«Démanteler la jungle de Calais ne servira à rien»

Crise migratoireAvec «Bienvenue à Calais», Marie-Françoise Colombani dénonce les conditions de vie des migrants. Rencontre.

Image: Keystone

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«Calais, son musée de la dentelle, son hôtel de ville, son théâtre et… ses migrants.» Bienvenue à Calais – Les raisons de la colère est une plongée dans «la jungle» des réfugiés, le tristement célèbre bidonville du nord de la France que les autorités françaises ont annoncé vouloir démanteler en partie d’ici au 1er mars. En 56 pages, Marie-Françoise Colombani, ex-éditorialiste et rédactrice en chef du magazine Elle, et le dessinateur Damien Roudeau nous proposent une immersion dans ce «no man’s land», où «au terme d’une longue route de cauchemar» s’échouent des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dans l’espoir de passer en Grande-Bretagne.

Calais n’a rien d’une découverte pour la journaliste qui s’y rend régulièrement depuis des années. «J’y suis retournée en septembre avec le projet de faire un carnet de route illustré pour décrire les conditions de vie des migrants. C’est insupportable que des gens qui ont fui les horreurs de la guerre subissent chez nous un tel dénuement», s’indigne Marie-Françoise Colombani pour qui l’ouvrage à paraître ce mercredi est un acte militant.

Cinq mois et de nombreux allers-retours plus tard, ce livre donne à un problème politique et social des noms, des visages, des souffrances et des rêves. «Le dessin est un formidable moyen de communication qui nous a permis d’établir des liens», explique-t-elle. Des liens forts qui transparaissent au détour de chaque texte et de chaque illustration.

Des conteneurs chauffés ont bien été installés pour accueillir les familles avec enfants, mais le camp ressemble à «un immense cloaque», relève la journaliste qui raconte aussi le quotidien des bénévoles et le destin parfois tragique de ces désespérés qui tentent par tous les moyens de traverser la Manche.

La semaine dernière, suite à l’annonce du démantèlement imminent de la partie sud, Marie-Françoise Colombani est retournée dans «la jungle». «Démanteler ce camp ne servira à rien. Ça ne fera que déplacer le problème. La fermeture de Sangatte en 2002 l’a prouvé. Tant que des gens seront chez eux en danger de mort, ils en partiront. Et nous en ferions autant. Mais maintenant que ces gens sont là, il faut leur offrir des conditions de vie décente», insiste-t-elle. «Les autorités veulent démolir la seule partie de «la jungle» où la vie s’est un peu organisée et qui abrite encore 1000 personnes. Où vont-ils aller? Aucune solution digne de ce nom ne leur est proposée», déplore-t-elle. «Les réfugiés sont horrifiés. Après tout ce qu’ils ont enduré, ils sont désabusés face aux bulldozers et aux uniformes. A part retourner dans le centre de Calais, ils n’ont aucune perspective.»

Pour Marie-Françoise Colombani, qui avoue être envahie par un sentiment de honte, les réponses des autorités françaises, «incapables de mettre ces gens à l’abri», sont dérisoires et incohérentes.

«Bienvenue à Calais - Les raisons de la colère» Actes Sud. Tous les bénéfices et droits d’auteur sont reversés à l’association L’Auberge des migrants qui œuvre au quotidien dans «la jungle».

Créé: 16.02.2016, 18h30

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