«Après la décapitation, le prochain stade sera l’attentat à la voiture piégée»

TerrorismeEx-juge, Alain Marsaud est député Les Républicains. Il se montre inquiet d'une guerre contre un «certain islam» qui devrait durer.

Tout comme Manuel Valls, l'ex-juge antiterroriste Alain Marsaud pense que la guerre contre le terrorisme est une guerre de civilisation. «Nous n’avons pas de problème avec les musulmans, nous avons un problème avec cette partie de l’islam qui fait la guerre au reste du monde.»

Tout comme Manuel Valls, l'ex-juge antiterroriste Alain Marsaud pense que la guerre contre le terrorisme est une guerre de civilisation. «Nous n’avons pas de problème avec les musulmans, nous avons un problème avec cette partie de l’islam qui fait la guerre au reste du monde.» Image: MAXPPP

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Alain Marsaud est député Les Républicains. Ex-juge, il a dirigé le Service central de lutte antiterroriste à Paris. Selon lui, le processus guerrier de la France fait d'elle la principale cible des attaques terroristes. Interview

Que vous inspire l’attaque de Yassin Salhi, trois jours après les faits?

Je crois que le message délivré dimanche par le premier ministre Manuel Valls est extrêmement important et doit être entendu (ndlr: interview parue dans le JDD). Nous sommes face à une guerre totale que nous livre le terrorisme et elle va durer longtemps. Nous assistons à une surenchère dans l’horreur. C’est ainsi la première décapitation en France et en Europe.

L’Etat islamique est-il en cause?

Je ne pense pas que l’Etat islamique a commandité cet attentat, pas plus que celui de la mosquée de Koweït. L’Etat islamique revendique certains attentats par opportunisme. Par contre, du côté des auteurs, nous assistons à des phénomènes d’imitation. Après la décapitation, il y a des fortes probabilités que le prochain stade de l’horreur sera l’attentat à la voiture piégée. Une technique de terreur très utilisée dans les pays en proie à la violence terroriste. Nous devons rester extrêmement prudents.

Votre discours est très inquiétant?

Oui, nous sommes entrés dans une période d’une grande violence. Nous avions connu jusqu’à maintenant un terrorisme politique d’état. Il nous suffisait, je me permets cette simplification, d’entrer en contact avec le sponsor du terrorisme et de négocier avec lui , ou faire pression, pour abaisser la menace. Aujourd’hui, nous ne savons même pas à qui nous adresser. Les djihadistes ne répondent à aucune logique si ce n’est à celle de la terreur motivée par l’imitation lors de passages à l’acte imprévisibles.

Pourquoi la France est-elle la principale visée? D’autres pays sont en lutte contre l’islamisme radical.

La France est actuellement le pays le plus guerrier. Même davantage que les Etats-Unis. Nous sommes engagés en Irak, en Afghanistan, en Syrie indirectement mais cette nuance ne tient pas pour nos adversaires. Nous sommes engagés encore en Centrafrique, au Sahel, au Mali. On nous fait donc la guerre par réciprocité. Quand un Touareg reçoit un missile français, il est inutile d’essayer de lui expliquer les motivations de notre intervention militaire. Au niveau du ressenti, c’est «la France fait la guerre à l’islam!» Nous subissons donc les conséquences de notre politique étrangère. Ce n’est ni la Suisse ni la Hongrie qui sont visés par les terroristes inspirés par l’Etat islamique, mais bien la France.

L’Etat islamique semble avoir consolidé son implantation dans un vaste territoire…

… Oui, et cette affaire arrange bien du monde. Sauf évidemment, les chrétiens d’Orient et d’autres minorités. Et surtout les femmes qui ont des raisons d’être inquiètes pour leur statut. Il aura donc fallu un siècle pour défaire par la réalité du terrain les accords de Sykes-Picot de 1916. L’Etat islamique répond, certes avec une violence inouïe, à l’impérialisme alaouite d’un côté et chiite d’un autre. De fait, les sunnites sont en train de créer un état où ils perçoivent l’impôt et l’organisent de manière à se sentir chez eux. Ils le font évidemment avec une violence excessive. Mais je prédis que si un leader modéré, moins violent, arrivait à émerger et à prendre le pouvoir dans l’Etat islamique, il pourrait se retrouver à l’ONU dans dix ans!

Revenons à la France, la loi sur le renseignement votée cette semaine par le Parlement aurait-elle pu éviter cet attentat?

Non absolument pas. En plus de tous les défauts qu’on lui connaît, elle est très primitive. Elle fonctionne en fabriquant des profils type. Si un individu répond à un certain nombre de marqueurs par rapport aux profils estimés dangereux, on décide de le surveiller, de le suivre ou de l’arrêter. Dans l’affaire de l’Isère, le suspect avait fait l’objet d’une fiche S qui avait été ensuite désactivé, car il n’y avait pas d’élément qui permettait de poursuivre sa surveillance. Nous devons en être conscients, les prochains auteurs d’atrocités sont des voisins, des collègues de bureau ou de Pole emploi motivés par l’islam radical. On ne résout pas ce problème avec une loi.

Vous adhérez à la thèse de la guerre de civilisation?

Nous sommes bien au-delà de ce qu’avait imaginé Huntington. Nous n’avons pas de problème avec les musulmans, nous avons un problème avec cette partie de l’islam qui fait la guerre au reste du monde. Mais je suis atterré quand je constate que, vendredi dernier, dans toute la communication officielle, personne n’a prononcé le mot islam. Mais ce ne sont pas les Témoins de Jéhovah, les hindouistes, les juifs ou les bouddhistes qui nous menacent! Ne pas nommer les choses, c’est déjà une partie du problème.

Créé: 28.06.2015, 21h57

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