Le «deal du siècle» de Trump sera-t-il un cadeau électoral à Netanyahou?

IsraëlLe président des États-Unis doit présenter ce mardi son fameux plan de paix, censé résoudre rien de moins que le conflit israélo-palestinien. Sans même convier… les Palestiniens.

Selon la presse israélienne, le plan prévoit la souveraineté de l’État hébreu sur presque toutes les colonies.

Selon la presse israélienne, le plan prévoit la souveraineté de l’État hébreu sur presque toutes les colonies. Image: AP

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De son propre aveu, son projet doit permettre de changer la donne au Proche-Orient. Reste évidemment à savoir dans quel sens. Donald Trump l’a confirmé lundi: son fameux plan de paix, promis depuis 2017, sera révélé ce mardi en fin d’après midi.

Concocté dans la plus grande discrétion sous la houlette de Jared Kushner, gendre du président des États-Unis, ce «deal du siècle» avait pourtant été maintes fois reporté. Avec la démission à l’automne dernier de son principal architecte, Jason Greenblatt, et l’impasse des élections israéliennes peinant à faire émerger un gouvernement, beaucoup pensaient même qu’il finirait sa vie dans les tiroirs de la Maison-Blanche.

Ironie du deal, les Palestiniens n'ont pas été conviés. L’Autorité palestinienne ayant rompu avec le locataire de la Maison-Blanche (quand il a reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël, fin 2017), Trump a préféré convier au Bureau ovale le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et son principal rival politique pour les élections du 2 mars, Benny Gantz.

Timing suspicieux

En réalité, ce timing idéal – tant pour Donald Trump que pour Benyamin Netanyahou – est suspicieux. Tout ce qui peut détourner l’attention des affaires de Trump et de son procès en destitution semble bon à prendre et, de la même manière, n’importe quel coup de pouce du président américain envers Netanyahou, inculpé pour corruption, sera utile.

Toujours est-il, ce plan «de paix» n’a aucune chance d’aboutir. Si l’on en croit les fuites publiées dans les médias israéliens, ce plan correspond parfaitement aux attentes du Likoud, rien de plus ni de moins. Il pourrait octroyer à Israël le contrôle complet de la ville de Jérusalem (y compris la vieille ville et les lieux saints), la souveraineté israélienne sur quasi toutes les colonies, et l’État palestinien n’aurait d’État que le nom, «démilitarisé», réduit à la bande de Gaza et à quelques îlots urbains. C’est-à-dire bien en deçà des attentes des Palestiniens, qui veulent récupérer tous les territoires occupés en 1967. Pas non plus de droit au retour ni de compensation, à l’ordre du jour pour les réfugiés.

Consensus balayé

L’optique américaine n’est pas tant d’arriver à une improbable résolution du conflit que d’en réinitialiser les paramètres. Ainsi, Trump veut pousser à l’abandon de la solution à deux États – souvent qualifiée par son administration d’«inefficace» – et laisser le champ libre à l’annexion de tout ou partie de la Cisjordanie par Israël, comme l’a déjà reconnu l’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman. Si cette tendance est confirmée, cela balaierait d’un revers de main le consensus international et des décennies de diplomatie. En contrepartie, les Territoires palestiniens et les pays arabes voisins se verraient offrir 50milliards de dollars d’investissements sur dix ans.

Côté palestinien, le message est clair. Avant même l’annonce officielle, les dirigeants ont rejeté ce plan, perçu comme la mise à prix de leurs aspirations nationales. Le premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh, s’est chargé de le rappeler: «Les droits des Palestiniens ne sont pas à vendre.» Lundi encore, selon un haut responsable du bureau de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne aurait refusé un appel de la Maison-Blanche. Et pour l’OLP ce plan risque de transformer l’occupation temporaire en occupation permanente. En réaction, les Palestiniens menacent de se retirer des Accords d’Oslo, et les factions appellent à «un jour de rage».

Malgré ces déclarations, dans les rues de Ramallah, l’ambiance est calme et les habitants presque indifférents. Cette apathie est loin d’être synonyme d’une quelconque acceptation, bien au contraire. «On a essayé de nous imposer ce deal depuis des années», soupire Ali Shobita. Devant un café chic du centre-ville, emmitouflé dans un long manteau, l'homme de 28ans se dit désabusé. «Ici, ça fait longtemps qu’on n’attend plus rien de Donald Trump… ni de Netanyahou, continue-t-il, tirant sur sa cigarette. Ils font ça pour des raisons électorales, mais c’est nous qui allons en payer le prix.» S’il est trop tôt pour prédire quels seront les répercussions sur le terrain, une chose est sûre: c’est la paix qui risque de rester… en plan.

Créé: 27.01.2020, 23h00

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