Départ de Hulot: épine dans le pied de Macron

FranceLe ministre de la transition écologique a démissionné, mardi. La rentrée du président s'annonce plus difficile.

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La démission surprise de Nicolas Hulot pourrait compliquer la rentrée d'Emmanuel Macron. Un mois après la première crise d'ampleur de son quinquennat provoquée par l'affaire Benalla, le président français espérait tourner la page et enclencher sa deuxième série de réformes dans un contexte économique délicat.

«Ça augure d'une rentrée un peu difficile» pour le président et le Premier ministre, estime Fréderic Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. «Commencer la présentation du budget et des grandes orientations de 2019 sur une démission fracassante, ils s'en seraient bien passés».

Tout dépendra toutefois «de la manière dont cette démission va être gérée» par l'exécutif, ajoute-t-il. «Comment vont-ils expliquer le départ de Nicolas Hulot, par qui vont-ils le remplacer, que vont-ils dire des engagements environnementaux et des accords de Paris? On a connu des rentrées plus sereines.»

Contrairement à l'affaire Benalla - du nom de l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron filmé en train de molester des manifestants - gérée de façon erratique, l'Elysée a rapidement réagi mardi en saluant «avec fierté» le bilan de Nicolas Hulot.

«Il y a une telle urgence»

L'entourage d'Emmanuel Macron a mis cette démission surprise sur le compte du sentiment de «frustration, voire d'épuisement» qui peut naître chez des ministres issus de la société civile et a défendu le bilan écologique du gouvernement. Le Premier ministre Edouard Philippe a pour sa part pris la parole pour «remercier» son ministre.

Emmanuel Macron a accepté de répondre à des questions à ce sujet lors d'une conférence de presse commune avec le chef du gouvernement danois à Copenhague, saluant la «liberté» de Nicolas Hulot. Il a également défendu son bilan, reprochant à demi-mot à son bouillant ministre un excès d'impatience. «C'est un combat qui ne se fait pas du jour au lendemain. Il implique de se confronter au réel», a-t-il tancé.

«Pour Nicolas Hulot les choses ne vont pas assez vite, mais il ne mesure pas la différence entre l'urgence écologique et la gestion du temps de l'action gouvernementale dans une économie mondialisée», a renchéri le sénateur François Patriat, du parti présidentiel La République en Marche (LREM).

«On me dit 'prends ton temps, sois patient', mais ça fait trente ans qu'on est patient. Trente ans qu'on laisse les phénomènes se dérouler, ils sont en train de nous échapper», a rétorqué le ministre démissionnaire en avertissant: «Il y a une telle urgence».

«Sentiment de crise»

Pour Gaël Sliman, président d'Odoxa, «le fait que Nicolas Hulot en vienne à quitter le gouvernement, c'est assez logique étant donné qu'il avait déjà brandi cette menace, et c'est moins grave pour Emmanuel Macron que si cela s'était produit il y a un an, parce que Nicolas Hulot n'est plus le seul ministre connu et son étoile a pâli».

«En revanche, la manière dont il sort, le fait que ce soit brutal, rapide et surprise vient renforcer un sentiment de crise», poursuit-il, et vient étayer l'idée «que ce gouvernement serait un gouvernement de droite qui prônerait une politique contraire aux valeurs de la gauche, ça cornérise un peu plus Emmanuel Macron, déjà étiqueté président des riches».

Le profil du remplaçant ou de la remplaçante de Nicolas Hulot - qui lors de sa nomination était apparu comme la caution écologiste de gauche dans un gouvernement dirigé par un Premier ministre issu des rangs de la droite - devrait donc être scruté de près, notamment par les écologistes.

Bilan contrasté

Car après un an de pouvoir, Emmanuel Macron, qui s'était pourtant emparé de la question dès son arrivée au pouvoir avec son slogan «Make our planet great again», affiche un bilan contrasté.

Certes, le chef de l'Etat s'est engagé une nouvelle fois lundi à défendre l'accord de Paris menacé par Washington et à continuer à mettre le «combat pour la planète» au coeur de sa politique étrangère«. Certes son entourage met en avant l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la loi interdisant la production d'hydrocarbures en France ou encore le plan biodiversité.

Mais les écologistes relèvent le recul du gouvernement sur l'interdiction du glyphosate d'ici trois ans en France, un engagement verbal qui ne figure pas dans le projet de loi sur l'agriculture et l'alimentation. Ils notent que dans les faits les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017, et que le pays risque de manquer ses objectifs climatiques d'ici 2023, selon un document de travail du ministère de l'Ecologie publié en juillet.

»Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d'autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent... la réponse, elle est non«, a lancé Nicolas Hulot mardi. Et le ministre de déplorer l'absence de moyens, de »réponses« satisfaisantes, dès qu'»on rentre sur des choses très concrètes", qu'il s'agisse de rénover les immeubles passoires thermiques ou de nommer les réacteurs nucléaires à fermer. (ats/nxp)

Créé: 29.08.2018, 07h42

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