jamal Khashoggi et le sortir du jeu politique et sécuritaire régional. En novembre, le quotidien turc «Yeni Safak» a affirmé que la seconde équipe dépêchée au consulat d’Arabie saoudite pour faire le ménage après le meurtre du journaliste saoudien avait été recrutée par Mohammed Dahlan en personne et que les hommes présents sur place étaient les mêmes que ceux impliqués dans l’assassinat de Mahmoud al-Mabhif, membre influent du Hamas, en 2010. Quelques jours plus tard, le 3 décembre, le quotidien relayait une nouvelle information selon laquelle Mohammed Dahlan aurait été pressé d’endosser la responsabilité du meurtre de Jamal Khashoggi pour dédouaner le prince Mohammed ben Salmane (MBS). Ce qu’il aurait refusé.

L’information n’émane pas de n’importe quelle source. En octobre dernier, après avoir eu accès aux enregistrements détenus par les autorités turques, les journalistes de «Yeni Safak» ont été les premiers à révéler que Jamal Khashoggi avait été torturé avant d’être décapité dans le consulat de son pays à Istanbul. Si ce média proche du pouvoir vise Mohammed Dahlan, c’est que l’homme est devenu une cible à abattre. Reste encore à trier le vrai du faux. Mohammed Dahlan a opposé un démenti formel aux accusations portées contre lui. «Il s’agit de rumeurs diffusées par les médias qataris et turcs», a-t-il expliqué dans plusieurs médias arabes. Le 7 décembre dernier, dans une interview à la chaîne al-Arabiya al-Hadath, l’homme d’affaires a prévenu ses détracteurs, un brin provocateur, que «le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane resterait au pouvoir dans le royaume saoudien pendant les 50 prochaines années».

Homme d’affaires sulfureux

Mohammed Dahlan traîne derrière lui une réputation d’homme d’affaires sulfureux. Avec Muhammad Rashid, le financier de Yasser Arafat, il a été à la manœuvre à la fin des années 90 pour organiser, via des intermédiaires israéliens, le rapatriement d’une partie de l’argent de l’Autorité palestinienne à Genève sur des comptes ouverts auprès de la banque Lombard Odier jusqu’en 2001. Depuis cette époque, son nom est étroitement lié aux scandales qui ont émaillé la gestion de ce trésor de guerre.

Si Mohammed Dahlan focalise sur lui la haine des Turcs, des Qataris, des Frères musulmans mais aussi des Iraniens, c’est qu’il joue un rôle clef dans les crises qui agitent le Proche et Moyen-Orient. Le Palestinien use notamment de ses réseaux et de son argent en Égypte, en Tunisie et en Libye pour asseoir l’influence des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite. Dernièrement, c’est son rôle présumé dans le financement et l’armement des mercenaires déployés aux Yémen pour combattre les rebelles houthis qui a fait couler de l’encre. On prête également à l’intéressé un certain nombre d’assassinats ciblés. Son expertise lui vaut d’être le conseiller en sécurité le plus en vue à Abu Dhabi. La monarchie comptant sur lui pour écraser toutes les contestations.

S’il y en a un qui ne perd pas de vue Mohammed Dahlan, c’est bien Mahmoud Abbas, qui a lancé des poursuites contre lui en 2011. Le président de l’Autorité palestinienne vient à nouveau de saisir Interpol pour lancer des poursuites contre plusieurs de ses proches. Acteur de la recomposition régionale voulue par l’administration Trump, le Palestinien est aujourd’hui pris sous le feu croisé de ses ennemis sur le terrain politique, médiatique et judiciaire.

Créé: 10.12.2018, 20h26

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