«Damas torpille les pourparlers de Genève»

SyrieLe chercheur Hasni Abidi décrypte la stratégie de Bachar el-Assad, alors que redémarrent en Suisse les négociations de paix.

Genève, le mardi 12 avril 2016. L’hôtel dans lequel ont lieu les négociations.

Genève, le mardi 12 avril 2016. L’hôtel dans lequel ont lieu les négociations. Image: Keystone

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C’est reparti! Les négociations de paix sur la Syrie reprennent ce mercredi en fin d'après-midi à Genève, trois semaines après un premier round qui n’avait pas permis d’avancée majeure. Une nouvelle phase «cruciale» selon le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura, même si le fossé reste énorme entre l’opposition qui réclame un gouvernement sans Bachar el-Assad… et le régime qui propose une coalition large autour du président. Surtout, les pourparlers redémarrent alors que des élections législatives se tiennent en Syrie et qu’une offensive à Alep menace la trêve en vigueur depuis le 27 février. De quoi «torpiller» les discussions de Genève, affirme Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam).

Quel impact auront les élections législatives sur les pourparlers de Genève?

C’est la deuxième fois depuis le début de la guerre qu’un tel scrutin est mis sur pied par le régime syrien. Une véritable farce. On n’avait jamais vu pareille «fièvre démocratique» s’emparer du pays! Ce n’est pas un hasard si ces élections ont lieu dans les territoires plus ou moins contrôlés par l’armée quelques jours après une série de victoires militaires (dont la reprise de Palmyre) et juste au moment où les pourparlers à Genève entrent dans le vif du sujet: l’étape qui s’ouvre est consacrée à la définition de principes pour la transition politique et à la constitution d’un organe de pilotage. Le message de Damas est clair: Bachar el-Assad est et demeurera incontournable. Ce que refuse l’opposition. C’est l’impasse.

L’offensive dans la région d’Alep risque de faire voler en éclats la trêve. Pourquoi ce choix?

Alep est un enjeu primordial. Poumon économique du nord, la dernière grande ville avant la Turquie forme une zone tampon entre Daech (ndlr: le groupe Etat islamique) à l’est et le «réduit alaouite» à l’ouest, c’est-à-dire la côte méditerranéenne. S’attaquer à Alep pour «combattre le Front al-Nosra» (ndlr: branche syrienne d’Al-Qaida), c’est provoquer l’opposition syrienne et torpiller les négociations, car la trêve va voler en éclats. Bien sûr que ni Al-Qaida ni Daech ne sont concernés par cette trêve, mais le tapis de bombes de l’aviation syrienne touchera bien d’autres groupes armés. Dans ces conditions, les pourparlers de Genève ne pourront déboucher que sur un nouveau report des discussions. Ce qui arrange bien Bachar el-Assad. Par ailleurs, si Alep venait à tomber aux mains du régime, il ne restera plus aucune grande ville à reconquérir. Toute la «Syrie utile» serait alors reconquise.

Que reste-t-il des rebelles dits «modérés», non islamistes?

L’heure est à la désillusion. L’un de ces «modérés» m’a confié récemment que, faute d’appui venant de l’Occident, beaucoup de combattants issus de la classe moyenne ont fini par prendre la route de l’exil. D’autres «déçus» rejoignent des groupes comme Jaish el-Islam, qui ont radicalisé leur discours et capté des financements des pays du Golfe, de Turquie ou d’ailleurs… On se joint à ces groupes davantage par opportunisme que par conviction.

Les Kurdes syriens multiplient les victoires sur le terrain mais ne sont toujours pas à la table des pourparlers. Peut-il y avoir une solution en leur absence?

L’ironie, c’est que les Kurdes sont les combattants les mieux entraînés, les plus déterminés, accumulant le plus de victoires militaires… mais qu’à la fin de la guerre tout le monde les abandonnera. Bachar el-Assad ne veut pas de leur projet de fédération syrienne. L’opposition non plus. La Turquie refuse de voir émerger un Etat kurde autonome à sa frontière sud. Quant au Kurdistan irakien, qui entretient des relations avec Ankara, il ne faut pas en attendre trop de solidarité… Personne ne veut tenir compte des Kurdes de Syrie dans la transition. Au fond, leur position est proche de celle de Bachar el-Assad, pour peu qu’il leur accorde davantage d’autonomie. Mais le régime exige que les Kurdes fassent partie de la délégation de l’opposition… Laquelle se méfie d’un acteur qui a trop fait le jeu de Damas. Leur présence ne ferait qu’aggraver les dissensions.

Créé: 13.04.2016, 19h29

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