De Delhi à Genève pour la victoire du monde

Grand angleLes marcheurs de Jai Jagat avaleront 10'000 kilomètres jusqu’à septembre 2020. Ils portent le message non violent de Gandhi.

Lent cortège dans les rues de Jaura, départ de la grande marche Jai Jagat.

Lent cortège dans les rues de Jaura, départ de la grande marche Jai Jagat. Image: Michel Rime

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une grande marche de la non-violence a démarré cet automne pour le 150e anniversaire de la naissance de Gandhi. Elle reliera Dehli à Genève. Après les célébrations du début octobre à New Delhi, le cortège a pris le départ dans le village de Jaura, au sud de la région de Delhi. Emmenée par Rajagopal P.V. et son épouse canadienne Jill Carr-Harris, l’équipe des marcheurs, composée à ce stade d’une cinquantaine de personnes, jeunes et moins jeunes, a démarré sous un soleil de plomb. Cheminant sur les routes pour mieux se faire voir, ils affrontent des conditions spartiates. Parmi eux, notre collègue fraîchement retraité Michel Rime (lire son témoignage ci-contre). L’accueil chaleureux des villageois les défraie pourtant de leur peine, consentie pour «ne laisser personne au bord du chemin».

L’Inde est coutumière des grandes marches gandhiennes pour la paix. Mais cette fois, l’association Ekta Parishad, qui défend les agriculteurs adivasi et leurs terres, a décidé de sortir du pays. La Jai Jagat, «victoire du monde» en hindi, ira jusqu’à la Genève internationale. L’épopée s’inspire du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies. Une lutte contre la pauvreté, contre le réchauffement.

Générosité des Indiens

Benjamin Joyeux est le coordinateur de l’entreprise à Genève. Il fait valoir que les marcheurs ont déjà récolté de quoi cheminer jusqu’en Bulgarie: «C’est une bataille de tous les jours», dit-il. À chaque étape villageoise, la troupe est accueillie, logée et recueille les dons des habitants. Pour l’heure, les Indiens se sont montrés généreux. A fortiori dans la région des Adivasi où le combat d’Ekta Parishad est bien connu.

En février, une équipe est partie du Népal pour parcourir le Pakistan, à l’enseigne du Land Rights Movement. Une manière de couvrir aussi ce territoire auquel les Indiens n’ont pas accès pour des raisons politiques. «Au Népal comme en Inde, les marcheurs défendent ceux dont la terre est menacée et qui s’enfuient pour se retrouver dans des bidonvilles», poursuit Benjamin Joyeux. Aux yeux des militants, il y a là une violence économique à combattre au sens où Gandhi l’a théorisé.


Diwali, fête de la lumière. Ici, en compagnie des enfants du village de Takneri, dans le Madhya Pradesh.(Photos Michel Rime)

D’autres contrées pourraient être visitées afin d’assurer la récolte de fonds. Il est question d’une échappée par Abu Dhabi au cas où l’argent viendrait à manquer. Certains pans du projet restent cependant en développement, au fur et à mesure que la marche avance. L’important est aussi de percer les frontières qui doivent «tomber comme autant d’obstacles» aux valeurs universelles: «C’est ce qui donne de la force à cette aventure.»

La traversée de l’Iran s’annonce difficile. Une partie de la troupe qui se trouve actuellement en Inde relèvera le défi. Les troubles internes pourraient rendre la marche périlleuse. Malgré tout, une douzaine d’étapes sont prévues de la ville de Shiraz au village de Norduz, à la frontière arménienne.


L’accueil des habitants, ici en fanfare, est très chaleureux à l’égard des marcheurs.

En Arménie, cet hiver, les troupes seront réunies. Benjamin Joyeux souligne la parenté d’idée avec ce pays, dont le leader Nikol Pachinian a conduit la révolution de velours par des marches non violentes. Une conférence de paix se tiendra à Erevan, début avril, sur l’expérience arménienne précisément.

Puis, les marcheurs enchaîneront les pays. Géorgie, Bulgarie, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Italie. À Domodossola, ils prendront le train pour Brigue. Sur sol suisse, ils chemineront entre Brigue, Sion, Montreux, Lausanne, avant d’arriver à Genève. Nous serons alors fin septembre 2020. Le week-end des 26 et 27, un grand forum se tiendra sur la place des Bastions, organisé en synergie avec des associations qui poursuivent les mêmes buts que Jai Jabat et les autorités du Grand Genève. «Nous attendons quelque 5000 personnes», envisage Benjamin Joyeux.

La rencontre pourrait déboucher sur la création d’un forum social mondial itinérant. Tout le monde y est convié: jeunes, vieux, marginaux, notables. Une session est également prévue à l’ONU, dans les locaux de l’OIT. Comme le dit Benjamin Joyeux, la réunion de tous les petits doit finir par «faire système».

www.jaijagatgeneve.ch

Créé: 22.12.2019, 08h56

Articles en relation

Une visite expresse pour rendre hommage à Gandhi sur le bord du Lac

Inauguration Le bout du Léman s’est paré aux couleurs indiennes en ce samedi midi, sous un soleil de plomb. Plus...

Les héritiers de Gandhi traverseront le canton

Protestation Une marche non-violente partira de Delhi pour rejoindre l’ONU à Genève où elle demandera la dignité pour tous. Plus...

Gandhi s’invite dans les écoles alémaniques

Education Outre-Sarine, des profs testent une méthode inspirée des préceptes du guide spirituel pour mater les terreurs des classes. Plus...

Sur les routes asphaltées

À pied sur les routes asphaltées du Madhya Pradesh pour trouver la paix

Marcher sur les routes asphaltées du Madhya Pradesh. L’horizon est loin. L’immensité dévore le regard. Le soleil indien chauffe à blanc dès le matin. Marcher pour la paix, la justice: transpirer dans une commémoration active du 150e anniversaire de la naissance de Gandhi. Son portrait et celui de son épouse, Kasturba, ouvrent la marche. Et si leurs solutions non violentes conduisaient à un autre modèle de développement? Cinquante personnes, parfois davantage, déambulent en deux files jusqu’à la nuit. Elles chantent, se taisent ou bavardent. Il y a là les cadres de l’association Ekta Parishad, leur leader Rajagopal, Jill son épouse canadienne, de jeunes Indiens urbains aguerris aux réseaux sociaux, des villageois et une poignée d’internationaux.

Ces hommes, ces femmes paient de leur personne, dorment à la dure, jamais dehors, passent leurs jours à bouffer du kilomètre. On les accueille avec des colliers de tagètes jaunes et orange, des fois des roses, leur offrant eau, biscuits, bananes ou vrais repas. Pour les remercier de porter les revendications – mieux vivre, sortir de la misère, recouvrer la dignité – de Delhi à Genève. Les discours amplifiés des politiciens grésillent dans les haut-parleurs. Le plus fort, c’est le bruit des tambours qui sonne la bienvenue bien avant les premières maisons à venir.

«Jai jagat, jai jagat, jai jagat pukaare ja...» Jai jagat (la «victoire du monde», en hindi) se chante comme un mantra dans le bruit des camions. Les mots d’amour et d’espérance résonnent contre la poussière. Les saris des femmes adivasi (littéralement les premiers habitants) flamboient dans la folle lumière. On a chassé ces populations de leurs forêts de toujours, sans compensation. Depuis trente ans, Ekta Parishad se bat pour leur obtenir le droit à la terre.

Marcher vers Genève, car le monde est globalisé. Éprouver la diversité. S’oublier dans l’action. Et ronger les certitudes néolibérales comme l’écume des mers lèche le sable des plages. Traverser la géographie pied à pied. Au diable le discours sur l’efficacité. Se dissoudre dans le groupe. S’oublier tel le chanteur dans la chorale pour entonner la voix de l’espoir. Douter bien sûr, car c’est dur. Inacceptable, la pauvreté, comme le réchauffement. Justice pour tous et non à la violence. La force des mots augmente pas à pas.

Marcher. Les pieds souffrent. La fatigue enivre mais moins que l’accueil des gens devant chez eux. L’indifférence ne nourrit pas. Le partage réunit. Ne pas se résigner. La distance s’amenuise. Le corps accepte la répétition. Affirmer par le mouvement sans marquer le pas. Alors l’effort s’efface. Le lendemain, remettre ça. Vivre au présent, dans l’instant. «Être le changement que l’on souhaite pour le monde», affirmait déjà Gandhi.(Michel Rime)



Notre ancien collègue Michel Rime fait partie des marcheurs.SHABAZ



Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.