La défense de Rousseff se bat contre un «coup d'Etat»

BrésilL'avocat général de l'Etat brésilien a mis en garde lundi soir les députés contre la tentation de se rendre complices d'un «coup d'Etat» institutionnel.

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Selon lui, le Parlement ne peut destituer la présidente Dilma Rousseff au seul motif de sa grande impopularité.

La cheffe de l'Etat est accusée d'avoir maquillé les comptes publics en 2014 et 2015. Mais ces tours de passe-passe budgétaires «ne constituent pas un crime de responsabilité» prévu dans la Constitution comme la condition indispensable pour justifier la destitution du chef de l'Etat, a déclaré José Eduardo Cardozo.

«Ce qui est en jeu, c'est la démocratie au Brésil, l'Etat de droit. S'il n'y pas de crime de responsabilité établi, alors ce serait un coup d'Etat, une violation de la Constitution, un affront à l'Etat de droit, sans besoin de recourir aux baïonnettes», a-t-il martelé, mettant en garde les députés contre une «erreur historique».

José Eduardo Cardozo s'exprimait devant les 65 députés de la commission spéciale du Congrès chargés de soumettre à leur assemblée plénière un rapport non contraignant en faveur ou contre la destitution.

Procédure lancée par «vengeance»

«Nous ne sommes pas dans un régime parlementaire. Dans un régime présidentiel comme le nôtre, la destitution du chef de l'Etat élu par le peuple est une mesure d'une exceptionnelle gravité qui ne peut se fonder sur son impopularité», a argumenté l'ancien ministre de la justice de Dilma Rousseff.

Le défenseur de la présidente a fustigé le vice originel d'une procédure lancée par le président du Congrès des députés, Eduardo Cunha. A ses yeux, ce farouche adversaire de la présidente entendait «se venger» de la procédure disciplinaire lancée contre lui au parlement en raison des lourds soupçons de corruption pesant sur lui dans le dossier Petrobras. «Le Brésil est à la merci d'un maître chanteur», a lancé M. Cardozo.

Rapport attendu la semaine prochaine

La Commission spéciale parlementaire sur l'impeachment, dont 36 des 65 membres sont cités dans des enquêtes judiciaires, doit remettre son rapport en début de semaine prochaine à l'Assemblée plénière dont le vote pourrait intervenir autour du 15 avril.

L'opposition devra obtenir l'approbation des deux tiers des députés pour que la demande de destitution se poursuivre au Sénat qui aurait ensuite le dernier mot. Dans le cas contraire, la procédure serait immédiatement enterrée.

Le gouvernement a été lâché la semaine dernière par le pilier centriste de sa coalition, le PMDB du vice-président Michel Temer, qui devrait lui succéder en cas de destitution. Il exerce un lobbying forcené au parlement pour faire avorter la procédure.

S'assurer l'appui de «centre mou»

Il s'efforce de s'assurer du soutien d'élus de partis secondaires du «grand centre» mou de sa coalition, en leur offrant les postes jusqu'alors occupés par le PMDB. Mme Rousseff devrait annoncer prochainement un remaniement ministériel faisant la part belle à ces formations.

La cote de popularité de la présidente stagne à un niveau historiquement bas de 10% et 68% des Brésiliens souhaitent son départ. Mais contrairement à elle, certains de ses plus farouches adversaires sont personnellement visés par des soupçons de corruption dans l'affaire Petrobras.

Comptes en Suisse

C'est en particulier le cas d'Eduardo Cunha (PMDB) qui a caché des millions de dollars d'origine douteuse sur des comptes en Suisse. Le nom du vice-président Temer est également cité mais il ne fait pas l'objet de poursuites à ce stade, tout comme celui du Sénat, Renan Calheiros (PMDB), quatrième dans l'ordre de succession.

Dans le cadre de cette affaire, la Suisse a bloqué jusqu'à présent 800 millions de dollars (791 millions de francs suisses), avait annoncé à la mi-mars le Ministère public de la Confédération (MPC). Un Brésilen a également été arrêté le 24 février pour avoir tenté de faire sortir de Suisse des valeurs patrimoniales. Il se trouve en détention provisoire pour trois mois. (ats/afp/nxp)

Créé: 05.04.2016, 11h21

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